dimanche 8 décembre 2019

Rangez les savates : allez hop à l'école ! Au boulot !

Départ officiel du Vanuatu le 31 octobre, arrivée à Nouméa le 13 novembre : non, il ne nous faut pas 2 semaines pour faire 400 milles, c’est juste qu’on traine encore un peu au Vanuatu et qu’on savoure nos derniers moments de voyage. Journée mémorable en compagnie de Jayden, avec qui Lucas devient rapidement copain. Ce petit Vanuatais de 10 ans nous impressionne par son agilité et sa débrouillardise : le long du chemin, il grimpe partout pour nous cueillir tamarins, mangues, citrons. Il manie la machette ou le couteau avec une dextérité surprenante - bien mieux que nous ! Découpage de coco verte, ou fabrication de jouets : de simples branches deviennent des flèches empennelées qu’il fiche à 10m de haut sur le tronc des arbres… alors que nos tirs atterrissent lamentablement au sol à 1,5m de nous, après une trajectoire pitoyable en forme de cloche.

La météo, qui ne semble jamais vouloir être favorable, nous contraint à traverser jusqu’à Lifou seulement, une des iles Loyauté à l’Est de la Grande Terre calédonienne. Un supplément gratuit de blue lagoon dans la magnifique baie de Luengoni, où l’on en profite aussi pour faire des conserves de la grosse bonite qu’on a pêchée (c’est pas dans le port de Nouméa qu’on attrapera du poisson ; à nous en revanche de ne pas se faire croquer par les requins). Encore un saut de puce à l’ile de Maré, puis cap sur la passe Havannah, porte d’entrée Sud-Est de l’immense lagon calédonien. En pleine nuit, le captain entend un « mayday »… c’est l’appel de détresse d’un voilier qui naviguait 7 milles devant nous, échoué sur le récif… nous récupérons l’équipage à notre bord, tout le monde arrive sain et sauf à Nouméa. Quel courage de tenir bon quand on a matériellement tout perdu !
Avec l’arrivée dans La Ville, on quitte sans transition notre mode croisière-pépère. 1ère mission, trouver un endroit où crécher, car poser son ancre quelque part proche des commodités n’est pas si simple vu la densité de bateaux. Même pour débarquer en annexe il y a des listes d’attente… en discutant à droite à gauche, avec l’entraide des voileux, on dégotte un corps mort. 
2 jours après, on a un compte bancaire local, un forfait de téléphone, Lucas est inscrit à l’école (il faudra encore récupérer son uniforme), Lili a 2 entretiens d’embauche planifiés. On retrouve avec joie les copains qui habitent à terre autour d’apéros de circonstance. JC, qui nous avait aidé à vendre notre précédent bateau sur place, rappelle ce que Pef avait dit il y a 8 ans : « on reviendra, sur 2 coques et en famille ». Le 1er jour d’école (ça fait 8 mois qu'il n'y est plus allé), Lucas s’accroche aux jambes de sa maman en hurlant et suppliant « ne m’oblige paaas !! », mais dès le lendemain il y retourne avec entrain.
2 semaines plus tard, Lili signe un CDD, yes ! Il s’agit de gérer une biofabrique, qui produit des insectes type coccinelles pour les distribuer aux agriculteurs, afin qu’elles mangent leurs pucerons -grosso modo. 
Entre temps, on explore rapidement les environs proches, Dumbéa avec les puces (ceux du bateau copain Ambrym) ou les monts Koghi en amoureux. On se délecte de la pléthore d’événements culturels ou de loisirs qu’offre Nouméa : concerts, zoo, aquarium, kite… et comme c’est Noël on peut se rendre tous les jours à pied à la Place des cocotiers profiter d’un spectacle en plein air. C’est mieux que Paris ! J’oublie l’anniversaire des Duyck, 5 ans pour le plus petit : on lui avait promis une pinata (gros ballon en papier maché qu’on fourre de surprises à l’intérieur, et que les enfants doivent casser, armés d’un bâton, les yeux bandés). Il faut bien remettre des couches de papier entre 2 entretiens puisque le timing l’oblige… 


Tout le monde est donc en forme (malgré les microbes urbains) et content d'adopter un nouveau rythme. Quelques images de nos 1ers pas calédoniens sont dans l’onglet des photos. Ne nous écrivez plus sur l’iridium, on le remise, mais mails et whatsapp fonctionnent (+33768053199), et même le courrier : DUYCK/FABRY, BP 2960, 98846 Nouméa cedex. A soon !

lundi 4 novembre 2019

Yu savé toktok Bislama ?

Vous savez parler Bichlamar ? 
Cette 3ème langue officielle du Vanuatu (avec le Français et l’Anglais), un pidjin issu de l’Anglais, est bien pratique en effet pour communiquer, car l’archipel comporte plus de 100 langues vernaculaires. Ce qui fait beaucoup pour un territoire moins peuplé que le département de la Mayenne…
Ca donne : tankyu tumas (merci beaucoup), nambawan (cool –car number one), hamas mané (combien ça coute), yu tekem wiswan (tu prends lequel), wet smol (attends un peu).

