mercredi 26 décembre 2018

Gagner les Marquises depuis les Tuamotu : mission accomplie !

Pour passer la saison cyclonique bien à l’abri, nous avons choisi d’aller aux Marquises, archipel situé hors de la trajectoire des cyclones. Le tout est de réussir à remonter au vent, puisque les Marquises sont au Nord Est des Tuamotu et que les vents dominants en cette période sont aussi de secteur Nord Est. En gros, on attend des vents de Nord pour aller vers l’Est (étape 1), puis des vents d’Est pour aller vers le Nord (étape 2).

Hanavave, Fatu Hiva
1ère étape le 8 Décembre, Fakarava - Amanu, un atoll à mi chemin sur la route des Gambier. 300 milles à parcourir, le vent est plutôt faible mais c’est tant mieux pour faire du près. Or environ 2 heures après être sorti de Fakarava, BOUM, oh oh il s’est passé quelque chose dehors. Mince, la bôme est tombée ! (grande poutre horizontale sur laquelle repose la grand voile). L’axe du vit de mulet (pièce qui fixe la bôme au mât) a pété. Gardons notre sang-froid, il s’agit juste de réassembler les 2 morceaux de la pièce et passer une nouvelle tige inox dedans, un enfant de 2 ans pourrait le faire… sauf que là, y’a quelques centaines de kilos à déplacer avec la bôme et le poids de la voile, et même si la houle n’est pas si grosse, ça bouge dans tous les sens. Le courageux Lucas a d’ailleurs le mal de mer et se rend vaillamment tout seul jusqu’à l’évier, prend son petit tabouret et se penche pour vomir, personne n’étant dispo pour s’occuper de lui. Heureusement après 2h de boulot (hisse un peu la drisse.. vas-y soulève l’arrière de la bôme.. du mou dans la balancine.. fais levier avec ce gros bout de bois –le genre de truc « inutile » que tu entasses sur le bateau mais qui là sauve la mise !) victoire c’est réparé, on est (re)parti pour 3 jours de nav quasi sans moteur. On se ralentit pour arriver à la bonne heure à l’entrée de la passe d’Amanu, étroite et pas bien calée au niveau cartographique. Les vagues du spot de surf déroulent sur la gauche, celles de droite s’écrasent avec fracas sur le platier, la houle soulève de même Vanille mais nous entrons sans encombre. On nous indique par VHF qu’on peut rentrer dans la petite darse du village. Ca a l’air de passer ric rac, on tente ; l’ouverture dans le corail laisse 1,5m de marge à bâbord et aussi peu à tribord, avec 1,8m de fond. Nous y sommes ! Notre séjour dans le charmant petit atoll d’Amanu, 200 habitants, fera l’objet d’un prochain post.

2ème étape, Amanu – Fatu Hiva, l’ile des Marquises la plus au vent (à l’Est), et donc la plus difficile à atteindre. Mais une bonne fenêtre de vent d’Est s’annonce le 20 décembre, nous voilà prêts à avaler encore 450 milles. 6h55, on se fait éjecter de la passe avec un courant sortant de 6 nœuds. 12 nœuds de vent réel dehors pour s’amariner (soit plutôt 17 de vent apparent comme nous sommes au près), puis journée avec pas mal de grains, des refusantes (le vent tourne dans le mauvais sens), des molles, ça repart, ça tape aussi : le bateau se cabre dans les vagues pour retomber en piquant du nez +/- violemment (bim… BAAAM). Le 21 au soir et pendant 36h, bien loin de toute terre ou motu habité, Lili nous fait une grosse éruption cutanée, des plaques de boutons apparaissent sur toutes les parties du corps par vague, comme si les jambes, puis le dos, les bras, etc avaient été roulés dans les orties. Ca gratte malgré les anti histaminiques, on ne sait pas pourquoi c’est arrivé ni comment c’est parti. Entre la pièce qui a cassé et le souci médical, on se rend compte de notre isolement et qu’on n’est que très peu de chose sur le vaste océan…

Mais Vanille continue de tracer sa route, essuie encore un grain, petite pointe de vitesse à 9,5 nœuds. « Zut les lignes de traine se sont emmêlées », « Mais non c’est un poisson ! ». Un joli wahoo rayé (thazard) plus long que Lucas. Miam miam les bons sashimi, vindaye et compagnie en perspective (Lili attendra un peu car ses boutons l’ont rendue méfiante sur tout ce qu’elle ingurgite). Pef a juste le temps de prélever les filets, hop on met tout ça dans des tupperware, gros coups de seau d’eau dans le cockpit pour laver le chantier, c’est vite plié et ça tombe bien car un autre grain nous arrive dessus !

On serre le vent, qui a forci, jusqu’à la fin. Avec notre cata on marche à 65° du vent réel, c’est le mieux qu’on puisse faire, en dessous on perd de la vitesse et on dérive plus qu’autre chose. La dernière nuit avec 25 nœuds au près, 2 ris dans la grand voile et génois en partie roulé, le Captain n’arrive pas à fermer l’œil car à chaque grosse vague, BAAAM, il souffre pour son bateau. Notre admirable puce, dans la cabine avant (l’endroit où les sensations « rodéo » sont à leur maximum), est en lévitation par intermittence mais dort -enfin on imagine- sans broncher. Il sort juste à un moment faire pipi et retourne sagement d’où il vient sous le regard ébahi de sa maman qui est de quart.

Et le 24 décembre à 10h, en cette veille de Noël nous affalons les voiles peu avant l’entrée de l’extraordinaire et splendide baie des vierges à Fatu Hiva, reconnaissants pour cette navigation un peu ardue mais qui nous donne le sentiment d’avoir en quelque sorte « mérité » cet endroit qui ressemble au paradis ! Après ces derniers temps de « disette » aux Tuamotu et en nav concernant les produits frais, sitôt avoir mis pied à terre, on reçoit avec gratitude les pamplemousses, mangues, bananes, avocats, papayes et citrons que les habitants ne manquent pas de faire pleuvoir sur nous. Kaoha nui les Marquises !

vendredi 7 décembre 2018

Scotchés à Fakarava


Voilà donc un moment qu’on tourne et vire dans ou aux proches alentours de Fakarava, un des atolls les plus grands de Polynésie française (30 milles de long et 12 de large), et un des plus peuplés : 850 âmes. Quoi de neuf sous le soleil ? De la chaleur qu’on trouverait presque incommodante ; mais l’école est juste en face du quai où l’on débarque : 2 bonnes raisons pour continuer sur notre monomanie du moment, plonger !

