lundi 9 novembre 2020

Nouméa, 1 an après …

Salut les copains ! Oui, déjà 1 an que Vanille et son équipage arrivaient en Nouvelle-Calédonie… on va tenter de résumer les principaux faits marquants, et songer ensuite à clore ce blog !

Début 2020, Lili et Lucas prennent rapidement un nouveau rythme à terre. Boulot enthousiasmant pour l’une, qui se voit changer de secteur et chargée de créer un observatoire des pêches côtières, et rentrée des classes en Grande section pour le puce -l’année scolaire ici est décalée de 6 mois par rapport à la métropole. De son coté, Pef gère toute la logistique de l’installation : bouée au mouillage pour Vanille, bagnole, assurance, compte en banque local ; la routine de tous les jours : courses, trajets annexe, activités de Lucas (natation 3 fois/ semaine, éveil musique & danse) ; sans oublier ses propres loisirs (escalade, apnée, course de montage, avec inscription à l’ultra trail de Nouvelle calédonie pour se motiver).


En cette saison chaude, chaque WE ou presque est mis à profit pour larguer les amarres et explorer les ilots alentours qui parsèment le lagon : Signal, La Reynière, Maitre, Goéland, Amédée. La vigilance est tout de même de mise car on n’est pas à l’abri d’un cyclone : nous essuyons Gretel sans dégâts, ce qui n’est pas le cas des 16 bateaux jetés à la côte que l’on peut dénombrer le lendemain de cette mémorable nuit blanche.

Le Covid fait planer sa menace en avril, mais paradoxalement c’est l’occasion pour nous de renouer avec notre vie de Robinson. La navigation dans le lagon est certes interdite, mais on s’éclipse de Nouméa un soir, tous feux éteints (et AIS débranché, genre on est trop des pirates) pour se rendre dans la petite baie sauvage de Uié et y passer peinards le début de nos 4 semaines de confinement. Une 2ème alerte cyclonique nous autorise peu après à naviguer pour rallier l’abri de notre choix, on élit donc la magnifique baie de Prony avec l’ilot Casy pour nous tous seuls, puis la baie du Carénage où l’on retrouve les copains du bateau Ambrym. Gestes barrières obligent, pas d’apéro au programme. Mis à part cette restriction, c’est en revanche open rando, balades en kayak et bains dans les rivières de notre grand terrain de jeu désert… avec en prime de la 4G qui dépote pour que Lili puisse télétravailler !


Puis la vie normale reprend son cours. Les liaisons aériennes sont ‘juste’ coupées (et ça fait 8 mois que ça dure), les frontières fermées, le Caillou est isolé du reste du monde mais… indemne de covid. Prisonniers dans notre paradis, allons l’explorer ! On découvre Le super spot d’escalade de l’ile à Koumac, qui nous rappelle la grimpe en Asie mais a comme inconvénient majeur d’être à 6h de route de Nouméa. Légèrement monomaniaques, on retourne à ces belles falaises de Koumac 3 fois, en mode camping, ça nous change du bateau. Cependant il va falloir se satisfaire d’activités plus casanières pendant un moment ; en effet, un 2ème moussaillon est en route, attendu pour janvier 2021 !

On s’octroie tout de même une semaine de vacances en juillet 2020 à la toute belle ile des Pins ; les 1ers congés payés de Lili depuis… un bail ! Une occasion pour Vanille de sortir du lagon, et pour son équipage de (re)découvrir un des petits joyaux du Pacifique. L’ile des pins joue dans la même cour que celle des Tuamotu, des iles de la Société ou des Lau aux Fidji : notre émerveillement est intact devant ces beautés de la nature, avec bien sûr du blue lagoon au rendez-vous. Surtout que, chance (ou plus précisément Covid), nous échappons aux milliers de touristes qui sont habituellement déversés des bateaux de croisière. Les plages, de sable blanc et très fin comme il se doit, ne sont en effet qu’à nous.