On vous donc avait laissé à Malekula, on est passé par 6 autres iles entre temps, et nous y revoilà.
L’ile d’Ambrym était le point de rendez-vous prédestiné pour retrouver les copains dont le bateau s’appelle justement Ambrym. En plus 2 bonites ont mordu aux traines, parfait pour un gros curry de retrouvailles. Les 2 familles comptent bien sur l’émulation mutuelle des enfants pour faire passer la pilule « marche au volcan » : c’est en effet 4h l’aller ! A presque 6 et 8 ans, fastoche pour Sophie et Félix ; Lucas s’en sort bien, rejoignant le porte-bébé (qui moisissait dans un placard) sur le dos de son père pour les 2 dernières heures de descente. « Alors, c’était bien les enfants ? - Bof, on n’a même pas vu de lave. » Certes, dire qu’en plus, ‘à la maison’ (la Réunion), le volcan la bien pété !
A Loltong, sur l’ile de Pentecôte, nous sommes introduits plus avant aux coutumes des tribus, conviés le soir au nakamal communautaire à participer à un deuil qui dure environ 10 jours. La grande hutte de bois et de bambou, coiffée de feuilles de pandanus, est séparée en deux. A l’entrée, femmes et enfants évoluent près du feu et ses pierres rougies où cuit un grand laplap (équivalent du four polynésien). Au fond, l’espace est réservé aux hommes et aux invités que nous sommes : s’y préparent 2 types de kava. Les racines ne sont non pas broyées mécaniquement comme d’ordinaire, mais écrasées au caillou, ce qui donne un jus plus fort.
Le 1er kava, normal, est servi pour les hommes qui se présentent par 3 ou 4 pour boire selon un ordre bien établi ; Lili est autorisée à en prendre, autant de fois qu’elle veut (mais 2 ça ira, merci). Le 2ème kava est celui du chef, issu de son champ dédié pour les rites. Seul son acolyte et lui en boivent, et pour l’occasion Pierre. Jusqu’alors le captain n’avait pas tellement ressenti l’effet du kava, mais pour le coup celui-ci le retourne sévèrement, et toute la journée du lendemain se passe en mode brumeux/engourdi. La fumée qui pénètre les narines, les yeux, la peau (et les fringues), l’ambiance feutrée où même les enfants s’astreignent à chuchoter, la pénombre, la terre sous les pieds, ce breuvage couleur de terre, à l’entêtante odeur de poivre, les divers raclements de gorge… le temps s’enfuit, Lucas tombe endormi, et tout d’un coup il nous faut partir, avec quelques tubercules cuits dans un panier. Sensation d’avoir entrouvert une porte… juste entrouvert.
Maewo, Ambae : nous égrenons le chapelet d’iles du Sud u Nord, de villages anglophones en villages francophones. C’est surprenant de parler Anglais dans tel endroit, tandis que 10 min plus loin on change de village et le Français est de mise. On avait peur à Ambae de trouver des villages fantômes, car l’ile a entièrement été évacuée en 2017 ou 2018 (11000 personnes) pour cause d’éruption volcanique. Les longs mois passés dans les iles voisines ont visiblement été durs mais la vie reprend courageusement son cours. On tape la discute avec un habitant des Banks, tanqué là depuis 2 semaines : le bateau qui devait le ramener chez lui est tombé en panne, les pièces n’arrivent pas… il n’a plus de sous mais le sourire, et heureusement « ici on ne va pas te laisser mourir de faim ».
Nous sommes frappés par le contraste entre notre perception du nécessaire et du superflu, du basique et du confortable, et celle des Vanuatais rencontrés. Dans les cases où l’on cuisine au feu de bois (pas de bouteille de gaz) et où l’on dort sur une natte de feuilles, le nombre d’objets manufacturés est très restreint : ce qui provient de Vanille semble exotique, on donne ou troque donc à tour de bras. Même l’ouverture d’un vulgaire paquet de biscuits à l’huile de palme pour un café à bord provoque des exclamations étouffées de nos visiteurs (genre, waouh trop bien…). Ce dénuement relatif n’empêche toutefois pas les sourires de fleurir sur les visages ; n’est-ce pas le trop d’avoir qui rend malheureux ? 

Avec l’arrivée sur Espiritu Santo, on découvre Luganville, la 2ème ville du pays –ça ne va pas plus loin, il n’y en a pas d’autre à part la capitale Port Vila. Le puce souhaite « des glaces et des steak », voilà donc comment notre ordinaire est agrémenté : ce serait trop bête de passer à côté de l’excellent bœuf local. On check également le snorkeling à Million dollar point, où plein de matériel de guerre américain (jeeps, tanks) a été déversé à 15m de la plage à la fin de la 2ème guerre mondiale. Maintenant, il est colonisé par les coraux et des bancs de poissons pas farouches virevoltent autour. On plonge sur l’incontournable épave du SS President Coolidge, bateau de croisière US de 200m de long réquisitionné par l’armée américaine, qui a bêtement sauté sur une de leurs propres mines. Il repose tranquillement entre 20 et 70m de fond. De nuit, la cale 2 visitée dans l’obscurité la plus complète est envahie par un magma mouvant de petits poissons fluorescents : spectacle fascinant.
Les yeux rivés sur les prévisions météo, le captain guette la fenêtre favorable pour traverser vers la Calédonie, où on resterait au moins pour la saison cyclonique. Lili y prospectera pour un job, Pierre qui a signé pour une 3ème année de dispo (oui, déjà 2 ans qu’on est parti) compte se remettre au sport (ou plutôt aux sports), et Lucas devrait reprendre le chemin de l’école.
Allez jeter un œil au nouvel album photo !

dimanche 13 octobre 2019

Mothey Fidji, Alo Vanuatu

Rapide crochet à l’archipel de Kandavu, Sud Fidji, où nous tombons, au retour d’une visite aux raies manta et d’un PMT, par hasard sur une équipe de locaux qui nettoient les plages d’une ile inhabitée… encadrés par des Français, qui supervisent l’installation du « décor » de l’émission N°1 de la télé française, j’ai cité Koh Lanta ! « Il faut que ça ait l’air sauvage, mais clean ! » (quitte à camoufler les coups de machette). 
La plage du futur Koh Lanta
Nous réalisons les formalités de sortie du territoire à la capitale Suva ; nous y rencontrons des potes de potes, Julien, Sarah & family, sympa et inédit à l’autre bout de la terre. Et c’est parti pour traverser vers le Vanuatu, malgré une météo contrastée : les deux 1ers jours à se trainer difficilement à 3-4 nœuds (l’occasion de sortir notre spi réparé, sans grand voile), et les deux derniers à enquiller 400 milles en 24h (25 nœuds +, une grosse houle, plutôt sportif donc). 
Nous posons la pioche dans la zone de quarantaine de Port Vila vendredi soir à 16h. Les bureaux de l’administration, à l’autre bout de la baie, ferment à 17h… vite, ce serait bête de payer l’overtime (des sous supplémentaires si les horaires de bureau sont dépassés) ou de rester coincés au bateau jusqu’au lundi. On sort dare dare le moteur hors bord du coffre où il est rangé, on descend l’annexe, on attrape les passeports : 16h30 on entre aux customs (douanes), 16h45 à l’immigration, 17h on ressort de la quarantaine… ric rac, mais ça passe !
La capitale du Vanuatu est charmante et à notre grande surprise, beaucoup d’habitants sont encore francophones. L’ex- condominium des Nouvelles Hébrides était en effet géré conjointement par les puissances coloniales françaises et anglaises jusqu’à l’indépendance en 1980. Nous sommes néanmoins pressés d’explorer le côté ‘roots’ du Vanuatu et cinglons rapidement vers les autres iles, en commençant par Epi. A Lamen bay, Lucas savoure une nouvelle fois les joies de l’exploration sous marine : en 40 min, il observe un dugong (ou ‘vache des mers’, une sorte de dauphin moche qui broute dans les herbiers), 4 tortues, un barracuda de 2m et plein de Némo (poissons clown) qui évoluent près de leurs anémones.
 Mahi Mahi pêché en traversée
Les villages où nous nous rendons (Revolieu, Lutèce aux Maskelyn, Lamap à Malekula) sont très simples et bien tenus, la plupart des huttes 100% végétales, certaines renforcées avec des tôles (seule l’église est en dur). Les habitants sont tout sourires, et toujours une ribambelle de gamins accoure à notre vue. On nous offre spontanément papayes, cocos… un peu comme aux Marquises, mais avec les tomates et les poivrons en prime !
Vers les 17h, c’est la préparation du kava dans les nakamal (huttes-bar). Les racines fraiches sont coupées en dés, broyées et malaxées dans de l’eau. Le jus, à l’alléchante apparence de la boue, est ensuite filtré, et bu obligatoirement cul sec –mieux vaut en effet ne pas trop réfléchir. Rien à voir avec le kava réalisé à partir de poudre déshydratée, en mode frais le goût de poivre est très prononcé, l’effet anesthésiant sur la langue immanquable, et une double dose bue d’un trait par Lili lui fait l’effet d’un double ti punch (la tête tourne sacrément).
Voilà pour nos pérégrinations, mais il reste tant d’iles à découvrir et les jours s’écoulent inexorablement, nous rapprochant de la saison cyclonique et de la fin des navigations ! Les 1ères photos vous attendent dans l'onglet. Et merci aux fidèles écriveurs de texto iridium :)

jeudi 26 septembre 2019

Dans le dédale des iles Lau, Fidji

Bula ! Après notre séjour à Savusavu, une fenêtre météo s’ouvre enfin avec du vent de Sud pour retourner vers l’Est (contre les vents dominants), et aller explorer l’archipel des Lau, des iles longtemps restées inaccessibles (ouvertes aux voiliers de passage depuis 2012 seulement ; en effet, pas vu trace d’un seul touriste ordinaire) et considérées par certains comme les joyaux du Pacifique : alléchant programme !