Un petit coup à la Passe Nord, pour une dérivante courant entrant qui nous emporte dans une valse, que dis-je un tourbillon de requins gris. Bras tendus vers l’arrière, il ne nous manque plus que la cape, on vole comme des super héros par-dessus les canyons tapissés de coraux. En fin de plongée, on descend dans l’un d’eux, baptisé Ali baba, pour se mettre à l’abri du courant et recouvrer le calme. On entre au ralenti dans des nuées de perches pagaies et de mata’ana’ana immobiles, elles sont si denses qu’on ne voit pas au travers… difficile de communiquer à la monitrice la pression d’air qu’il nous reste ou le ‘no deco time’, oui dur dur…

Changement d’ambiance en plongée nocturne à la Passe Sud. Autant les requins gris, de jour, effectuent leurs rondes tranquillement et en ignorant superbement les plongeurs, autant de nuit, ils sont à 200% en mode chasse, circulent comme en accéléré et te frôlent ainsi par mégarde. Des flots incessants chargés de requins se déversent et tournoient autour de nous, sous nos pieds et sur nos têtes en un ballet infernal. L’un des bestiau débusque-t-il un malheureux poisson caché dans le récif, c’est la ruée pour tenter d’arracher un bout de chair, une cohue folle qui dure quelques secondes, et les requins surexcités attendent avec impatience la prochaine mêlée qui s’annonce frénétique. Encore ébahis par ce spectacle saisissant, hors du temps (40 minutes qui semblent avoir duré 2 minutes ou 2heures), on remonte doucement en surface et on éteint les lampes. Pas une ride sur l’eau, pas un bruit, la lune ronde nous baigne de sa lumière irréelle. Fantastique.

Rassasiés de plongée, avec en tête de belles images pour au moins quelques années, on part explorer le lagon. Certes on ne boude toujours pas le snorkeling, mais le drone de JP nous offre un changement de perspective et des vues aériennes extraordinaires. La chasse est plutôt bonne également, si l’on prend garde de remonter le poisson avant que les requins ne rappliquent. Tati, parei’i, ihi, perroquets à bosse, nasons, mérou marbré… le captain prend soin de varier les matières premières. La seconde peaufine ses recettes et réalise avec succès des hume tare sauce vanille (la moindre des choses en fin de compte, vu le nom du bateau). L’atoll voisin de Faaite nous ravit également pour sa beauté, un accueil chaleureux et un spot de snorkeling/chasse des plus fournis. La routine quoi.

Après 4 mois d’apéros sans Balanec, on retrouve enfin les copains à Hirifa, pour fêter un quadruple anniversaire : celui du captain et du mousse de Vanille (nés à 1j d’écart), celui de Noémie du bateau Appel d’air, et de Scott de Zumovia. A 6 ans, Noémie reçoit un coffret clés et embouts multifonction (son père en a marre qu’elle lui pique son matos de bricolage) et à 11 ans, Scott a droit à un fusil de chasse sous marine en cadeau… classe ! Pour passer le temps, on alterne slackline sur la plage, kite (voire tentative de foil pour Pef) ou happycat (petit catamaran gonflable bien fun que Zumovia a mis à disposition des copains). Pour prolonger les festivités/faire plus ample connaissance, on invite tout le mouillage pour des apéros dinatoires sur Vanille. 4 ou 5 bateaux, 15 et 18 personnes à bord dont plein de marmailles, ça passe bien sûr !
Les Duyck bien excités

Allez voir les super photos de drone, de plongée etc ; on attend que le vent tourne pour pouvoir regagner les Marquises via 1 ou 2 atolls + à l’Est sur la route.

dimanche 11 novembre 2018

Fantastique monde sous marin à Tikehau et Rangiroa

Sable blanc ou sable rose ;
Bleu turquoise, bleu profond ou bleu vert cristallin des eaux du lagon ;
Frange verte de la ligne des cocotiers : ces 3 éléments simples composent notre décor aux Tuamotu.

Sitôt arrivés à Tikehau, nous nous pointons à l’école. Le directeur accepte Lucas pour le jour même, puis sachant qu’on est arrivé en voilier, ne manque pas de s’enquérir des conditions de la passe (y a –t-il des vagues ? en gros : puis-je aller surfer après les cours ?).

Pour nous, direction les clubs de plongée. Cousteau aurait dit que Tikehau est l’atoll le plus poissonneux du monde, mais on n’a pas vraiment besoin de ce genre de slogan pour vouloir s’immerger. Comme on a envie de rester un moment ici, et pour joindre l’utile à l’agréable, on se lance dans la formation pour le niveau 3 de plongée (une dizaine de plongées et des cours théoriques, pour pouvoir être autonomes en binôme à 60m de profondeur). Cathy du voilier Appel d’air se joint à nous pour le N3, pendant que son mari Seb s’occupe gentiment d’aller chercher Lucas et ses propres enfants après l’école. On sympathise également avec Gilles et Herenui, la tatie qui garde toute la marmaille (incluant sa fille) entre midi et 2 car il n’y a pas de garderie à ce moment-là. On ne manque pas de faire chez eux des barbec’ biens garnis de poissons du lagon (peu de ciguaterra dans les parages), c’est la belle vie tranquille des iles.


On plonge donc à l’unique passe de l’atoll, où se concentrent en effet une quantité incroyable de poissons et autres animaux sous-marins. Pour les exercices d’orientation sous l’eau, voici le genre de directives : « on se met à l’eau, on traverse la passe en biais ; à la boule de carangues, on tourne à gauche, on rejoint le tombant et on retrouve le bateau ». La boule de carangues, ce sont des milliers de carangues qui tournent sur elles-mêmes, créant une sphère de 5 ou 10m de diamètre… magnifique. C’est la 1ère fois qu’on voit des carangues échevelées, elles sont toujours au rendez-vous, translucides et argentées, leurs nageoires dorsales et ventrales se prolongeant majestueusement en longs et fins filaments. Les napoléons (énormes labres bleu vert) sont légion. On voit tortues, murènes, requins gris, pointes blanches un peu partout, mais aussi des murs de barracudas. Sans parler des perches pagaies qui grouillent de partout, des gros balistes olivâtres, des anges royaux, des idoles des maures rayées jaune et noir, et autres papillons, perroquets multicolores, chirurgiens bleu gris ou noir, nasons. Les coraux ne sont pas trop mal mais passent au second plan…

Agathe, Joel et les 3 enfants profitent des vacances pour revenir quelques jours à bord : on les emmène au spot des raies manta où, logiquement, nous nageons avec elles. Pef en profite pour faire une nouvelle razzia de poissons (encore un mérou marbré –non gratteux !- et même un poulpe). On rallie ensuite l’atoll voisin de Rangiroa en une nav de nuit au moteur. Les gosses qui ont passé des heures dans l’eau ou sur leur petit motu à jouer aux pirates et observer les oiseaux, ne font pas long feu ; à 18h30, mal de mer aidant, plus personne sur le pont !


A ‘Rangi’, on se fait une petite virée au Sud pour une session de calme absolu, coucher de soleil fabuleux dans un dédale de hoa, plages désertes et massif coralliens surélevés… avant un punch au lait de coco maison de circonstance.