Pendant ce temps, notre bonne étoile veille toujours, et pour le Captain, côté boulot (on a bien dit boulot ??!), il y a du changement dans l’air. Sa boite, le Cirad (ou pour les intimes, La Cirade) accepte qu’il mène ses projets de recherche –toujours sur les mouches des fruits- en étant basé à Nouméa, pour au moins 1 an 1/2. Great ! On s’installe ainsi à terre en septembre, oui oui dans un appartement, où un surplus de confort matériel est bienvenu, et d’autant plus pour l’arrivée de bébé. Lucas a un peu de mal à s’habituer au départ : « l’appartement est trop grand », « je ne vois pas Vanille » (malgré la vue mer), « je risque de tomber de mon lit non ? », mais il s’y fait rapidement.


Dès lors il nous faut songer à nous séparer de ce cocon où Lucas a passé la moitié de sa vie, non sans s’appliquer à rassurer le puce : « ne t’inquiète pas, on rachètera un bateau – mais le même papa, alors ? »… Ainsi Vanille est-il à sec pour se refaire une beauté histoire d’être nickel avant sa vente éventuelle. Grand vidage, briquage et lavage, coque à neuf avec copper coat (de l’antifouling mais en mieux), rénovation des boiseries intérieures, changement des saildrive (transmissions moteur –hélice qui traversent la coque : du gros boulot quoi), nouveau lazy bag, etc etc.

Toujours pas de Covid sur le territoire, on goûte la chance qu’on a de n’avoir jamais du porter de masque… mais on pense bien à la famille et au copains qu’on espère revoir dans quelques mois, si les frontières finissent par s’ouvrir ! Des bisous (euh, non…si !)

5 nouveaux albums sont dans l'onglet photos, qui retracent l'année écoulée ; leur intitulé commence par NC 2020.



dimanche 8 décembre 2019

Rangez les savates : allez hop à l'école ! Au boulot !

Départ officiel du Vanuatu le 31 octobre, arrivée à Nouméa le 13 novembre : non, il ne nous faut pas 2 semaines pour faire 400 milles, c’est juste qu’on traine encore un peu au Vanuatu et qu’on savoure nos derniers moments de voyage. Journée mémorable en compagnie de Jayden, avec qui Lucas devient rapidement copain. Ce petit Vanuatais de 10 ans nous impressionne par son agilité et sa débrouillardise : le long du chemin, il grimpe partout pour nous cueillir tamarins, mangues, citrons. Il manie la machette ou le couteau avec une dextérité surprenante - bien mieux que nous ! Découpage de coco verte, ou fabrication de jouets : de simples branches deviennent des flèches empennelées qu’il fiche à 10m de haut sur le tronc des arbres… alors que nos tirs atterrissent lamentablement au sol à 1,5m de nous, après une trajectoire pitoyable en forme de cloche.

