mardi 22 janvier 2019

Amanu, du poisson à gogo

Allez, encore un article Tuamotu et on vous parlera des Marquises où on séjourne depuis presqu’un mois !
Pour le dernier jour d’école de l’année 2018, c’est portes ouvertes : allons-y ! Des élèves de primaire présentent des exposés sur l’équilibre alimentaire, la fabrication de compost. On joue, on danse. Le puce est à fond, ça fait plaisir ; pour un Polynésien de 4, 8 ou 15 ans, danser en rythme ou faire une chorégraphie c’est pas la honte, c’est juste naturel. Puis en équipe, on doit composer des repas équilibrés, à l’aide d’images-ingrédients. A part le dessin de brocolis qui a été confondu avec des abricots, et qu’au petit dèj on ne met pas de poisson (contrairement à l’habitude des Paumotu), il y a plein de fruits et légumes dans les menus, et maitresse est très stricte : une glace (ou produit gras et sucré) par semaine, pas plus !

Mise en application immédiate à la pause de 10h avec des gâteaux en pagaille, et au déjeuner de fin d’année auquel nous sommes gentiment conviés : dans les assiettes, 2 énormes bouts de viande prennent toute la place, avec un bon coup de ketchup, du riz, … et environ 3 grains de maïs. Du Tang (jus en poudre reconstitué) mais pas d’eau à table, et gâteau en dessert bien sûr.

Le soir, pour la fête de l’école, les enfants costumés, couronnés et parés de colliers de fleurs présentent des chants, des danses et une pièce de théâtre. Au 1er chant, Lucas qu’on a (un peu) poussé parmi ses camarades, veut soudainement faire pipi et, paniqué, fond en larmes en appelant sa maman – un peu trop ambitieux de le faire participer au spectacle après 2,5 jours d’école. Mais surprise, un papa Noera (père Noël) bien bronzé et bien jeune sous sa barbe fait son apparition. Il distribue des sacs de bonbons (on en est à 3 sucreries par jour, là !) et des cadeaux ; il était un peu en speed, du coup Lucas reçoit 1000F dans une enveloppe.

Ce papa Noera ressemble fort au Tavana (maire) du village. Le Tavana, François, s’avère aussi être l’infirmier (qu’on visite suite à la blessure de guerre de Lili), et il se marie bientôt. Grosse teuf en perspective car la population de l’ile (200 habitants) va passer pour plusieurs jours de festivités à… 600 ! Sans compter les voiliers qui sont naturellement invités. Sachant qu’aucun avion ne se pose dans l’atoll et qu’aucun gros bateau n’entre dans la passe, imaginez la logistique ; l’atoll de Hao est tout de même à quelques dizaines de milles.

Il va ainsi falloir gérer l’eau pour tout ce monde, et surtout le ma’a (la bouffe). Aline et Adrien, amis du maire, partent en mission sur leur catamaran avec 4 mecs du bled, direction l’atoll fermé (sans passe) et non habité de Tauere. 3 jours pour attraper le plus de langoustes possibles qui y grouillent, de poissons pélagiques, de poissons de récif qu’il faut aller harponner (pauvres énormes Napoléon), de crabes de cocotier à piéger, et tutti quanti ; tout en faisant des quarts de nuit car il est impossible de jeter l’ancre. La fine équipe revient chargée à bloc... on peut presque les sentir avant de les voir ! Dans
Dans leur cargaison, ils ramènent aussi… 2 habitants « perdus », laissés sur l’atoll désert 3 ans auparavant par un bateau militaire et « oubliés » depuis. Ca faisait 6 mois qu’il n’avaient plus « rien » (plus de farine, plus de café, plus d’allumettes, rien) : juste du poisson et des cocos. On parle à l’un d’entre eux mais il est loin de nous, comme dans un rêve…

Entre les pêcheurs qui rentrent au village et se stoppent au bateau pour nous donner sans plus de manières des belles bonites, le poisson du large qu’Aline et Adrien partagent avec nous, et celui que Pef va chasser, on en devient presque des Paumotu (à manger du poisson au ptit dèj).