Puis on entame les choses sérieuses : plonger ! 1ère immersion de Pef, descente dans le bleu à 38m. il aperçoit requins gris et requins ‘tapete’. Oh ! un vol de raies de léopard. Telles des oiseaux en formation, les 30 (30 !!) raies nagent de façon synchrone. Il se retourne, voilà 2 dauphins qui remontent droit vers la surface, pareils à des apnéistes. Coup d’œil à l’ordinateur de plongée : ça fait 3 minutes seulement qu’il est dans l’eau. La palanquée se dirige vers la passe, croisant d’énormes barracudas et 2 thons dents de chien. Le moniteur fait signe de se retourner : un mur de requins gris attend face au courant. Tout le monde se fait aspirer par le courant entrant, passant au-dessus de canyons, s’arrêtant quelques instants dans une grotte remplie à ras bord de poissons. Ca accélère, Pef entre à toute vitesse dans des bancs d’ature, des petits poissons argentés qui ressemblent à des sardines. Des milliers de points brillants fusent de partout, on se croirait dans la guerre des étoiles. Les plongeurs dévalent dans le courant pendant 15 belles minutes avant que le calme ne revienne, et qu’ils retrouvent la surface. Etait-ce un rêve ? Non, mais vite vite allons réserver un max de plongées !


Au tour de Lili. Le courant est sortant, on reste donc à l’extérieur de l’atoll, à mi distance entre le bleu (pleine eau, très profond) et le tombant, guettant les dauphins. On entend leurs petits cris, ils sont quelque part… Les perches pagaies, rassemblées en cette période de reproduction, évoluent tranquillement, en petits bancs ou en grandes colonnes qui s’étalent de 2 à 50m de profondeur, comme des tornades lentes. Des barracudas, des napoléons et des petits requins, mais à part ça « rien » -on serait presque déçu. Pas grave on remet ça l’après-midi – un drôle de sentiment nous prend, sommes-nous en train de devenir accro à la plongée ?

2ème mise à l’eau. Super, des dauphins arrivent ! Bon, ils ne font que passer mais laissent un peu de magie dans leur sillage. Pef aura la chance de pouvoir jouer avec eux : il y a 3 ou 4 individus, parmi le banc habituel de dauphins sédentaires, qui viennent vraiment au contact de l’homme et sont manifestement demandeurs de caresses (nous aussi nous étions par principe réticents à les toucher).
L’exploration se poursuit, d’un coup le moniteur palme à fond la caisse, wouhaa un énooorme requin tigre ! 3 fois plus long et volumineux que les gris qui semblent bien ridicules à côté. Puis 5 raies léopard croisent notre route, l’une d’elle remonte vers nous. Je guette les accélérations, nous sommes à 40m, 10m au-dessus du bien nommé « plateau à marteaux ». Bim ça y est, foncez, requin marteau !!! Il passe sous nous, nous laissant admirer sa tête incroyable en forme de T qui lui vaut son nom. Le courant entrant nous emporte, on passe devant la grotte où se cache un napoléon immense d’1m50, on ne sait plus où donner de la tête… palier dans 2 m d’eau parmi un banc de poissons inconnus, c’est déjà fini. Avant la prochaine.

Des photos vous attendent dans l’onglet. On décolle bientôt vers d’autres lieux mythiques de la plongée, Fakarava notamment. Puis à partir de décembre on se préparera à rejoindre les Marquises pour la saison cyclonique.

mercredi 24 octobre 2018

Incroyable Makatea


10 octobre, jour du départ de Tahiti vers les Tuamotu. L’avitaillement a été fait en prévisions des longs mois à venir sans supermarché, le bateau est checké, le captain a choisi sa fenêtre météo et prévu sa route pour Tikehau, au Nord Est. Avant de décoller, les gars du yacht club d’Arue nous glissent : « ah vous allez à Tikehau ? Y’a Makatea sur la route, vous pouvez vous stopper là-bas il y a des corps morts ». (ndlr, un corps mort n’est pas un cadavre mais une bouée ancrée profondément sur laquelle on peut attacher le bateau).

Les quais de Makatea ; ruines de passerelles geantes

Makatea… on a lu quelque part que c’est un atoll atypique, surélevé, sans lagon mais avec des falaises à la place, et qui a été exploité jadis pour sa richesse en phosphate. Allons voir… après une nuit à la voile, on s’approche de l’ile, Bim on tombe sur une baleine et son baleineau, sympa le comité d’accueil ! Il reste 1 corps mort de libre sur les 3. Il est tout proche du récif, on a la sensation désagréable d’être mouillé sur un spot de surf, avec les vagues qui s’écrasent à 30m de nous dans un fracas effrayant! La mer est au demeurant très claire et un parterre de corail recouvre le tombant et s’enfonce à perte de vue dans le bleu profond. Des Napoléon passent leur chemin à côté de floppées de balistes noirs.

On descend à terre et on se retrouve rapidement chez Julien, le maire du village – 60 habitants sur l’ile. On est avec l’équipage du Why, un bateau d’exploration intitulée « under the pole » qui travaille actuellement sur les coraux profonds. Le maire nous montre des vidéos d’archives : il y a eu 3000 personnes sur l’ile lors de son ère industrielle, avec chemin de fer et 6 locomotives pour charrier le minerai, 2 cinémas et plein d’autres infrastructures. « Alors qu’à Papeete ils en étaient encore au four polynésien, à Makatea les 1ers moteurs diesel tournaient » nous explique l’édile. C’était à l’époque Le centre économique de toute la Polynésie, mais tout s’est arrêté d’un coup en 1966. Tout le monde a déguerpi en 3 semaines, laissant tout en plan (une ile percée d’innombrables trous et des habitants abandonnés), suite à l’annonce de la création du CEP et des essais nucléaires : secret défense donc plus question que des bateaux étrangers croisent dans les parages.

Aujourd’hui des industriels australiens regardent à nouveau avec envie ces terres encore gorgées de phosphate, mais la population est partagée. Cela relancera indéniablement une activité économique (350 emplois directs, 30 ans d’exploitation), mais les opposants à qui on demande « vous ne voulez donc pas travailler ? » rétorquent « pour quoi faire ? si on est courageux, la nature nous donne déjà ce qu’il nous faut ». La terre est riche en effet, et c’est bien le seul endroit luxuriant des Tuamotu où on trouve des fruits à foison, et même des légumes, salade verte et tutti quanti. Il y a comme un parfum de Pitcairn dans l’air, une petite communauté perdue sur un beau caillou du Pacifique, qui a son destin entre les mains… et où on doit bien calculer son coup pour entrer en kayak dans le « port », entre 2 séries de grosses vagues.
Des ptits trous, des p'tits trous... 