La météo, qui ne semble jamais vouloir être favorable, nous contraint à traverser jusqu’à Lifou seulement, une des iles Loyauté à l’Est de la Grande Terre calédonienne. Un supplément gratuit de blue lagoon dans la magnifique baie de Luengoni, où l’on en profite aussi pour faire des conserves de la grosse bonite qu’on a pêchée (c’est pas dans le port de Nouméa qu’on attrapera du poisson ; à nous en revanche de ne pas se faire croquer par les requins). Encore un saut de puce à l’ile de Maré, puis cap sur la passe Havannah, porte d’entrée Sud-Est de l’immense lagon calédonien. En pleine nuit, le captain entend un « mayday »… c’est l’appel de détresse d’un voilier qui naviguait 7 milles devant nous, échoué sur le récif… nous récupérons l’équipage à notre bord, tout le monde arrive sain et sauf à Nouméa. Quel courage de tenir bon quand on a matériellement tout perdu !
Avec l’arrivée dans La Ville, on quitte sans transition notre mode croisière-pépère. 1ère mission, trouver un endroit où crécher, car poser son ancre quelque part proche des commodités n’est pas si simple vu la densité de bateaux. Même pour débarquer en annexe il y a des listes d’attente… en discutant à droite à gauche, avec l’entraide des voileux, on dégotte un corps mort. 
2 jours après, on a un compte bancaire local, un forfait de téléphone, Lucas est inscrit à l’école (il faudra encore récupérer son uniforme), Lili a 2 entretiens d’embauche planifiés. On retrouve avec joie les copains qui habitent à terre autour d’apéros de circonstance. JC, qui nous avait aidé à vendre notre précédent bateau sur place, rappelle ce que Pef avait dit il y a 8 ans : « on reviendra, sur 2 coques et en famille ». Le 1er jour d’école (ça fait 8 mois qu'il n'y est plus allé), Lucas s’accroche aux jambes de sa maman en hurlant et suppliant « ne m’oblige paaas !! », mais dès le lendemain il y retourne avec entrain.
2 semaines plus tard, Lili signe un CDD, yes ! Il s’agit de gérer une biofabrique, qui produit des insectes type coccinelles pour les distribuer aux agriculteurs, afin qu’elles mangent leurs pucerons -grosso modo. 
Entre temps, on explore rapidement les environs proches, Dumbéa avec les puces (ceux du bateau copain Ambrym) ou les monts Koghi en amoureux. On se délecte de la pléthore d’événements culturels ou de loisirs qu’offre Nouméa : concerts, zoo, aquarium, kite… et comme c’est Noël on peut se rendre tous les jours à pied à la Place des cocotiers profiter d’un spectacle en plein air. C’est mieux que Paris ! J’oublie l’anniversaire des Duyck, 5 ans pour le plus petit : on lui avait promis une pinata (gros ballon en papier maché qu’on fourre de surprises à l’intérieur, et que les enfants doivent casser, armés d’un bâton, les yeux bandés). Il faut bien remettre des couches de papier entre 2 entretiens puisque le timing l’oblige… 


Tout le monde est donc en forme (malgré les microbes urbains) et content d'adopter un nouveau rythme. Quelques images de nos 1ers pas calédoniens sont dans l’onglet des photos. Ne nous écrivez plus sur l’iridium, on le remise, mais mails et whatsapp fonctionnent (+33768053199), et même le courrier : DUYCK/FABRY, BP 2960, 98846 Nouméa cedex. A soon !

lundi 4 novembre 2019

Yu savé toktok Bislama ?

Vous savez parler Bichlamar ? 
Cette 3ème langue officielle du Vanuatu (avec le Français et l’Anglais), un pidjin issu de l’Anglais, est bien pratique en effet pour communiquer, car l’archipel comporte plus de 100 langues vernaculaires. Ce qui fait beaucoup pour un territoire moins peuplé que le département de la Mayenne…
Ca donne : tankyu tumas (merci beaucoup), nambawan (cool –car number one), hamas mané (combien ça coute), yu tekem wiswan (tu prends lequel), wet smol (attends un peu).

