mercredi 24 octobre 2018

Incroyable Makatea


10 octobre, jour du départ de Tahiti vers les Tuamotu. L’avitaillement a été fait en prévisions des longs mois à venir sans supermarché, le bateau est checké, le captain a choisi sa fenêtre météo et prévu sa route pour Tikehau, au Nord Est. Avant de décoller, les gars du yacht club d’Arue nous glissent : « ah vous allez à Tikehau ? Y’a Makatea sur la route, vous pouvez vous stopper là-bas il y a des corps morts ». (ndlr, un corps mort n’est pas un cadavre mais une bouée ancrée profondément sur laquelle on peut attacher le bateau).

Les quais de Makatea ; ruines de passerelles geantes

Makatea… on a lu quelque part que c’est un atoll atypique, surélevé, sans lagon mais avec des falaises à la place, et qui a été exploité jadis pour sa richesse en phosphate. Allons voir… après une nuit à la voile, on s’approche de l’ile, Bim on tombe sur une baleine et son baleineau, sympa le comité d’accueil ! Il reste 1 corps mort de libre sur les 3. Il est tout proche du récif, on a la sensation désagréable d’être mouillé sur un spot de surf, avec les vagues qui s’écrasent à 30m de nous dans un fracas effrayant! La mer est au demeurant très claire et un parterre de corail recouvre le tombant et s’enfonce à perte de vue dans le bleu profond. Des Napoléon passent leur chemin à côté de floppées de balistes noirs.

On descend à terre et on se retrouve rapidement chez Julien, le maire du village – 60 habitants sur l’ile. On est avec l’équipage du Why, un bateau d’exploration intitulée « under the pole » qui travaille actuellement sur les coraux profonds. Le maire nous montre des vidéos d’archives : il y a eu 3000 personnes sur l’ile lors de son ère industrielle, avec chemin de fer et 6 locomotives pour charrier le minerai, 2 cinémas et plein d’autres infrastructures. « Alors qu’à Papeete ils en étaient encore au four polynésien, à Makatea les 1ers moteurs diesel tournaient » nous explique l’édile. C’était à l’époque Le centre économique de toute la Polynésie, mais tout s’est arrêté d’un coup en 1966. Tout le monde a déguerpi en 3 semaines, laissant tout en plan (une ile percée d’innombrables trous et des habitants abandonnés), suite à l’annonce de la création du CEP et des essais nucléaires : secret défense donc plus question que des bateaux étrangers croisent dans les parages.

Aujourd’hui des industriels australiens regardent à nouveau avec envie ces terres encore gorgées de phosphate, mais la population est partagée. Cela relancera indéniablement une activité économique (350 emplois directs, 30 ans d’exploitation), mais les opposants à qui on demande « vous ne voulez donc pas travailler ? » rétorquent « pour quoi faire ? si on est courageux, la nature nous donne déjà ce qu’il nous faut ». La terre est riche en effet, et c’est bien le seul endroit luxuriant des Tuamotu où on trouve des fruits à foison, et même des légumes, salade verte et tutti quanti. Il y a comme un parfum de Pitcairn dans l’air, une petite communauté perdue sur un beau caillou du Pacifique, qui a son destin entre les mains… et où on doit bien calculer son coup pour entrer en kayak dans le « port », entre 2 séries de grosses vagues.
Des ptits trous, des p'tits trous... 

Toujours chez le maire, on apprend que des furieux sont venus faire du base jump sur la côte au vent de l’ile. Mais une surprise de taille nous est réservée. Il y a 10 jours, des mecs sont venus de Tahiti pour une mission… installer des voies d’escalade (une cinquantaine) sur ces magnifiques falaises de 70-80m ! Yeeehah, envoyez la sauce, par ici le matos ! Trop fiers d’être les 1ers outsiders à grimper dans un endroit des plus improbables –pas d’escalade nulle part en Polynésie, à part peut être à Rurutu aux Australes, mais en trad… Tapu, l’initiateur du projet, nous offre de choisir le nom d’une voie. Ce sera « vanille en vadrouille » évidemment. Et pendant que les parents grimpent, le puce est à l’école, parfait ! 11 élèves, 1 seule classe englobant les maternelles et les primaires (chapeau à maitresse Tahei au passage).


Non contents d’avoir grimpé, on va se faire un peu de spéléo. Dingue. Les entrailles de Makatea recèlent une jolie grotte où on peut se baigner dans de l’eau douce à 25°. A la frontale, on se glisse dans un boyau, le plafond à 20 cm au dessus de nos têtes, pour entrer en nageant dans une 2ème grotte truffée de stalactites, dont une remarquable en forme de patte d’éléphant. Encore un boyau, et traversant les ténèbres, les bras tendus en avant tels des aveugles, on découvre une 3ème grotte. Enfin on n’est pas certain d’avoir pris le bon chemin jusqu’au bout mais on ressort entiers et à l’air libre, ouf !