Toujours chez le maire, on apprend que des furieux sont venus faire du base jump sur la côte au vent de l’ile. Mais une surprise de taille nous est réservée. Il y a 10 jours, des mecs sont venus de Tahiti pour une mission… installer des voies d’escalade (une cinquantaine) sur ces magnifiques falaises de 70-80m ! Yeeehah, envoyez la sauce, par ici le matos ! Trop fiers d’être les 1ers outsiders à grimper dans un endroit des plus improbables –pas d’escalade nulle part en Polynésie, à part peut être à Rurutu aux Australes, mais en trad… Tapu, l’initiateur du projet, nous offre de choisir le nom d’une voie. Ce sera « vanille en vadrouille » évidemment. Et pendant que les parents grimpent, le puce est à l’école, parfait ! 11 élèves, 1 seule classe englobant les maternelles et les primaires (chapeau à maitresse Tahei au passage).


Non contents d’avoir grimpé, on va se faire un peu de spéléo. Dingue. Les entrailles de Makatea recèlent une jolie grotte où on peut se baigner dans de l’eau douce à 25°. A la frontale, on se glisse dans un boyau, le plafond à 20 cm au dessus de nos têtes, pour entrer en nageant dans une 2ème grotte truffée de stalactites, dont une remarquable en forme de patte d’éléphant. Encore un boyau, et traversant les ténèbres, les bras tendus en avant tels des aveugles, on découvre une 3ème grotte. Enfin on n’est pas certain d’avoir pris le bon chemin jusqu’au bout mais on ressort entiers et à l’air libre, ouf !

Le jour du départ est arrivé. On croule à tel point sous les fruits et légumes que, moulus d’avoir porté nos cabas (manouche-style forever), on doit encore se faire aider pour amener au kayak un énorme régime de bananes donné en cours de route. On découvre le luxe de faire un shampooing au combava (agrume) ! Ils sont énormes, juteux, et jonchent le sol, il n’y a qu’à les ramasser. Ca sent trop bon et ça rend les cheveux doux. Les réunionnais savent qu’on peut utiliser le zeste dans les caris.
Dernier cadeau d’au revoir - on est ainsi sûr d’emporter avec nous une part de la générosité des habitants et de leur ile : en allant chercher Lucas à l’école, Pierre se fait prendre en stop... et offrir 2 kaveu (crabes des cocotiers) super balèzes cuits à notre intention. Ils ont été capturés puis nourris à la noix de coco pendant plusieurs jours/ semaines, et sont 3 fois plus gros que ceux qu’on avait eus à Makemo. Maururu roa (merci beaucoup) Makatea !

Album photo dispo dans l'onglet. Pour l'heure nous sommes "coincés" a Tikehau... On s'est lancé dans le niveau 3 de plongée, c'est vraiment le paradis sous la mer ici!

mercredi 10 octobre 2018

Croisière famille à Huahine


Changement d’équipage à Fare, la capitale de Huahine : Joël et Agathe débarquent en fanfare pour les vacances scolaires avec leurs 3 enfants Swan, Tao et Mia. Une coque par famille, Duyck à tribord,  Hirlemann à bâbord… ça passe à l’aise ! Vanille se transforme en véritable Club Med, on a en prévision récupéré le matos qu’il faut : 1 kayak, 2 paddle, 1 surf, 1 morey (sans compter les 2 boards de kite). On a aussi le terrain de jeu adéquat : spot de PMT, plages de sable blanc (Tao 8 ans, qui n’en est pas à sa 1ère plage, demande cependant candidement : « c’est quoi un bac à sable ? »). Ouste, toute la marmaille à l’eau quand les parents veulent être tranquilles, « allez on rentre au bateau à la nage »… oui mais même contre le courant, il en faut plus pour fatiguer un Hirlemann !

On a la chance d’être accueilli par Siki sur « sa » plage, celle de l’ancien hôtel d’Avaiti, préservée des ‘foules’ –ça va on est quand même en Polynésie, il y a 5000 habitants sur l’ile- une plage non accessible en voiture, faisant face à un très joli mouillage. Il faut juste bien viser pour poser l’ancre entre les patates, et si besoin utiliser la technique du pare-battage qui soulève la chaine vers le haut et évite qu’elle ne s’enroule autour d’un bloc de corail si le vent tourne. On avait repéré les lieux une 1ère fois avec Hélène, et on a à nouveau le droit à un petit festin privé.

Magie de l’opération : Siki arrive le matin en va’a (pirogue) avec un saladier et un demi paquet de farine, la nature pourvoit au reste. On commence par débourrer, casser et râper les cocos, puis extraire le lait avec la bourre d’une coco jeune en guise de torchon. On a aussi toute la matinée pour se balader jusqu’au point de vue sur la baie, admirer, créer/se faire offrir des colliers de coquillages, préparer le feu, en option tresser le plat de service en feuilles de palmier, etc.

On confectionne du ipo, petit pain coco délicieux et naturellement sucré en mélangeant lait de coco, eau de jeune coco et farine ; on dispose les pâtons entre 2 feuilles de purau, hop un coup sur la grille du barbec et c’est difficile de ne pas se jeter dessus, bien doré, croûtu et tout chaud.
L’immanquable uru est cuit dans sa peau sur la braise, épluché, découpé et baigné dans du lait de coco, telles des pommes de terre arrosées de crème fraiche, mais en mode Robinson, avec le petit goût de fumé qui va trop bien. Il faudra revenir pour le niveau 2 de notre apprentissage : chasse au varo (squille, une sorte de langouste cachée dans le sable), confection de poe (dessert à base de fruits et de lait de coco), et tressage de chapeau.

Cuisiner, manger, tout ça est très bien mais à un moment… il fait soif ! Surtout pour l’insatiable Joël quand on lui parle d’happy hour, mais en vérité pas un membre majeur de l’équipage ne saurait résister aux pina colada de l’hotel Mahana ou aux gros méchants pichets de bière du Huahine yacht club.

C’est la fête, mais on partage aussi un de peu de notre rythme routinier avec nos invités. Déjà, pas d’internet, on se couche tôt et on se lève tôt avec le soleil (ou avec les enfants, ça c’est pareil), on récupère l’eau de pluie et on économise l’eau douce. Pour la vaisselle comme pour les corps, c’est lavage et rinçage à l’eau de mer, puis dessalage à l’eau douce. Le programme des journées s’établit en fonction de la météo, mais on a toujours le temps de faire des pancakes au ptit dèj… On remet les mêmes fringues tous les jours, malgré ça Agathe a le bon réflexe « lessive chez les copains », copains qu’on convie fatalement à bord : plus on est de fous plus faut de riz ! 