Comme on a eu la flemme de prendre des photos, on vous en a mis 3 du drone d’Aline à Fakarava. A bientôt !

vendredi 11 janvier 2019

Amanu... souvenir marquant !

Nous arrivons à Amanu pour les 3 derniers jours d’école de l’année civile.
La bonne fenêtre météo fait que le nombre de bateaux dans l’atoll passe de 0 à 6 dans la même journée. On fait plus ample connaissance avec Pizza et Eurêka, les bateaux d’Aline et Adrien. Ils sont jeunes mari et femme, lui moniteur de kite et elle pro d’apnée et de pêche sous marine (de pêche en général, en fait). Elle a chopé en route 2 thons rouges (yellow fin tuna) dont ils nous font généreusement profiter : un régal.

En route pour le casse pipe !
Je profite d’avoir un pro sous la main pour essayer le surf sur la jolie vague à l’extérieur de la passe avec notre paddle. Malgré les conseils, c’est dur de manœuvrer debout avec cette grosse planche, et de se trouver au bon moment au bon endroit – ou alors, c’est gros et ça fait trop peur. Bien entendu je ne prends pas de vague, sauf une en bodyboard que j’échange contre le paddle un moment. Quel que soit le support, je passe plusieurs fois en mode machine à laver / essorage 1000 tours, mais le corail est profond et je m’en sors bien avec un bon rinçage de sinus. Ca me suffit, je vais demander à Adrien comment faire pour rentrer : en effet le courant sort de l’atoll et on est à l’extérieur. Il faut se rapprocher du bord, aller à pied jusqu’au côté intérieur de l’atoll et traverser la passe comme on peut en diagonale pour rejoindre l’autre rive. Ok on va bien voir…

Ces explications ont lieu au pic, l’endroit où les vagues sont les plus grosses, et une série nous arrive sur la figure. On se fait rouler une fois ; Adrien a une mini planche et parvient à s’extirper. J’ai une planche beaucoup plus volumineuse et me fais embarquer comme un fétu de paille, 2 fois, 3 fois. En ressortant enfin la tête de l’eau pour tousser et aspirer goulument de l’air je pense « quelle chance, je n’ai pas touché le corail ». Mais ce répit dure 1 seconde et cette fois c’est la bonne : la vague s’écrase sur moi, un torrent mousseux m’emporte et finit par me plaquer violemment de côté… sur le corail évidemment. Maintenant j’ai pied (ouf, j’ai des chaussons !) et je veux juste rejoindre le bord le plus vite possible car même si les vagues sont cassées par le récif, elles m’atteignent toujours et je titube parmi les patates. Cerise sur le gâteau, mon leash se coince dans l’une d’entre elles, tant pis je le détache de ma cheville et je sors de l’eau. A ce moment Patrick un surfeur local me voit, va chercher ma planche (merci !), et, chance, il a appelé un bateau pour venir le chercher et traverser la passe. Sauvée. Je regarde d’un peu plus près ma jambe : elle est repeinte en rouge, sanguinolente. Patrick me dit: « Frotte avec de l’eau de mer ! Ah, le corail doit être content, il a bien mangé ! - Qu’est ce qu’il faut faire ? – Frotte avec du citron, fort, ça doit devenir blanc ».

La blessure de guerre 3j après
Je m’exécute sitôt arrivée au bateau : on a entendu trop d’histoires de corail qui continue à pousser sous la peau, je fais confiance aux conseils des locaux. Mais c’est tellement atroce que je n’arrive qu’à me tamponner la jambe avec mon demi citron en poussant de petits cris, et non à frotter énergiquement comme recommandé… Bon, un peu de sucre dans le sang et quelques minutes plus tard, le pire est passé. 2 semaines de cicatrisation, privée de baignade, un épisode "jambe de bois" comme dit Lucas (à cause du méga hématome) qui laissera un souvenir d’Amanu ! On reste néanmoins de petits joueurs quand on pense aux surfeurs de la Réunion revenant de leur session avec des oursins crayons (qui ont donc des épines de la taille d’un crayon) plantés dans les genoux ou le dos…
Fête de fin d'année pour les petits

On vous souhaite de tout cœur une bonne et belle année. Merci aux envoyeurs assidus de textos sur l'iridium, et pour les messages FB !