Le jour du départ est arrivé. On croule à tel point sous les fruits et légumes que, moulus d’avoir porté nos cabas (manouche-style forever), on doit encore se faire aider pour amener au kayak un énorme régime de bananes donné en cours de route. On découvre le luxe de faire un shampooing au combava (agrume) ! Ils sont énormes, juteux, et jonchent le sol, il n’y a qu’à les ramasser. Ca sent trop bon et ça rend les cheveux doux. Les réunionnais savent qu’on peut utiliser le zeste dans les caris.
Dernier cadeau d’au revoir - on est ainsi sûr d’emporter avec nous une part de la générosité des habitants et de leur ile : en allant chercher Lucas à l’école, Pierre se fait prendre en stop... et offrir 2 kaveu (crabes des cocotiers) super balèzes cuits à notre intention. Ils ont été capturés puis nourris à la noix de coco pendant plusieurs jours/ semaines, et sont 3 fois plus gros que ceux qu’on avait eus à Makemo. Maururu roa (merci beaucoup) Makatea !

Album photo dispo dans l'onglet. Pour l'heure nous sommes "coincés" a Tikehau... On s'est lancé dans le niveau 3 de plongée, c'est vraiment le paradis sous la mer ici!

mercredi 10 octobre 2018

Croisière famille à Huahine


Changement d’équipage à Fare, la capitale de Huahine : Joël et Agathe débarquent en fanfare pour les vacances scolaires avec leurs 3 enfants Swan, Tao et Mia. Une coque par famille, Duyck à tribord,  Hirlemann à bâbord… ça passe à l’aise ! Vanille se transforme en véritable Club Med, on a en prévision récupéré le matos qu’il faut : 1 kayak, 2 paddle, 1 surf, 1 morey (sans compter les 2 boards de kite). On a aussi le terrain de jeu adéquat : spot de PMT, plages de sable blanc (Tao 8 ans, qui n’en est pas à sa 1ère plage, demande cependant candidement : « c’est quoi un bac à sable ? »). Ouste, toute la marmaille à l’eau quand les parents veulent être tranquilles, « allez on rentre au bateau à la nage »… oui mais même contre le courant, il en faut plus pour fatiguer un Hirlemann !

On a la chance d’être accueilli par Siki sur « sa » plage, celle de l’ancien hôtel d’Avaiti, préservée des ‘foules’ –ça va on est quand même en Polynésie, il y a 5000 habitants sur l’ile- une plage non accessible en voiture, faisant face à un très joli mouillage. Il faut juste bien viser pour poser l’ancre entre les patates, et si besoin utiliser la technique du pare-battage qui soulève la chaine vers le haut et évite qu’elle ne s’enroule autour d’un bloc de corail si le vent tourne. On avait repéré les lieux une 1ère fois avec Hélène, et on a à nouveau le droit à un petit festin privé.

Magie de l’opération : Siki arrive le matin en va’a (pirogue) avec un saladier et un demi paquet de farine, la nature pourvoit au reste. On commence par débourrer, casser et râper les cocos, puis extraire le lait avec la bourre d’une coco jeune en guise de torchon. On a aussi toute la matinée pour se balader jusqu’au point de vue sur la baie, admirer, créer/se faire offrir des colliers de coquillages, préparer le feu, en option tresser le plat de service en feuilles de palmier, etc.

On confectionne du ipo, petit pain coco délicieux et naturellement sucré en mélangeant lait de coco, eau de jeune coco et farine ; on dispose les pâtons entre 2 feuilles de purau, hop un coup sur la grille du barbec et c’est difficile de ne pas se jeter dessus, bien doré, croûtu et tout chaud.
L’immanquable uru est cuit dans sa peau sur la braise, épluché, découpé et baigné dans du lait de coco, telles des pommes de terre arrosées de crème fraiche, mais en mode Robinson, avec le petit goût de fumé qui va trop bien. Il faudra revenir pour le niveau 2 de notre apprentissage : chasse au varo (squille, une sorte de langouste cachée dans le sable), confection de poe (dessert à base de fruits et de lait de coco), et tressage de chapeau.

Cuisiner, manger, tout ça est très bien mais à un moment… il fait soif ! Surtout pour l’insatiable Joël quand on lui parle d’happy hour, mais en vérité pas un membre majeur de l’équipage ne saurait résister aux pina colada de l’hotel Mahana ou aux gros méchants pichets de bière du Huahine yacht club.

C’est la fête, mais on partage aussi un de peu de notre rythme routinier avec nos invités. Déjà, pas d’internet, on se couche tôt et on se lève tôt avec le soleil (ou avec les enfants, ça c’est pareil), on récupère l’eau de pluie et on économise l’eau douce. Pour la vaisselle comme pour les corps, c’est lavage et rinçage à l’eau de mer, puis dessalage à l’eau douce. Le programme des journées s’établit en fonction de la météo, mais on a toujours le temps de faire des pancakes au ptit dèj… On remet les mêmes fringues tous les jours, malgré ça Agathe a le bon réflexe « lessive chez les copains », copains qu’on convie fatalement à bord : plus on est de fous plus faut de riz ! 

La semaine passe bien vite, il faut retourner au boulot pour certains (mais pas nous !), à l’école pour d’autres (dont Lucas) – mais ce ne sera pas bien long car on va remonter vers les iles du Vent (Tahiti-Moorea) pour la grosse fiesta de l’anniversaire d’Agathe, puis guetter une fenêtre météo pour repartir vers les Tuamotu - ce sera ce soir. On se plaisait bien dans notre petit mouillage d’Avea, avec une big tortue qui tournait autour du bateau et les raies manta près du bleu clair, mais faut bien varier les plaisirs.
Merci à Hélène et Agathe pour les photos (2 derniers albums à aller voir dans l'onglet photos).