On vous donc avait laissé à Malekula, on est passé par 6 autres iles entre temps, et nous y revoilà.
L’ile d’Ambrym était le point de rendez-vous prédestiné pour retrouver les copains dont le bateau s’appelle justement Ambrym. En plus 2 bonites ont mordu aux traines, parfait pour un gros curry de retrouvailles. Les 2 familles comptent bien sur l’émulation mutuelle des enfants pour faire passer la pilule « marche au volcan » : c’est en effet 4h l’aller ! A presque 6 et 8 ans, fastoche pour Sophie et Félix ; Lucas s’en sort bien, rejoignant le porte-bébé (qui moisissait dans un placard) sur le dos de son père pour les 2 dernières heures de descente. « Alors, c’était bien les enfants ? - Bof, on n’a même pas vu de lave. » Certes, dire qu’en plus, ‘à la maison’ (la Réunion), le volcan la bien pété !
A Loltong, sur l’ile de Pentecôte, nous sommes introduits plus avant aux coutumes des tribus, conviés le soir au nakamal communautaire à participer à un deuil qui dure environ 10 jours. La grande hutte de bois et de bambou, coiffée de feuilles de pandanus, est séparée en deux. A l’entrée, femmes et enfants évoluent près du feu et ses pierres rougies où cuit un grand laplap (équivalent du four polynésien). Au fond, l’espace est réservé aux hommes et aux invités que nous sommes : s’y préparent 2 types de kava. Les racines ne sont non pas broyées mécaniquement comme d’ordinaire, mais écrasées au caillou, ce qui donne un jus plus fort.
Le 1er kava, normal, est servi pour les hommes qui se présentent par 3 ou 4 pour boire selon un ordre bien établi ; Lili est autorisée à en prendre, autant de fois qu’elle veut (mais 2 ça ira, merci). Le 2ème kava est celui du chef, issu de son champ dédié pour les rites. Seul son acolyte et lui en boivent, et pour l’occasion Pierre. Jusqu’alors le captain n’avait pas tellement ressenti l’effet du kava, mais pour le coup celui-ci le retourne sévèrement, et toute la journée du lendemain se passe en mode brumeux/engourdi. La fumée qui pénètre les narines, les yeux, la peau (et les fringues), l’ambiance feutrée où même les enfants s’astreignent à chuchoter, la pénombre, la terre sous les pieds, ce breuvage couleur de terre, à l’entêtante odeur de poivre, les divers raclements de gorge… le temps s’enfuit, Lucas tombe endormi, et tout d’un coup il nous faut partir, avec quelques tubercules cuits dans un panier. Sensation d’avoir entrouvert une porte… juste entrouvert.
Maewo, Ambae : nous égrenons le chapelet d’iles du Sud u Nord, de villages anglophones en villages francophones. C’est surprenant de parler Anglais dans tel endroit, tandis que 10 min plus loin on change de village et le Français est de mise. On avait peur à Ambae de trouver des villages fantômes, car l’ile a entièrement été évacuée en 2017 ou 2018 (11000 personnes) pour cause d’éruption volcanique. Les longs mois passés dans les iles voisines ont visiblement été durs mais la vie reprend courageusement son cours. On tape la discute avec un habitant des Banks, tanqué là depuis 2 semaines : le bateau qui devait le ramener chez lui est tombé en panne, les pièces n’arrivent pas… il n’a plus de sous mais le sourire, et heureusement « ici on ne va pas te laisser mourir de faim ».
Nous sommes frappés par le contraste entre notre perception du nécessaire et du superflu, du basique et du confortable, et celle des Vanuatais rencontrés. Dans les cases où l’on cuisine au feu de bois (pas de bouteille de gaz) et où l’on dort sur une natte de feuilles, le nombre d’objets manufacturés est très restreint : ce qui provient de Vanille semble exotique, on donne ou troque donc à tour de bras. Même l’ouverture d’un vulgaire paquet de biscuits à l’huile de palme pour un café à bord provoque des exclamations étouffées de nos visiteurs (genre, waouh trop bien…). Ce dénuement relatif n’empêche toutefois pas les sourires de fleurir sur les visages ; n’est-ce pas le trop d’avoir qui rend malheureux ? 

Avec l’arrivée sur Espiritu Santo, on découvre Luganville, la 2ème ville du pays –ça ne va pas plus loin, il n’y en a pas d’autre à part la capitale Port Vila. Le puce souhaite « des glaces et des steak », voilà donc comment notre ordinaire est agrémenté : ce serait trop bête de passer à côté de l’excellent bœuf local. On check également le snorkeling à Million dollar point, où plein de matériel de guerre américain (jeeps, tanks) a été déversé à 15m de la plage à la fin de la 2ème guerre mondiale. Maintenant, il est colonisé par les coraux et des bancs de poissons pas farouches virevoltent autour. On plonge sur l’incontournable épave du SS President Coolidge, bateau de croisière US de 200m de long réquisitionné par l’armée américaine, qui a bêtement sauté sur une de leurs propres mines. Il repose tranquillement entre 20 et 70m de fond. De nuit, la cale 2 visitée dans l’obscurité la plus complète est envahie par un magma mouvant de petits poissons fluorescents : spectacle fascinant.
Les yeux rivés sur les prévisions météo, le captain guette la fenêtre favorable pour traverser vers la Calédonie, où on resterait au moins pour la saison cyclonique. Lili y prospectera pour un job, Pierre qui a signé pour une 3ème année de dispo (oui, déjà 2 ans qu’on est parti) compte se remettre au sport (ou plutôt aux sports), et Lucas devrait reprendre le chemin de l’école.
Allez jeter un œil au nouvel album photo !