La semaine passe bien vite, il faut retourner au boulot pour certains (mais pas nous !), à l’école pour d’autres (dont Lucas) – mais ce ne sera pas bien long car on va remonter vers les iles du Vent (Tahiti-Moorea) pour la grosse fiesta de l’anniversaire d’Agathe, puis guetter une fenêtre météo pour repartir vers les Tuamotu - ce sera ce soir. On se plaisait bien dans notre petit mouillage d’Avea, avec une big tortue qui tournait autour du bateau et les raies manta près du bleu clair, mais faut bien varier les plaisirs.
Merci à Hélène et Agathe pour les photos (2 derniers albums à aller voir dans l'onglet photos).

jeudi 27 septembre 2018

Maupiti, Raiatea et Tahaa


Après Moorea, direction Maupiti, « petite sœur » de Bora-Bora. La houle est faible et la passe étroite est ainsi praticable : on sait quand on entre mais on ne sait pas quand on pourra sortir… peu importe quand on a du temps. On est encore une fois saisi par la beauté du paysage qui associe ile montagneuse, camaieu de bleus et verts du lagon, motu plantés de palmiers et langue de sable qui, chance !  aménage le lieu en spot de kite parfait, dont nous sommes les seuls à troubler la quiétude.
Lucas tire ses premiers longs bords et demi tours en Kite, s'accrochant solidement aux cuisses de son papa.


Il est gentiment accueilli à l’école – pas besoin de savoir son nom de famille, mais le directeur prend notre numéro de téléphone en guise de formalité.


On sympathise avec la famille de Vainui, et on retrouve l’agréable lot du voyageur choyé par les iliens : croulant sous les fruits, on en mange 10 par jour pour ne pas en perdre… nos hôtes n’oublient ni les féculents (fruit à pain du coin de la rue, patate douce et manioc du jardin) ni les protéines : « voilà du poisson » –ils nous en donnent pour un repas de Polynésien qui correspond à 3 repas d’Occidental-, « et revenez en demander quand vous voulez, y’en a plein le congèl ».


On a le plaisir d’accueillir d’Hélène, venue depuis la Réunion, pour 3 semaines. Comme la passe de Maupiti va se refermer à cause du ma’aramu (fort vent de Sud Est), le programme est chargé : en 4 jours, tour de l’ile à vélo, grimpe au sommet, kayak/paddle jusqu’au hoa pour exploration sous marine, ma’a tahiti (foule de mets cuits à l’étouffée dans un four polynésien creusé dans le sable), nage avec les raies manta, invitation à déjeuner chez Vainui. Une occasion très gourmande de goûter le poisson cru comme les locaux l’adorent, en sauce sashimi, au lait de coco et à la chinoise (aigre doux). Bon, dommage car on prend la mer dans la foulée, et l’estomac d’Hélène y renvoie assez rapidement le poisson ! c’est néanmoins la seule fois du séjour, notre matelot de passage a bien tenu le coup par la suite.

La croisière continue à Raiatea et Tahaa malgré le vent qui restreint les possibilités de mouillage, déjà pas facile car il y a beaucoup de fond (20m). On check la visite d’une ferme perlière, le splendide jardin de corail de Tau tau, du kite au motu Céran et l’incontournable marae Taputapuatea, ancien site sacré où se rassemblaient les ancêtres venus des confins du triangle polynésien, d’Hawaii à Aotearoa (Nouvelle-Zélande) et Rapa Nui (Ile de Pâques).


Peu de gens déclineraient un petit séjour à Bora, mais nous choisissons de snober la Princesse des iles sous le vent. On rallie plutôt Huahine, dont la beauté et la tranquillité nous ravissent. On y change d’équipage : à très bientôt pour le récit des aventures à 8 sur Vanille ! Et des photos quand on aura une connexion digne de ce nom. Il y a un album heiva tout de même nb (à Tahiti) dans l'onglet correspondant.

mercredi 15 août 2018

Tahiti et Moorea, escales à terre



Nous voici sur Tahiti, après une navigation un peu éprouvante pour les nerfs : pas de vent, un peu de spi, du moteur et du moteur… au moins n’a-t-on rien cassé, pas comme dans la nav précédente où la drisse de grand-voile avait pété, puis la balancine, utilisée en drisse de secours, qui avait été sectionnée à son tour. On avait pu régler ça à Makemo.

Au sommet de l'Aorai
Bref, l’escale à Papeete (la capitale) est bienvenue pour faire le plein de nos cuves vides de gasoil, et le plein d’eau. Vanille a droit à un grand dessalage-nettoyage de printemps, et nous retrouvons le plaisir de boire de la vraie eau (régime eau de pluie ou eau du dessalinisateur de Balanec depuis des mois). Sans parler du choc de mettre à nouveau les pieds dans une grande surface : aux Gambier, on ne peut pas rentrer dans les magasins, il faut rester au comptoir et pointer du doigt chaque item, rigoureusement inscrit à la main dans un cahier à lignes, avant que le total soit fait à la calculette. Moderne, on peut payer par carte bleue à partir de 30€ (pratique sachant qu’il n’y avait pas de distributeur de billets dans l’ile…).

Va'a à l'entrainement
A terre donc, dans la proche « banlieue » de Mahina, la Gadjo family (l’Agathe-Jo) nous accueille comme des rois. Ils nous emmènent au spot de surf en bas de chez eux avec panoplie de moorey et planches à disposition, nous permettent d’aller explorer l’ile et combler notre manque de montagne : Aorai, vallée de la Fataua, de la Papenoo… On est au rendez-vous pour les championnats du monde de vitesse de va’a (pirogue polynésienne) et surtout, on découvre les superbes spectacles du Heiva, dans 3 configurations différentes.

On en prend plein les yeux sous les spots de la place To'ata, 4 show, 4 heures en mode Las Vegas. Puis en pleine nature au sein du marae (ancien site sacré) d’Arahurahu, avec une évocation réjouissante du thème de la pierre dans la mémoire et la vie quotidienne des hommes des temps anciens : pierre qui pile le uru pour la fabrication du popoi, pierres utilisées dans la pêche collective au caillou, pierres sacrées sous forme de tiki… Et enfin, dernière rasade de Ori Tahiti (c’est-à-dire la danse tahitienne) au plus proche de nos yeux émerveillés, dans les jardins du musée de Tahiti en bord de mer, avec la belle Moorea, l’ile sœur, en arrière fond. Les danseurs et les danseuses évoluent au son des percussions, soit dans des tamure ou paoti frénétiques, soit de manière si harmonieuse, douce et unique avec les mille gestes gracieux des bras et des mains qui se déploient et s’enroulent ; et comme dans une fourmilière géante, ils vont et viennent et sautillent à petits pas, s’alignent et se mélangent.