Nav de nuit agréable pour se rendre à Vanua Balavu. Fscchhh… tiens, une grosse averse ? Non, pas une goutte, mais le bateau est au milieu d’une nappe claire, et à quelques encablures le bleu sombre de l’océan !? … Fschhh… regard inquiet au sondeur, il y a bien du fond. Tilt, nous sommes au milieu d’un très large amas de pierres ponces qui proviennent d’un volcan sous-marin situé entre les Tonga et les Fidji et qui bruissent maintenant gentiment le long des flancs de Vanille. Autre particularité de cette nav, nous retraversons la longitude du 180° (ouest à gauche, est à droite), mais pour les concepteurs des cartes marines (ou terrestres d’ailleurs) la Terre est plate, et à un moment s’arrête à droite : les logiciels buggent un peu, nous indiquant de faire le tour du globe par l’autre côté !


Très beau mouillage entre les formations coralliennes surélevées à Batavu harbour, en compagnie de Libertaire, et en haut de la colline, point de vue splendide sur Bay of islands de l’aute côté de l’ile. Puis cap au Sud où nous réalisons notre 1er sevusevu au village de Susui. Après avoir été conduits à la case du chef, ayant bien pris soin de couvrir nos jambes et bras (surtout les femmes), ôté nos lunettes de soleil et chapeaux, nous présentons nos racines de kava qui sont examinées puis acceptées, et nous faisons dorénavant partie du village. 

A Fulaga comme à Matuku, on nous octroie une famille d’accueil : dans le village -quelques dizaines de foyers, chacun aura ainsi selon son tour le privilège de recevoir chez lui des Kaipalangi (blancs). Fruits à volonté, noix de coco vertes jusqu’à plus soif, de belles pièces d’artisanat en bois… les Mélanésiens rivalisent de générosité avec les Polynésiens. On va pêcher ensemble ou crapahuter dans les hauteurs, on nous sert du thé et des biscuits à toute heure, on regarde même Fidji-Australie sur l’unique télé du village à l’occasion de la coupe du monde de Rugby ; c’est tentant de ‘rester un mois ou un an’ comme nous y avons été invités.
Le dimanche, après la messe obligatoire (la plupart des Lau sont Méthodistes) où les performances des choristes chantant a capella en polyphonie varient du criard et dissonant (faux, disons-le) au doux, puissant et harmonieux, nous partageons de succulents repas à la mode des fidjienne. Au sol, sur un tapis de feuilles de pandanus tressées, sont disposés des produits locaux essentiellement, préparés avec soin : tubercules divers (taro, manioc, patate douce) cuits de bon matin au four dans la terre, poisson, crabe, aubergines ou légumes verts accommodés au curry et/ ou au lait de coco. Apporter un gâteau au chocolat ou un far breton fait toujours le meilleur effet.
Fulaga, ancienne ile volcanique en forme de fer à cheval (jetez un œil sur la carte satellite de Google maps) parsemée de ses nombreux et étonnants ilots coralliens en forme de champignon, mérite bien son surnom de perle des Lau ; nous lui décernons en sus la palme de la plus belle passe à admirer en masque tuba quant à l’abondance et la diversité des coraux, sis à 8-10 m max de profondeur. C’est fin et ciselé, ou ventru, en forme de batavia géante, de minuscules sapins ou semblable à des serviettes éponges moelleuses ; c’est comme si nous circulions dans un magasin de gigantesques pâtisseries aux glaçages sucrés multicolores. Lucas, qui aura 5 ans dans 2 mois, attendait ce spot spectaculaire pour daigner mettre un masque et regarder sous l’eau : enfin, pas trop tôt !! Entrainés comme sur un tapis roulant par le courant entrant, la 1ère appréhension passée (« ahh ! j’ai froid ! » c’est vrai que l’eau est à 24° et ça fait un choc après les 32° de Wallis, en plein hiver austral), dès la 1ère immersion ce ne sont que cris de joie et exclamations. « Oooh ! un banc de chirurgiens ! J’ai vu des coraux en forme de forêt ! » etc. 
Encore une fois un peu tristes de devoir partir et laisser derrière nous Alfred, Ma,Tema, Finau pour ne citer qu’eux, mais plein d’iles nous attendent, notamment au Vanuatu, sur la route pour la Nouvelle-Calédonie… Vinaka et sotatale les amis, Merci et à une prochaine fois ! Plein de belles images vous attendent dans l'onglet photos.

mercredi 25 septembre 2019

Wallis et Fidji : on quitte la Polynésie pour la Mélanésie

Qui aurait parié qu’un jour Vanille irait à Wallis, dernier territoire ultramarin perdu on ne sait même pas où ? Pas nous, mais puisqu’il y a 7 ans nous avions traversé ce bout de Pacifique par la route Sud (Palmerston aux Cook, Niue, Tonga), Wallis méritait bien un petit crochet dans le circuit Nord (Suwarow manqué aux Cook, Samoa, Wallis donc et Fidji).
Lagon de Wallis- Photo du drone de Libertaire
Un très beau lagon pour moins de 10000 âmes, qui reçoit chaque année… 70 visiteurs, voiliers inclus. Par une chouette coincidence de timing, nous retrouvons l’espace d’une journée toutes les familles des copains de bateau Libertaire, Ambrym, Mektoub : avec Vanille cela fait 16 personnes soit plus du 1/5e de l’effectif annuel moyen. Nous fêtons dignement ces retrouvailles autour d’un barbec où s’entassent les poissons du lagon. Comme ce sont les vacances scolaires, on envoie les puces au stage du club de voile ; on profite du kite et des virées en kayak à l’étonnant trou bleu, tombant circulaire au milieu du lagon bordé de très belles structures coralliennes. Nous explorons sommairement l’ile, en stop ou gentiment guidés par Pierre, un papalani (blanc métropolitain) qui partage avec nous sa vision et son expérience de ce territoire surprenant et contrasté. Le pouvoir à Wallis est en effet partagé entre le roi (tête de la chefferie coutumière), l'église catholique (qui a en charge toute l’éducation du niveau primaire) et l'État français (représenté par un préfet).
Nous passerons au large de Futuna sans pouvoir s’y arrêter, le mouillage étant trop mauvais au regard de la météo. Après 3 jours et 3 nuits de nav, de conserve avec Libertaire, nous touchons Savusavu aux Fidji. Ambiance sympa et douceur de vivre dans cette petite bourgade de 4000 habitants, où il y a une grande proportion de Fidjiens d’origine indienne. L’un d’eux nous demande d’où nous sommes. « La France ? Est-ce que c’est à côté de la Chine ? » D’un autre côté, les Fidjiens autochtones (mélanésiens), au taquet en matière de rugby, connaissent Toulon pour le RCT (ce qui n’empêche pas que Toulon puisse être à côté de Pékin).
Semaine tout confort puisque nous sommes amarrés à la bouée du yacht club avec douche chaude (assez extra-ordinaire pour être mentionné), 3G comme jamais, et que d’un saut les gourmands que vous avez reconnus peuvent aller chercher des glaces au magasin, des curry savoureux au coin de la rue et des roti (crêpes indiennes) au marché, où s’étalent fruits et légumes colorés. Nous ne manquons pas d’y faire notre provision de racines de kava (plante aux effets anesthésiants, légèrement euphorisants), sésame pour réaliser le sevusevu (la coutume) dans les villages fidjiens traditionnels que nous comptons visiter. L'album Savusavu est en ligne !

