10 octobre, jour du départ de Tahiti vers les Tuamotu. L’avitaillement a été fait en prévisions des longs mois à venir sans supermarché, le bateau est checké, le captain a choisi sa fenêtre météo et prévu sa route pour Tikehau, au Nord Est. Avant de décoller, les gars du yacht club d’Arue nous glissent : « ah vous allez à Tikehau ? Y’a Makatea sur la route, vous pouvez vous stopper là-bas il y a des corps morts ». (ndlr, un corps mort n’est pas un cadavre mais une bouée ancrée profondément sur laquelle on peut attacher le bateau).
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| Les quais de Makatea ; ruines de passerelles geantes |
Makatea… on a lu quelque part que c’est un atoll atypique, surélevé, sans lagon mais avec des falaises à la place, et qui a été exploité jadis pour sa richesse en phosphate. Allons voir… après une nuit à la voile, on s’approche de l’ile, Bim on tombe sur une baleine et son baleineau, sympa le comité d’accueil ! Il reste 1 corps mort de libre sur les 3. Il est tout proche du récif, on a la sensation désagréable d’être mouillé sur un spot de surf, avec les vagues qui s’écrasent à 30m de nous dans un fracas effrayant! La mer est au demeurant très claire et un parterre de corail recouvre le tombant et s’enfonce à perte de vue dans le bleu profond. Des Napoléon passent leur chemin à côté de floppées de balistes noirs.
On descend à terre et on se retrouve rapidement chez Julien, le maire du village – 60 habitants sur l’ile. On est avec l’équipage du Why, un bateau d’exploration intitulée « under the pole » qui travaille actuellement sur les coraux profonds. Le maire nous montre des vidéos d’archives : il y a eu 3000 personnes sur l’ile lors de son ère industrielle, avec chemin de fer et 6 locomotives pour charrier le minerai, 2 cinémas et plein d’autres infrastructures. « Alors qu’à Papeete ils en étaient encore au four polynésien, à Makatea les 1ers moteurs diesel tournaient » nous explique l’édile. C’était à l’époque Le centre économique de toute la Polynésie, mais tout s’est arrêté d’un coup en 1966. Tout le monde a déguerpi en 3 semaines, laissant tout en plan (une ile percée d’innombrables trous et des habitants abandonnés), suite à l’annonce de la création du CEP et des essais nucléaires : secret défense donc plus question que des bateaux étrangers croisent dans les parages.
Aujourd’hui des industriels australiens regardent à nouveau avec envie ces terres encore gorgées de phosphate, mais la population est partagée. Cela relancera indéniablement une activité économique (350 emplois directs, 30 ans d’exploitation), mais les opposants à qui on demande « vous ne voulez donc pas travailler ? » rétorquent « pour quoi faire ? si on est courageux, la nature nous donne déjà ce qu’il nous faut ». La terre est riche en effet, et c’est bien le seul endroit luxuriant des Tuamotu où on trouve des fruits à foison, et même des légumes, salade verte et tutti quanti. Il y a comme un parfum de Pitcairn dans l’air, une petite communauté perdue sur un beau caillou du Pacifique, qui a son destin entre les mains… et où on doit bien calculer son coup pour entrer en kayak dans le « port », entre 2 séries de grosses vagues.
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| Des ptits trous, des p'tits trous... |
Toujours chez le maire, on apprend que des furieux sont venus faire du base jump sur la côte au vent de l’ile. Mais une surprise de taille nous est réservée. Il y a 10 jours, des mecs sont venus de Tahiti pour une mission… installer des voies d’escalade (une cinquantaine) sur ces magnifiques falaises de 70-80m ! Yeeehah, envoyez la sauce, par ici le matos ! Trop fiers d’être les 1ers outsiders à grimper dans un endroit des plus improbables –pas d’escalade nulle part en Polynésie, à part peut être à Rurutu aux Australes, mais en trad… Tapu, l’initiateur du projet, nous offre de choisir le nom d’une voie. Ce sera « vanille en vadrouille » évidemment. Et pendant que les parents grimpent, le puce est à l’école, parfait ! 11 élèves, 1 seule classe englobant les maternelles et les primaires (chapeau à maitresse Tahei au passage).
Non contents d’avoir grimpé, on va se faire un peu de spéléo. Dingue. Les entrailles de Makatea recèlent une jolie grotte où on peut se baigner dans de l’eau douce à 25°. A la frontale, on se glisse dans un boyau, le plafond à 20 cm au dessus de nos têtes, pour entrer en nageant dans une 2ème grotte truffée de stalactites, dont une remarquable en forme de patte d’éléphant. Encore un boyau, et traversant les ténèbres, les bras tendus en avant tels des aveugles, on découvre une 3ème grotte. Enfin on n’est pas certain d’avoir pris le bon chemin jusqu’au bout mais on ressort entiers et à l’air libre, ouf !
Le jour du départ est arrivé. On croule à tel point sous les fruits et légumes que, moulus d’avoir porté nos cabas (manouche-style forever), on doit encore se faire aider pour amener au kayak un énorme régime de bananes donné en cours de route. On découvre le luxe de faire un shampooing au combava (agrume) ! Ils sont énormes, juteux, et jonchent le sol, il n’y a qu’à les ramasser. Ca sent trop bon et ça rend les cheveux doux. Les réunionnais savent qu’on peut utiliser le zeste dans les caris.
Dernier cadeau d’au revoir - on est ainsi sûr d’emporter avec nous une part de la générosité des habitants et de leur ile : en allant chercher Lucas à l’école, Pierre se fait prendre en stop... et offrir 2 kaveu (crabes des cocotiers) super balèzes cuits à notre intention. Ils ont été capturés puis nourris à la noix de coco pendant plusieurs jours/ semaines, et sont 3 fois plus gros que ceux qu’on avait eus à Makemo. Maururu roa (merci beaucoup) Makatea !
Album photo dispo dans l'onglet. Pour l'heure nous sommes "coincés" a Tikehau... On s'est lancé dans le niveau 3 de plongée, c'est vraiment le paradis sous la mer ici!