Les pics de Moorea
 Avec leurs costumes mirifiques, flamboyants, coiffés de hautes toques plus raffinées et grandioses (et plus lourdes) les unes que les autres, les danseurs ne bougent quasiment pas les épaules et la tête. Mais les more (jupes en lanières d’écorce de purau) frétillent sans discontinuer autour des hanches sveltes et mouvantes, les ornements de cheville ou de poignets portés par les hommes accentuent les mouvements virils et souples à la fois, les colliers de coquillages cliquettent. On ne se lasse pas d’admirer le détail des costumes en végétaux –fleurs multicolores ou tiare blanc éclatant, écorces, feuilles tressées ou en couronne, graines, tiges, ainsi que les nacres sculptées ou les coquillages porcelaine… chaque élément est fait main et demande des heures de patience et de travail. Les visages rayonnants, si gracieux, qui récitent les paroles des chants tahitiens, les corps luisants sous l’effort, les poitrines qui halètent, les longs cheveux noirs lâchés qui ondulent, la grâce de ces pieds nus, chaque détail nous remplit d’admiration. Le son des pahu (tambours) et des toere aigus qui accélèrent, changent de rythme, repartent de plus belle, ou des flutes lascives qui accompagnent la déclamation des himene, tout cela nous maintient en haleine jusqu’à l’apothéose du tableau final.

Champ d'ananas à Moorea
Pour suivre Agathe et Joël, il faut se plier assez rapidement à leur rythme famille nombreuse-amis nombreux, où les apéros et repas à 15 ou 20 (dont la moitié d’enfants) sont de norme. On fait ainsi la traversée Tahiti-Moorea, l’ile sœur, à 12 sur Vanille. Et on continue sur la même lancée, puisque les loustics ont aussi une maison et un paquet de potes sur Moorea.
Double album photo en ligne, par contre va encore falloir attendre pour les photos du Heiva...

mercredi 25 juillet 2018

Interlude aux Tuamotu


Adieu l’hiver des Gambier, ça fait du bien de voir le thermomètre remonter en même temps que nos degrés de latitude. La mer redevient baignable (28°), surtout que les eaux sont limpides et la vie sous-marine riche à foison. On passe 2 semaines entre les atolls de Makemo, Tahanea (inhabité, il y a juste un « gardien » y séjournant quelques mois par an) et le sud de Fakarava.

Au programme des loisirs : du kite sur des plans d’eau bien flat ourlés d’une langue de sable rose, et du snorkelling dans les passes à l’étale / début de marée entrante. On se positionne en annexe à la sortie de l’atoll, on enfile palmes et masques et on saute à l’eau, puis on se laisse dériver avec le courant qui nous fait rentrer. Sensation d’apesanteur, comme si nous étions allongés sur un tapis volant transparent, et nous regardons le paysage défiler sous nos yeux. Parterre de coraux branchus ou en parasol, alvéolés, festonnés, encroûtants, ramifiés, formant des massifs en boule ou en galettes... Et tels des abeilles allant de fleur en fleur, les poissons rayés, à pois, bariolés, butinent dans cette architecture calcaire multicolore. Dominant la scène, de gros mérous aux dents acérées, un gros napoléon solitaire, ou les requins qui rôdent. A Fakarava Sud, la passe est réputée pour son « mur » de requins gris (cf VIDEO de la plongée bouteille qu’on avait faite il y a 7 ans -lien du blog ici ). En PMT, le décompte passe de « tu as vu y’a 4-5 requins ! » en début de plongée à un bilan de 70 environ.

Au programme culinaire, objectif s’approvisionner en protéines locales ! Et comme nous déjeunons presque tous les jours soit sur Balanec soit sur Vanille il faut trouver de quoi satisfaire l’appétit de 7 estomacs. Ca commence bien avec la belle bonite que Balanec pêche lors de la traversée Gambier-Tuamotu. Au sortir d’une session kite, un gros poulpe à l’air un peu perdu vient gentiment se présenter aux pieds de Jean Marie, dans le sable, qui le prend simplement par la tête et le met dans son annexe. Puis dans sa cocotte, après un petit atelier pour battre le poulpe au marteau et le découper en rondelles.
Les habitants de Makemo Est, dans le repaire de tonton Hubert, nous offrent du crabe de cocotier, qui est en fait un énorme bernard l’ermite à la chair savoureuse et comme « déjà » cuite au lait de coco. Les gars se font même emmener à la chasse au crabe : il faut disposer des pièges (quoi donc ? de la noix de coco bien sûr) dans la brousse à la tombée du jour, et revenir guetter puis attraper les gourmands cuirassés sans se faire pincer !
Enfin à Tahanea, Henri qui est tout seul sur son motu, s’improvise guide pour aller débusquer les langoustes la nuit à la frontale sur le platier de corail.

Il est alors temps de faire cap sur Tahiti, où nous attendent les fêtes du Heiva. En chemin, ça mord enfin : une bonite et surtout un thon jaune, parfait pour en faire profiter les copains qu’on retrouve à terre.

Avec le retour à la civilisation, vous avez droit à 2 albums photos ! Merci à Balanec pour le 1er sur Makemo, le 2ème balaie l’ensemble des 3 atolls.

mardi 26 juin 2018

Choisir, c'est renoncer

Nous sommes donc en route vers les Marquises, euh non, les Tuamotu ! Tout ça à cause du dernier apéro à Taravai avant de prendre la mer, qui nous a fait changer d'avis pendant la nuit...

Au départ on pensait aller d'archipel en archipel en privilégiant les navigations au portant, c'est à dire vent dans le dos, l'allure la plus confortable (ou du moins les nav ou on aurait perdu le moins possible au vent) : on serait "descendu" des Marquises aux Tuamotu pour se retrouver dans la Société -Tahiti et ses iles- pendant la saison cyclonique, qui s'étend de décembre à mars environ. Or en saison cyclonique dans ces parages-là, comme le nom l'indique, il y a des risques de dépression et le temps est pluvieux, chaud et humide. Pas forcément l'idéal !

Alors qu'en choisissant de filer maintenant vers Tuamotu puis Société pour passer ensuite la saison cyclonique aux Marquises, on a certes un gros désavantage : il faudra remonter au vent, ce qui en général n'est pas facile surtout avec un cata (pas maran). Mais on profitera de la Société à la bonne saison (relativement fraîche, agréable pour les randos, et surtout ensoleillée) ; et puis, passer l'été austral aux Marquises n'est pas idiot, car la zone se trouve hors du passage des cyclones. En outre il y a moins de houle et il y fait plus sec en début d'année qu'en juillet. On se fera ainsi moins secouer au mouillage et moins embêter par les nonos, ces petits insectes aussi appelés sandflies qui sont l'équivalent de moustiques en 100 fois pire.

Bref, voyager en bateau, c'est être libre de changer complètement de programme suite à un apéro, mais c'est également pas mal de contraintes (météo notamment).