vendredi 23 août 2019

Cook frôlées, Samoa gagnées

Malo ! Il ne s’agit pas de la ville bretonne du Saint, fief de Surcouf, mais bien du « bonjour » qui est de mise aux Samoa, ainsi qu’à Wallis où nous sommes actuellement.

Nous étions en mer lors du post précédent, en route vers Suwarrow dans les iles Cook. Ce n’est qu’au beau milieu de la 5ème nuit de navigation que nous arrivons aux portes de l’atoll ; les feux de tête de mât des voiliers copains nous font de l’œil, mais nous n’allons pas nous risquer à traverser la passe ni à mouiller dans le corail de nuit. Pas envie de poireauter non plus jusqu’au lever du jour. Encore un empannage, et nous entrons dans les GPS notre nouvelle destination : Apia aux Samoa, soit 500 milles à courir. Encore 4 jours de mer, avec des prévisions météo favorables.

Favorables, dans une certaine mesure car pendant les 8 jours qu’aura duré la traversée, on a constamment le vent pile dans le dos. C’est moins pire que pile de face, mais le bateau ne descend qu’à 150° du vent (et non 180) et notre trajectoire fait donc des zig et des zag. Autrement dit, en mode ski : on slalome au lieu de faire du tout schuss ! Pour réaliser un meilleur cap, on essaie bien de sortir notre nouveau spi d’occase, mais 10 minutes ne sont pas écoulées qu’il craque sur quelques dizaines de cm. On réalise qu’en termes d’angle au vent, notre choix de rallier les Gambier plutôt que les Marquises depuis les Galapagos avait été judicieux. 18 jours ‘tout droit’ c’est bien assez, on s’est épargné les zigzag. Le capitaine en tire toutefois des enseignements et songe à l’équipement de son prochain bateau : « pour le vent arrière, il me faut un gennaker (grande voile d’avant légère et enroulable facilement) ou un parasailor (spi à caissons, aisément maniable), ainsi qu’un bon radar pour voir venir arriver les grains de nuit – et réduire la toile en conséquence ». Pour l’heure, pas de radar, pas de spi, un petit génois ; soyons patients (et un bisou par empannage ou prise de ris, ça aide à rester de bonne humeur).

Il y a 2 Samoa, à l’Est les iles sous administration américaine, à l’Ouest les indépendantes, là où l’on va. On prend soin non seulement de changer d’heure car nous avançons toujours plus à l’Ouest, mais aussi de jour, puisque nous franchissons la ligne de changement de date. Contrairement au Philéas Fogg de Jules Verne, nous sautons un jour. Le 8 aout n’a jamais existé pour nous, on est passé direct au 9. 

On trouve aux Samoa un excellent accueil de la part des habitants ; c’est bel et bien encore la Polynésie. Où ailleurs ferait-on demi tour pour te prendre en stop, roulerait-on 20 minutes de plus, et t’inviterait-on à déjeuner le lendemain ?  Apia est une ville qui ne paie pas de mine mais fière de sa culture, avec plein de services, des marchés colorés et vivants, une gare routière grouillante. On s’y régale de uru et taro cuits au four samoan (similaire au four polynésien mais hors sol), de chow pow (banh bao disent les Viet, brioches fourrées à la viande cuites à la vapeur) et de palusami : bourses de jeunes feuilles de taro contenant lait de coco bien crémeux et oignons. L’ile montagneuse d’Upolu nous offre un visage très verdoyant, arrosé de nombreuses rivières et cascades, peu dense, où sont dispersés quantité de fale (prononcer falé, grande hutte) où se tiennent les conseils des villages.

On serait (comme d’habitude) bien resté un peu plus longtemps, mais la météo nous pousse à lever les voiles pour Wallis. On a rajouté des photos dans l’album Iles sous le Vent, mis celles de Mopélia et celles des Samoa arrivent !

samedi 3 août 2019

Mopelia, dernière petite perle de Polynésie française

A Maupiti, après avoir profité du Heiva, de notre spot de kite préféré de Polynésie, et joué avec les 8 autres enfants du mouillage, nous exprimons notre intention de nous rendre à Mopelia, ou Maupihaa. C'est le dernier atoll habité (par 20 personnes) à l'Ouest de la Polynésie française, confetti perdu où une goélette passe une fois l'an ravitailler le motu et récupérer le coprah. Autant dire qu'un voilier en partance, c'est une aubaine pour passagers et marchandises ! Le jour du départ, on accueille ainsi Mana et Maureen à bord, avec Hitoti 6 ans (parfait, un petit copain pour Lucas), et un tas de colis hétéroclites : une débroussailleuse, 3 bouteilles de gaz, 2 panneaux solaires, 50 kg de farine, 25 de sucre, du poulet congelé, un tas de baguettes de pain, des glacières, des plaques de sauce tomate en boite, 3 régimes de banane… il y en a un pour nous, accompagné d'un joli assortiment d'autres fruits.

La fenêtre météo est choisie, départ le 18 juillet : du vent pour traverser à la voile, bien orienté et peu de houle car Maupiti et Mopelia ont des passes parmi les plus dures à franchir de Polynésie. Nos passagers, qui mettent les pieds pour la 1ère fois sur un voilier, sont ravis. « Le cata, c'est top ! - Vous êtes malades en mer ? Non non ». Ils sont habitués à traverser en speed boat en 5 ou 6h, nous en mettrons 18. Toutefois, avec la nuit arrive le mal de mer : nos matelots d'un jour se recroquevillent dehors sur les coussins du cockpit et ne bougent que pour remplir les seaux mis à disposition ! Bien vaillant et endurant, le petit Hitoti ne bronche pas plus que ses parents. Une fois la passe de Mopelia embouquée et les eaux calmes du lagon gagnées, tout le monde revit. On fait la tournée du père Noël pour livrer nos colis, et recevons en retour des invitations à partager les repas de 4 familles.

Notre 1er repas de bienvenue a lieu le samedi, chez Teraitua le frère de Mana. Nous avons d'ores et déjà été conviés le soir même de notre arrivée vendredi, pour un barbec de poulet et ribs (mets plus que rares dans l'atoll). Sur la plage de sable blanc, à côté de la case en tôle, la table est dressée avec vue sur le lagon turquoise, et 3 cocos vertes à boire nous attendent. Un véritable festin a été préparé, c'est bien Noël avant l'heure :

Kaveu (crabe de cocotier) au curry lait de coco
Salade de poisson cru - citrouille
Poulet croustillant sauce citron
Brochettes fondantes de va'u (thon dents de chien)
Pahua (bénitier) au curry lait de coco, accompagné de ipo (brioche à la coco)
Moelleux citron pavot, notre maigre contribution

Inutile de le préciser, tout est évidemment délicieux. Ce qui est plus surprenant, c'est que nos hôtes grignotent à peine, mais se rattrapent sur le komo (bière faite maison avec de la levure de boulanger et du sucre –d'où les 25 kg). Ils dineront correctement le soir venu. Non seulement nous sommes les seuls à manger plus que de raison, mais en plus nous repartons avec les restes des plats au lait de coco. C'est qu'il n'y a pas de frigo dans l'ile et ce serait dommage de jeter. Voilà le début d'une longue série d'invitations journalières où l'on se régale de tout ce que la mer, le lagon et le motu donnent à profusion : langoustes, kaveu et toetoe (crabes), poissons à foison, firifiri (beignets de coco) au miel du motu et même honu, un mets tabou très convoité, pêché à l'occasion des 18 ans d'Alexandre et dont toute l'ile rassemblée n'a pu venir à bout (on vous laisse trouver ce que c'est) !

Avec des hôtes si prévenants et généreux, malgré la vie simple, réduite à l'essentiel, qu'ils mènent, on se sent vite bien dans cette petite communauté. 100 fois reconnaissants du service rendu, et juste contents de partager ce qu'ils aiment avec des nouveaux venus, les Mopéliens nous abreuvent en permanence d'eau de coco et nous emmènent aux quatre coins de l'atoll pour pupuhi (chasse sous-marine) ou faire du snorkeling, pêcher à la traine (miam les bonnes carangues noires), aller chasser le crabe de cocotier –il y en a tellement qu'on peut y aller de jour et en voir par dizaines. Les ressources sont si nombreuses que pour pêcher les bénitiers, Mana n'a même pas pris la peine d'enfiler un masque, il a juste marché 3m devant chez lui et les a prélevés en plongeant l'avant-bras dans l'eau. L'atoll est du reste magnifique avec un petit lagon dans le lagon au Sud et un très beau spot de kite qui marche par Sud Est. On n'y est pas embêté par la foule. Au Nord Est à 2 pas de chez Marcello, sur le platier côté mer, on rend visite à l'épave de Ratafia, un cotre bien connu dans les eaux polynésiennes puisqu'il y naviguait depuis 40 ans, qui a hélas fini sur le récif il y a moins de 2 mois.

Les copains du bateau Libertaire arrivent, avec leurs 2 petites filles ils doublent le nombre d'enfants dans l'atoll ; eux aussi ont amené un gars de Maupiti (avec son vélo, des cartons de bière etc) et écopent du même sort que nous : passer du temps avec les habitants, partager leur repas (on leur fait plaisir en leur cuisinant un gâteau, ils n'ont pas d'œufs sauf ceux de sternes mais ce n'est pas la saison), repartir avec les restes, … recommencer. On prolonge notre séjour, quitte à zapper une prochaine escale (le temps nous étant compté avec la saison cyclonique) : comment cela pourrait-il être mieux qu'ici ?

Dimanche 4 août 2019 à 00h50 UTC, après 3 nuits de mer, nous sommes à 153 milles de Suwarrow dans les iles Cook, par 12°15 Sud et 160°29 Ouest. A très bientôt ! Vous pouvez nous envoyer des sms sur le téléphone satellite (onglet Textez-nous).

vendredi 26 juillet 2019

Descente et danses dans les iles sous le vent

Nous voilà de retour sur Vanille, à Mopelia ! mais c'est où ?
Que de choses à raconter depuis notre retour en France. Un super séjour métropolitain auprès des familles entre les fiefs de Toulon et Dunkerque, la découverte des belles régions que sont l'Auvergne et le Vercors, les randos des beaux jours, l'escalade avec les copains ou en amoureux, les bons petits plats de nos régions, etc.

Le retour à Tahiti est synonyme de boulot, car on retrouve Vanille vert et poussiéreux d'être resté à la marina de Taravao, un des endroits les plus pluvieux de l'ile. De plus, on rapporte dans nos valises une nouvelle voile (spi de 115m2), et toutes sortes de pièces pour le bateau : pompe à eau, joints, filtres, impeller pour les moteurs diesel, barbotin pour le guindeau, poulies et autres flat line… Après une semaine de bricolage, nous sommes prêts à repartir ; non pas vers l'Est et les Marquises comme on l'avait imaginé (Lili y avait une piste boulot, qui n'a pas abouti), mais vers l'Ouest, direction Nouvelle Calédonie ou Australie. C'est donc avec le cœur un peu serré qu'on quitte Tahiti et les copains (à terre et de bateau), mais on reviendra, et cette perspective nous rend à notre joie.

1ère navigation mouvementée vers Huahine : de la houle mais pas de vent pour commencer, on se fait bien balloter, puis 30 nœuds et une mer assez grosse a la fin. Résultat, un chariot de latte de grand-voile dégage de son rail et toutes les billes qui lui permettent de bien coulisser partent à la flotte. Dommage, on venait juste de racheter des billes mais pas assez… heureusement notre ange gardien Jojo parvient à nous en faire parvenir à Raiatea, et on dégotte un nouveau rail grâce à l'amabilité des boites de location de cata.

On profite du Heiva dans les iles (grandes festivités de juillet, où les danses polynésiennes sont à l'honneur), avec notamment le festival Taputapuatea qui reçoit des délégations de Nouvelle Calédonie, Hawaii, Rapa Nui (ile de Pâques). Ces derniers font fureur avec leurs costumes minimalistes en plume et leurs rythmes et gestes percutants. Des spectacles qui ravissent les yeux et les oreilles, avec une proximité de la scène qui permet de goûter chaque petit détail. Même à Bora-Bora l'ambiance est familiale –quoi que les représentations soient hyper pro -, on parvient à se glisser au plus près des danseurs, simplement assis sur le sable. Costumes végétaux travaillés à la perfection, odeur enivrante des fleurs, corps luisants, rythme entrainant des percussions, chorégraphies gracieuses ou effrénées, pieds nus qui martèlent le sol se déplacent allègrement sur les pointes, chœur où les voix se donnent à pleins poumons, art déclamatoire de
l'orateur qui raconte une légende… une très belle expression de la culture polynésienne.