Le matin du départ, samedi dernier, on saute donc dans l'annexe pour parcourir les 20m qui nous séparent de nos désormais inséparables Balanec. Réunion au sommet, vous êtes partants les gars ? Jean Marie nous avait dit la veille (on avait commencé à partager nos hésitations sur le programme) : "je suis open minded". Et Gaëlle de conclure : de toute façon, tout est bien... Allez roule ma poule, on se retrouve dans 5 jours ! Mais avant ca, il faut impérativement faire une grosse razzia de fruits à terre. Y'en aurait eu plein aux Marquises, mais aux Tuamotu où sable et cocotiers règnent sans partage, faut se lever tôt pour voir un fruit ! Du coup les citrons et les pamplemousses valent de l'or... ou plutôt des langoustes (de l'ordre de 5 pour une poignée de citrons si le taux n'a pas changé...). On file illico à terre où, comme l'a si bien décrit Gaëlle, nous faisons les courses en brouette - prêtée par Hervé qui a tout de suite capté nos besoins. Et h
op que
je te coupe un régime de banane par ci, hop une 20aine de pamplemousses par bateau ca ira? Une caisse de grenades, citrons et picarettes (oranges amères), quelques goyaves et papayes pour compléter le panier : parés !

Après 3 mois de glande et de mini-nav au moteur dans le lagon des Gambier, pas facile de se remettre dans le bain, la houle, les quarts et tout ça, mais on devrait arriver à l'atoll de Makemo demain ou après demain. Il faut bien calculer son atterrissage dans ces grandes couronnes de corail échancrėes d'une passe ou 2, c'est à dire entrer ou sortir à l'étale car les courants de marée, qui remplissent ou vident le lagon, peuvent être de 6 à 8 noeuds. Position le 27/6 à 1h00 UTC : 18°01 S, 141°30 W.

jeudi 21 juin 2018

Perles, cochon, vent du départ

Les Gambier sont réputés pour produire les plus belles perles de Polynésie, ces fameuses perles noires dont les couleurs chatoyantes possèdent une appellation évocatrice : aile de mouche, aubergine, vert paon, lavande, mordorée, gris pâle, noir anthracite, gris pigeon, chocolat…
Paddle d'amoureux en baie de Rikitea
Pour voir ça de plus près, il a bien fallu s’octroyer une semaine de « vacances », les fermes perlières n’étant ouvertes qu’en semaine, donc quand y’a école – et en plus il y avait kite. Une belle découverte de ce dur métier de passionnés, avec pour exemple la ferme d’Eric employant 15 personnes, chacun bien à son poste, et la ferme de Rémi où en famille à 3, tout le monde est très polyvalent. 
La fécondation des ovules par les spermatozoides d’huitres se déroule en eau libre, et les larves qui en sont issues sont d’abord récupérés sur des « collecteurs ». Pour obtenir un naissain (chapelet de bébés huitres), il faut déjà 1 an. Une autre année est requise pour que l’huitre atteigne une taille adulte. Puis vient la délicate et technique opération de greffage : une petite bille de coquillage (nucléus) ainsi qu’un très petit morceau de manteau d’huitre donneuse (greffon) sont insérés dans le sac d’une huitre receveuse (greffée). Cette dernière va sécréter de la nacre tout autour du corps étranger que représente la bille. Encore un an ou plus, et beaucoup de travail pour que les coquillages restent propres et bien portants, et la perle peut être récoltée. A ce stade 50% des huitres ont produit une perle commercialisable ; parmi celles-là, une partie va pouvoir être surgreffée c’est-à-dire greffée avec une nouvelle bille un peu plus grosse ; une partie encore pourra être greffée une 3ème fois… Mais seule 1 perle sur 100 est parfaitement ronde et sans défaut !

Les korori encore accrochés à leur coquille de nacre

Côté coproduits, les coquilles sont vendues pour faire des bijoux ou divers objets en nacre, et le muscle attachant l’animal à sa coquille récupéré pour être mangé, c’est le fameux korori au subtil parfum, si bon en carpaccio ! Mais les perliculteurs étant un peu fiou du korori (ils en ont marre d’en manger), on innove lorsqu’on invite la famille de Rémi à diner : cuit au vin blanc avec de la papaye verte et dressé en lasagnes avec sauce béchamel (sans oublier la rivière de gruyère).
Pour revenir à nos perles, c’est donc avec un œil un peu plus averti qu’on contemple ces petites merveilles chatoyantes au lustre incomparable. On se représente mieux le nombre de plongées qu’il a fallu faire à 4h30 du matin pour aller ramasser les huitres, le boulot que représente un nettoyage tous les 2 mois, les mille manipulations rien que pour la greffe, coquillage après coquillage … avant la récompense de la récolte. Mais c’est comme en agriculture, le producteur n’est jamais celui qui marge le plus ! La plupart des perles polynésiennes alimentent le marché asiatique (chinois, japonais).

Quant au kite, on s’est refait des bonnes sessions avec la 7, qui a eu un moment de grâce suite à la réparation rondement menée par Balanec*… mais qui a bien mal fini, lors d’un « dernier bord » (allez encore un). Après le passage d’un grain, dévente, l’aile tombe, y’a des patates de corail en dessous, zut on est marée basse, zut l’aile est déchirée, 5 min après triple zut : un pan entier est en lambeaux, « Pierre au secours je n’arrive pas à rentrer » -forcément les lignes sont emmêlées dans le corail. Du coup Lucas pleure tout seul sur sa langue de sable… mais bon, mis à part cette regrettée 7, tout le monde rentre sain et sauf !
*Balanec est le nom d’un Ovni (bateau en aluminium) sur lequel naviguent nos copains Gaëlle et Jean-Marie, Coline 10 ans et Erell 6 ans.
Et enfin, comme ça faisait longtemps qu’on n’avait pas parlé de bouffe, voilà que Bernard et Marie Noëlle d’Aukena nous fournissent une belle occasion. C’est la fête des pères ce WE, et si on en profitait pour tuer un cochon et faire un énorme repas polynésien pour tout le mouillage ? (enfin juste un repas polynésien, qui n’est énorme que sous notre regard d’Européen).

7h15 : les gars descendent tuer la bête -100% bio, nourrie à la noix de coco ou autres fruits s’il vous plait. 
9h les nanas commencent à « s’activer » en cuisine (qu’est-ce que je dois faire ? attends on va se servir un petit verre de vin blanc –et je coupe quoi maintenant ? attends là c’est la pause clope)
15h30 le repas est prêt, on est en avance dis donc ! Il y a, accompagnant les tranches de cochon rôties au barbeuc, l’incontournable uru cuit dans les braises, du boudin maigre fraichement mijoté, du poe banane-giraumon (un mets sucré au tapioca baignant dans du lait de coco), du thon à la tahitienne, (baignant comme il se doit dans son lait de coco), du uru bien mûr en beignets, et du chutney de citrons confits au sel. 13 adultes et 3 enfants, mais que 2 Polynésiens, on est loin de venir à bout de tout ça.
17h30 il faut songer à repartir, la nuit tombe, « oui mais demain, venez récupérer chacun vos pâtés de foie et pâtés de tête ». Maroi nui pour ces bons moments de partage !