Dernier Heiva à Maupiti, où au sein de la famille de Vainui rencontrée lors de notre précédent séjour dans l'ile, on assiste aux derniers préparatifs des costumes. Des heures sont passées à aller sur le motu récolter tel élément du cocotier (pédoncule floral, nervure principale, palmes qui seront tressées de mille savantes façons), écorcer le purau et tremper ses fibres dans l'eau de mer pendant 2 semaines avant de réaliser les pagnes (more), récolter fleurs, feuilles, graines, coquillages ou nacres, et les assembler en de magnifiques parures… d'un jour !

Suite des réjouissances très bientôt avec notre fantastique virée à Mopelia. On est déconnecté pour plusieurs semaines (seul le téléphone satellite fonctionne), il faudra patienter pour les photos ; mais celles de Ahé en avril ont été mises en ligne dans l'onglet. On guette la météo pour la prochaine escale à Suwarov dans les iles Cook, puis Samoa, Wallis, Vanuatu, et Nouvelle-Calédonie dans les 3-4 mois à venir.

jeudi 11 avril 2019

Petit coup de blue lagoon avant départ

Samedi 23 Mars 15h30, on pose la pioche devant le village de Ahé. La visibilité est encore bonne pour trouver un patch de sable parmi les patates de corail. On saute avec délices dans l’eau turquoise, contents de retrouver une couleur un peu plus décente que les eaux turbides des Marquises !

Le week-end n’est pas terminé, qu’on s’est déjà fait offrir du taiero (chair de coco rapée marinée avec des bernard l’ermite spécifiquement violets + poisson cru) par la mamie qui, en principe, en vend. Pef a rencontré Eria qui lui propose une partie de « passe-temps », ou chasse sous-marine : autrement dit, ils vont ensemble pupuhi. Kito, Parei, Apei, les poissons s’accumulent dans la caisse que les pêcheurs trainent derrière eux – pour ne pas se faire happer leur butin par les requins. Eria montre comment prélever les bénitiers : il faut viser précisément le pito (mot-à-mot, nombril), au milieu du bivalve. Après avoir été vidés, ils se retrouvent directement dans notre assiette, ultra frais, crus et assaisonnés d’un filet de citron : c’est d’une finesse, d’une fraicheur !

Nous allons passer un bon moment à la ferme perlière du motu Kamoka, auprès de Patrick et consorts. Patrick est un popa’a (Blanc), arrivé ici il y a 25 ans, et devinez comment ? Sur Joshua, le célèbre bateau (hommage à Joshua Slocum, 1er circumnavigateur solo) du non moins célèbre Bernard Moitessier. En fait Moitessier est venu à Ahé quelques années, grâce à Patrick (20 ans de moins que lui) ; pour + de détails voir l'article "Ahé et l'Alliance" sur le blog de nos copains, Balanec Atao.
Patrick est un personnage : 76 ans, grosse touffe de cheveux blancs en chignon, ce papi en pleine forme fait 30 min d’aquagym tous les matins, mange une bonne assiette de légumes au petit dèj accompagnée d’un bol de citronnade au miel bio de son motu ; au déjeuner, salade de crudités avec poisson -pêché sous sa maison flottante ou à la passe, et pas de diner pas le soir.
Ce Géo Trouvetout dans son genre nous parle du refroidissement imminent et soudain de la Terre, il a un catamaran à voile rigide (!) posé dans son arrière-cour (sur le platier de corail), dont il a enlevé les moteurs à explosion pour les remplacer (un jour…) par des moteurs à mouvement perpétuel obtenu à l’aide d’aimants. Il accueille dans sa ferme perlière des woofers (travailleurs bénévoles, logés et nourris), du genre vegan ou hippie sur les bords, enfin de ce qu’on en a vu… ainsi que les voiliers de passage. Ambiance auberge de jeunesse, travail avec le sourire au son du reggae, ça va surfer ou pêcher après la journée de boulot. On partage de bons repas conviviaux, où l’on déguste même du Napoléon (oui, la trop belle bête… mais elle était déjà tuée) et du mérou céleste. Malgré ces bien beaux noms et cette bien bonne chair, ce sont 2 espèces réputées à risque pour la ciguaterra (la gratte) ; on fait néanmoins confiance aux habitués, et les repas sont digérés sans symptômes suspects.


On rencontre le fiston Josh (tiens tiens, ce nom), 48 ans. Il vient ponctuellement depuis les USA pour la récolte, et la greffe des perles qu’il réalise lui-même. On remet de bonne grâce la main à la pâte (gluante), pour extraire les keshi des huitres perlières (perles avortées qui ont donné des concrétions +/- grosses de nacre pure), prélever les korori (pied du mollusque, délicieux en carpaccio ou pané, cf nos recettes des Gambier), raccrocher les bivalves surgreffés sur des lignes en vue de leur remise à l’eau, etc. Il n’y a pas de sous-tâche, mais la palme de la plus reloue revient à celle qui consiste à taper avec un bâton sur les paniers en plastique contenant les nacres, afin d’en décrocher les petits coquillages indésirables… ampoules garanties. A Kamoka, la pénible besogne du nettoyage extérieur des nacres, habituellement réalisée au karcher tous les 2 mois, est heureusement confiée aux poissons ! Les fameux paniers en plastique, dispersés méthodiquement dans la zone de concession maritime, sont simplement déplacés près de la ferme, sise sur une grosse patate de corail, et les perroquets et autres petits mangeurs qui y grouillent viennent brouter les précieuses coquilles.

Le 5 avril, nous hissons les voiles et mettons le cap plein sud pour Apataki. Au Sud Est près du chantier de carénage, un décor comme on les aime : eau transparente, palette infinie des bleus et verts du lagon, motus où ondoient et verdoient les cocotiers, langues de sable que nous sommes les 1ers à fouler (ou du moins pourrait-on le croire). Le vaste, l’immense ciel, où bourgeonnent les nuages, où défilent les grains, où scintillent les étoiles, renvoie les éléments de cette carte postale à leur finitude, et nous fait sentir tout petits.

L’anémo affiche 18 nœuds. Il est 7h34, le kite est déjà gréé, c’est parti pour une pure session ! Lucas, agrippé aux cuisses de son papa, prend confiance, et kiffe carrément. Il s’époumone pour se faire entendre de sa maman : « C’est trop cooool ! ». Et puis, « papa, on fait encore un saut ? ». Après un ride d’un bon quart d’heure et une dizaine de jumps, les abdos de Pef sont fiu d’avoir levé 17kg supplémentaires ; le puce, bien rincé, ne demande pas son reste. Au tour de maman…

Quand il n’y a plus de vent et que le lagon se transforme en miroir, le Captain retourne pupuhi. Ca progresse sérieusement, comme l’atteste la dernière session. 1ère apnée, Bim un tatii. 2ème apnée, 2ème tatii, 3ème et 4ème apnée, encore des prises ! « Tu veux quoi maintenant chérie ? » 20 minutes plus tard et 6 poissons au compteur, Lili temporise : « euh ça va être bon maintenant ! ».  Le chasseur raconte presque avec passion ses aventures sous-marines. « Pour le paaihere manini (carangue d’or), j’allais remonter quand j’en ai vu 2 belles grosses arriver ; fallait pas bouger ; attendre que, curieuses, elles viennent me voir. Faire genre de ne pas les regarder. Et là, quand elles sentent qu’il y a un truc louche et qu’elles commencent à faire demi-tour, présentant leur côté, BIM ! Par contre je n’avais plus d’air, je commence à remonter mais la carangue me tire vers le bas, je palme comme un fou, je suffoque, ouf la surface ! Et vite la caisse avant que les requins ne rappliquent ! ».

Bref, encore un séjour dont on savoure les jours (et le poisson quotidien). On se dirige bientôt sur Tahiti pour stocker le bateau et rentrer pour 2 mois en France… on a tellement besoin d’un peu de vacances ! (et, bien sûr, de revoir nos familles chéries).
Les 2 derniers album photos des Marquises sont en ligne, pour celui d'Ahé / Apataki faudra attendre une meilleure connexion !

mardi 26 mars 2019

Nuku Hiva et Ua Pou, fin du séjour aux Marquises

A chaque fois que nous partons d’une ile ou d’un mouillage, c’est le cœur un peu serré : on serait bien resté encore quelques jours pour passer plus de temps avec les Marquisien, si accueillants et prodigues. Heureusement, à l’escale suivante d’autres belles choses nous attendent. Les rencontres se créent, toujours d’une manière simple et qui nous ravit. On essaie de rendre un peu de ce qu’on reçoit, en cuisinant un gâteau par ci, en offrant un pot de confiture par là, en invitant les gens à bord. On est curieux d’aller sillonner les sentiers, qui se vont à travers des forêts riches et foisonnantes, nous mènent vers des côtes arides ou traversent des paysages vierges.

On touche Nuku Hiva par le nord, dans la très belle et très protégée baie d’Anaho. Ca fait bizarre, on est à plat sur l’eau ! Un des rares endroits aux Marquises où la blague habituelle, « ça roule ? », n’est pas de mise. On sympathise rapidement avec la famille de Ula, son petit Tema’u 3 ans, sa sœur Piu, qui vivent très simplement de la récolte du coprah, entourés de leurs arbres, de quelques bœufs d’élevage et de leurs chevaux, avec en sus les chèvres de la montagne et les poissons des environs. Ici chaque habitant possède son cheval, indispensable pour rallier en 1h le village de Hatiheu, qui lui est desservi par la route (la ville est encore à 1h de voiture). Un isolement qui donne au lieu son caractère préservé et si tranquille. C’est en revanche plus épique lorsqu’on est enceinte de plus de 7 mois et qu’on a un RDV gynéco improvisé de l’autre côté de l’ile : si si, Ula y est bien allée à cheval… Impressionnantes les filles : pour le coprah (chair de la noix de coco décortiquée et séchée, subventionnée, qui alimente l’huilerie de Tahiti), les femmes font équipe, et leshommes sont de leur côté : certainement le rythme des 1ères est plus soutenu que celui des derniers !

Ula nous emmène débusquer les poulpes, on marche sur le platier de corail à la recherche des trous où se cachent les céphalopodes. Lucas perd constamment ses tongs dans l’eau mais garde le rythme –chou blanc pour cette fois. Pierre va chasser la chèvre sauvage avec un des jeunes. Le Grand Raid est loin derrière lui, et les pentes des Marquises valent bien celles de la Réunion, mais là il faut se frayer son propre chemin, puis c’est carrément de la varappe dans les rochers escarpés. Pef est bien content d’avoir un peu plus que des notions d’escalade, certains passages ne donnent pas le droit à l’erreur (non seulement il n’y a pas de corde, mais en plus le jeune chasseur a son fusil dans les mains !). Mais le Marquisien est dans son élément, concentré, à l’affût, Pef marche dans ses pas sur les crêtes solitaires ou les surplombs qui se jettent dans la mer. 2 balles sont tirées, mais les chèvres agiles se sauvent. Encore chou blanc ! Cependant, un autre chasseur en a abattu 2 de son côté : « tiens Pierre, t’as qu’à prendre cette moitié, on en a tant qu’on veut nous… ». Et puis comme ça il pourra plus vite retourner chasser. On se retrouve ainsi avec ½ carcasse de chèvre sur les bras. Elle finira en ragoût, au curry lait de coco, mais aussi séchée (c’est comme du billtong sudafricain !) et conservée dans le gros sel.

L’heure de partir approche, suivant les règles de l’hospitalité marquisienne nous sommes donc conviés à faire le plein de fruits. Une mini expédition se monte pour la plus grande joie de Lucas : 2 chevaux sont sellés, un pour Tema’u et un pour lui, on passe abreuver la paire de vaches et déplacer leurs longes, puis direction le fa’apu (jardin) dans la colline. Piu appelle de toute sa voix vers les hauteurs : les chèvres éparpillées vont venir s’abreuver et elle les nourrit de tourteau de coco de temps en temps, juste assez pour qu’elles restent ‘domestiquées’. On cueille des pommes cannelle, un énorme corossol, des kava, Pierre grimpe à l’avocatier muni du o’u (perche) pour la récolte : on en prend autant qu’on veut, idem pour les mangues -sur lesquelles on ne se lâche pas trop vu notre stock faramineux de Ua Huka. Un régime de bananes pour la route, et puis ça va être bon…

Petit stop côte Sud à Hooumi, encore une jolie rencontre avec la famille de Tamahautini, puis séjour « en ville » à Taiohae. Une bonne dose d’internet, la petite glace qui fait plaisir, et les retrouvailles avec Laurent, Coco et leurs 2 petits bouts. Ils sont arrivés là en bateau il y a 5 ans (dans le sillage de Jotys), se sont improvisés profs et n’arrivent pas à partir des Marquises : la qualité de vie y est un peu trop bonne.

On file au travers vers notre dernière destination, Ua Pou. Dernière chance pour se gaver de randos, parfaire notre plein de fruits (prochain archipel : les Tuamotu, fruits et légumes : 0), et troquer notre smartphone de secours qu’on n’utilise plus ! Missions accomplies, on repart avec un énorme umete en bois (plateau à fruits), sculpté de superbes motifs marquisiens -tu es sûr qu’il rentre dans une valise ? On ne manque pas la (double) visite chez Manfred, un Allemand installé depuis 25 ans au fin fond de Hanatehau et qui fabrique du chocolat 100% local depuis peu. La 2ème visite, après la rando du tour des pics, est fatale pour nos estomacs de goinfres, on n’a jamais autant ingéré de chocolat… (ce n’est tout de même pas cette rando, qui avait épuisé la maman de Lili il y a 7 ans, qui a pu nous mettre K-O !).

Le Capitaine valide sa fenêtre météo le 20 mars, on part pour 470 milles de portant jusqu’à l’atoll d’Ahé (où a résidé le mythique Vagabond des mers du Sud, Moitessier – à lire !). 12 et jusqu’à 20 nœuds de vent, on avale les milles vent arrière comme pour rire. La nav est limite plus confortable que les mouillages houleux des Marquises, on fait péter lasagnes, clafoutis au corossol etc. Un cargo parti de Valparaiso (Chili) pour Hong Kong croise notre route. A la VHF, le commandant nous demande nos intentions –euh… continuer tout droit, on est sous spi- d’où on vient et où on va comme ça. « Ahé ? C’est dans quel pays ? » Oui, on a bien de la chance d’être pépère en croisière, c’est autre chose que le monde des ports, des conteneurs et des supertankers... La bête de 300m (contre 12 pour le moustique Vanille) se déroute galamment pour nous laisser passer.