On ne va néanmoins pas tarder dans les parages, il y a 30 nœuds au mouillage et ça va s’empirer. L’hiver est bien au rendez-vous, vent fort, pluie, froid… retour donc à Rikitea pour une dernière semaine d’école, et on devrait appareiller samedi pour les Marquises. La 1ère ile qu’on abordera, Fatu Hiva, est 13° plus au Nord qu’ici (on devrait avoir plus chaud) et à 800 milles environ, c’est donc 5-6 jours de mer qui nous attendent. Vous pouvez envoyer plein de textos sur l’iridium !

Un album photos Gambier 3 est dispo. Merci à Balanec et Cékankonvaou pour une partie d'entre elles.
A bientôt !

mardi 29 mai 2018

Ecole, ukulélé, cuisine … la routine

L’école Maputea à Rikitea : 1er souvenir sonore lors de l’inscription, « pom popopom pompom », qu’est-ce donc que ces tambours ?
La sonnerie bien sûr ! On est tout de suite mis dans le bain, d’autant que, chance ! la 1ère semaine de Lucas à l’école coïncide avec la Semaine du patrimoine. Thématiques cuisine (je râpe de la coco, je presse un citron), artisanat (je regarde maitresse ou tatie tresser une couronne végétale, déduit-on vu le résultat), danse et jeux polynésiens, et fête de l’école le vendredi pour conclure tout ça. Consigne dans le cartable : les garçons torse nu avec le paréo fait à l’école + « ei upoko » (la couronne).
Petits et grands sont sur leur 31, on est en admiration devant les couronnes savamment confectionnées avec fleurs et feuilles multicolores, qui ornent magnifiquement les têtes. Certains des élèves, du CM1 à 6ème, concourent pour le Tara Tutu, un exercice de déclamation, en l’occurrence d’un poème qui chante la mer et la nature de Mangareva ; impressionnant ! La fête se clôture par le kai tao, le repas cuit dans un grand four polynésien : on a creusé une fosse dans la terre, mis des braises au fond, et par-dessus, protégés dans diverses feuilles de bananiers et autres couvertures, plein de plats succulents à base de viande, fruit à pain, lait de coco, etc, qui ont cuit à l’étouffée pendant des heures.
Dès la semaine suivante, avec les copains de Cékankonvaou, s’organise le covoiturage version bateau : co-annexe, voir co-kayak pour le ramassage des petits, puisqu’il y a un petit quai à côté de l’école. Lucas, qui a l’habitude de prendre son temps pour déjeuner, doit encore s’adapter au rythme de la cantine : « Alors qu’as-tu mangé à midi ? - Du pamplemousse. - C’est bien, et quoi d’autre ? - Ben après, ils ont tout enlevé ! »
On reste bouche bée lorsqu’il revient un jour en récitant en boucle : (les e se prononcent é)
Pataki ena e tito
E kai ke kiko
E, e ….

Kai veut dire manger et kiko, des morceaux (de viande par ex), c’est tout ce qu’on a pu élucider de la chanson pour le moment. Ce n’est certes pas sans rapport avec un des plaisirs quotidiens de tout Mangarévien qui se respecte !



Pendant ce temps, papa et maman en profitent pour explorer les sentiers de randonnée de l’ile ou faire des footing quand ça leur dit, entretenir le bateau (toujours du bricolage, de la prévention, remplacer telle pièce usée…) en prévision des navigations prochaines, qui sont toujours longues dans le Pacifique. En outre, des choses si simples à terre se transforment aisément sur le bateau en mission d’une demi journée : faire une lessive, se procurer de l’essence (il n’y a pas de station dans l’ile), ou pire du gasoil. Pour faire le plein par exemple, il faut déjà attendre le passage du Taporo, le bateau de ravitaillement qui passe toutes les 3 semaines. Il délivre du gasoil par 200L : il faut trouver/louer un fût, et transvaser dans des bidons de 20L, vous voyez le cirque avec les trajets en annexe et tout. On a pris l’option de s’amarrer directement au petit cargo (possible car on a un faible tirant d’eau et pas de vent ce jour-là donc manœuvre aisée), et remplir directement notre cuve avec leur tuyau. Néanmoins l’opération ne laisse pas notre pont immaculé, y’a des gouttes de gasoil partout, allez on se lance dans un grand nettoyage du pont ; on en profite pour blanchir (en essayant divers produits) les jupes qui sont sales/salies en permanence, enlever des traces de latex de banane (si quelqu’un a une solution miracle ?), etc.
Une occupation très chronophage est d’aller sur internet, et c’est tellement une corvée que ça en devient bénéfique : au final on est content d’être déconnecté, les réseaux sociaux n’ont de toute façon jamais été notre fort. Le temps passé devant l’ordi ou le téléphone est consacré à des choses plus satisfaisantes, qu’étonnamment on ne trouvait pas le temps de bien faire.
Lire -on s’enchaine les œuvres de Zweig dernièrement. Méditer –et s’exercer à être plus présent dans chaque chose du quotidien. Discuter avec les copains en buvant des cafés (ou des apéros ! on n’est pas encore devenu de sages ascètes, pas d’inquiétude). Ecrire –pour faire le point, prendre du recul. Faire de la musique. Pierre a dégotté au village un monsieur qui donne volontiers de son temps pour l’initier au ukulélé, la petite guitare polynésienne ou hawaïenne à 4 cordes. Il en profite pour se mettre à la guitare, et Lili a ressorti son piano.
Cuisiner avec ce qu’on a. Les produits transformés ou manufacturés, lorsqu’ils sont disponibles, sont en général très chers, on utilise donc au maximum les fruits qui sont en abondance et on privilégie évidemment le poisson. On s’est remis à faire du fromage « frais » à partir de petit lait, on a lancé un batch de vin maison, on explore diverses façons d’utiliser ou conserver les fruits -si vous avez des bonnes vieilles recettes de grand-mère on est preneur… pour nous qui aimons bien ‘bien manger’ (ah bon ?), c’est un plaisir de produire soi-même des bonnes choses à partir de peu ; surtout que nos matières premières principales, les fruits, sont locales et extra fraiches ! on vous mettra les recettes testées et validées au fil des prochains articles. Ou carrément un onglet si ça intéresse du monde ?
Côté programme, la température commence à descendre (on se situe 2 degrés de latitude plus Sud que La Réunion, et l’hiver approche), on va donc regarder les fenêtres météo pour remonter vers les Marquises (une petite semaine de traversée) à partir du 15 juin. On y restera quelques mois avant de probablement se diriger vers les Tuamotu en septembre. 
Un album Gambier 2 vous attend !