Les nuits de pleine lune sont magiques, pas de grain à l’horizon, on en profite pour mettre un maximum de toile… mais on déboule si vite que… CRAAC, eh oui encore une fois, à un an d’écart, on (ré)explose le joli spinnaker aux couleurs seventies gentiment donné par Plume. Coupé en 2, aie ! On reste de bonne humeur en écoutant en famille Django Reinhart, Robert Charlebois, ou L’autorail de Souchon. On atteint même Ahé et au bout de 3 nuits au lieu des 4 escomptées. A nous les eaux claires et calmes, à nous les poissons du lagon !
Un album photo vous attend dans l'onglet.

lundi 11 mars 2019

Les Marquises 7 ans après, encore le pied

Nous coulons toujours de beaux jours aux Marquises, et nous avons bien eu le temps de faire la tournée des potes. Il y a 7 ans, on n’avait passé « que » 2 mois à parcourir les 6 îles habitées de l’archipel ; aujourd’hui on peut prendre plus de temps, et les habitants rencontrés à l’époque sont toujours là, dans leurs vallées respectives.

Avec Joseph et Rachel, c’est virée pêche à bord de Vanille (à la traine, au fusil et à la palangrotte, tous les moyens sont bons), escapade au faapu (terrain planté ou cultivé) et ramassage, outre les fruits, de graines pour en faire des colliers ; puis initiation au perçage des graines. Les pros savent tenir une graine de 2 mm de diamètre entre pouce et index, et la percer avec une Dremel aux mèches plus que fatiguées ; les débutants que nous sommes sont obligés d’utiliser la technique dite du pamplemousse, pour caler la graine et au pire percer la chair du fruit plutôt que la sienne ! Notre introduction à l’artisanat est complétée, toujours sur Tahuata, à Hapatoni le village des sculpteurs sur os. Chaque ile s’est quelque peu spécialisée : à Fatu Hiva les tapa (écorces de bois tapées longuement avec un bâton de bois pour en faire un genre de parchemin, qui est ensuite peint), Ua Huka le bois, Ua Pou la pierre. Kalino donc nous fait travailler un petit carré d’os de bœuf d’1,5 cm de côté pour en tirer une magnifique croix marquisienne !

A Hiva Oa, tandis que Lucas gagne en autonomie en prenant le truck pour aller à l’école (accompagné néanmoins de ses acolytes Errel et Coline), les parents ont prévu une sortie à cheval de 3h avec Jérémie. Volubile, il nous explique qu’il capture des chevaux sauvages en brousse et les dresse, que la nuit il chasse le cochon (sauvage évidemment) ou est employé pour aller à la pêche au thon ; il nous emmène voir le ‘Tiki souriant’ et nous raconte la légende du cochon. Son maitre, originaire d’Hiva Oa, se fait capturer à Ua Pou et va se retrouver dans la casserole (les habitants ont faim) ; mais il appelle son cochon, resté à Hiva Oa. Celui-ci entend, prend son élan (on peut voir son empreinte restée imprimée dans la roche dans les environs de Puamau), et arrive à Ua Pou, avec tout une myriade de poissons, thons, mahi mahi accrochés à ses flancs : de quoi satisfaire la population. Et on peut voir à Ua Pou, sur les rochers de la plage, les galets ayant servi pour le four qui restent encore huileux, témoins du festin… Avec Jérémie, c’est théâtre grandeur nature, puisqu’il exécute non sans fierté la danse du cochon, accompagnée de bruits sourds et autres grondements, devant son public ravi (les copains Balanec, le Tiki souriant et nous). On finit par se rendre compte que 7 ans auparavant, Jérémie était avec nous lors de l’inoubliable randonnée avec les habitants de Hanaiapa pour rallier Puamau en 2 jours avec bivouac marquisien et tout (voir Ici, article Hiva oa). Les gens de Hanaiapa qu’on a retrouvé d’ailleurs lors du mariage de Pierre et Bruna (cf article précdent). On finit la balade à cheval 5h après (3h ou 5h, quelle différence ?). Droite, gauche, la voie est libre, allez on fonce à brise abattue dans la ville, passant au galop devant la gendarmerie, yeeeeha !

On rejoint le groupe des iles du Nord à Ua Huka, après une nav de nuit. Mission, retrouver Isabelle, Nestor et Dolina qui nous avaient si bien accueillis naguère. Un peu trop facile : dans la 1ère voiture qui nous prend en stop, quelqu’un est de la famille, ils nous indiquent qu’Isabelle est sur Tahiti et nous déposent donc devant le portail de Dolina! Retrouvailles, allez on va grignoter un peu, des œufs de kaveka (sternes) au bout goût iodé qu’on ne trouve que sur un motu de l’ile (interdits à la vente, mais qu’on a le droit de donner !). On repart avec notre sac cabas qui, de vide, se retrouve plein de belles grosses mangues. On fait à nouveau du stop pour rentrer ; quelqu’un s’arrête, « en principe je tourne ici, mais je vous emmène quand même à Hane (soit 20 min de détour) ». Et nous : « Nestor ??: » C’est bien le maire d’il y a 7 ans, encore maire actuellement. Il nous emmène le lendemain en expédition en 4x4 au cœur et dans les hauteurs de l’ile.
Points de vue imprenables sur la côte sud de l’ile, très découpée, assez aride et minérale (Ua Huka est l’ile marquisienne la moins haute et la moins arrosée par les pluies). Alentour en altitude, les montagnes sont recouvertes d’une forêt aux mille tons verts ; au loin se trouve le grand cratère, où les roches rouges feu érodées depuis des temps immémoriaux dessinent maintenant des collines aux formes rondes et amollies qui étendent leurs pentes douces ou leurs pans de falaise arrachés jusqu’à la mer ; le bleu profond de l’océan remplit l’espace restant.
Arrêt obligatoire au faapu : 5 régimes de banane sont décrochés, 10 kg de mangues récoltés, bim ! Des sacs débordants de pamplemousses et citrons nous attendent également. Allez, débrouillez-vous maintenant pour rapporter tout ça au bateau… en kayak. Déjà qu’on s’est fait renverser par la houle au débarquement, ça va être sport pour l’embarquement !

Pierre réussit à refourguer un régime à chacun des bateaux au mouillage. On utilise tous les pots en verre disponibles sur le bateau pour faire des confitures et des mangues au sirop, et à terme des bananes séchées. Mais vient un moment où il faut faire quelque chose pour arrêter cette corne d’abondance intarissable : nous sommes obligés de refuser les fruits offerts – ou alors on n’en prend que 2, pour faire plaisir et ne pas froisser.

A venir, notre séjour à la capitale sur Ua Huka, et Ua Pou où nous nous dirigeons demain, ainsi que d’autres photos (un album Tahuata a été créé). Apae (= à plus !)