dimanche 13 octobre 2019

Mothey Fidji, Alo Vanuatu

Rapide crochet à l’archipel de Kandavu, Sud Fidji, où nous tombons, au retour d’une visite aux raies manta et d’un PMT, par hasard sur une équipe de locaux qui nettoient les plages d’une ile inhabitée… encadrés par des Français, qui supervisent l’installation du « décor » de l’émission N°1 de la télé française, j’ai cité Koh Lanta ! « Il faut que ça ait l’air sauvage, mais clean ! » (quitte à camoufler les coups de machette). 
La plage du futur Koh Lanta
Nous réalisons les formalités de sortie du territoire à la capitale Suva ; nous y rencontrons des potes de potes, Julien, Sarah & family, sympa et inédit à l’autre bout de la terre. Et c’est parti pour traverser vers le Vanuatu, malgré une météo contrastée : les deux 1ers jours à se trainer difficilement à 3-4 nœuds (l’occasion de sortir notre spi réparé, sans grand voile), et les deux derniers à enquiller 400 milles en 24h (25 nœuds +, une grosse houle, plutôt sportif donc). 
Nous posons la pioche dans la zone de quarantaine de Port Vila vendredi soir à 16h. Les bureaux de l’administration, à l’autre bout de la baie, ferment à 17h… vite, ce serait bête de payer l’overtime (des sous supplémentaires si les horaires de bureau sont dépassés) ou de rester coincés au bateau jusqu’au lundi. On sort dare dare le moteur hors bord du coffre où il est rangé, on descend l’annexe, on attrape les passeports : 16h30 on entre aux customs (douanes), 16h45 à l’immigration, 17h on ressort de la quarantaine… ric rac, mais ça passe !
La capitale du Vanuatu est charmante et à notre grande surprise, beaucoup d’habitants sont encore francophones. L’ex- condominium des Nouvelles Hébrides était en effet géré conjointement par les puissances coloniales françaises et anglaises jusqu’à l’indépendance en 1980. Nous sommes néanmoins pressés d’explorer le côté ‘roots’ du Vanuatu et cinglons rapidement vers les autres iles, en commençant par Epi. A Lamen bay, Lucas savoure une nouvelle fois les joies de l’exploration sous marine : en 40 min, il observe un dugong (ou ‘vache des mers’, une sorte de dauphin moche qui broute dans les herbiers), 4 tortues, un barracuda de 2m et plein de Némo (poissons clown) qui évoluent près de leurs anémones.
 Mahi Mahi pêché en traversée
Les villages où nous nous rendons (Revolieu, Lutèce aux Maskelyn, Lamap à Malekula) sont très simples et bien tenus, la plupart des huttes 100% végétales, certaines renforcées avec des tôles (seule l’église est en dur). Les habitants sont tout sourires, et toujours une ribambelle de gamins accoure à notre vue. On nous offre spontanément papayes, cocos… un peu comme aux Marquises, mais avec les tomates et les poivrons en prime !
Vers les 17h, c’est la préparation du kava dans les nakamal (huttes-bar). Les racines fraiches sont coupées en dés, broyées et malaxées dans de l’eau. Le jus, à l’alléchante apparence de la boue, est ensuite filtré, et bu obligatoirement cul sec –mieux vaut en effet ne pas trop réfléchir. Rien à voir avec le kava réalisé à partir de poudre déshydratée, en mode frais le goût de poivre est très prononcé, l’effet anesthésiant sur la langue immanquable, et une double dose bue d’un trait par Lili lui fait l’effet d’un double ti punch (la tête tourne sacrément).
Voilà pour nos pérégrinations, mais il reste tant d’iles à découvrir et les jours s’écoulent inexorablement, nous rapprochant de la saison cyclonique et de la fin des navigations ! Les 1ères photos vous attendent dans l'onglet. Et merci aux fidèles écriveurs de texto iridium :)

jeudi 26 septembre 2019

Dans le dédale des iles Lau, Fidji

Bula ! Après notre séjour à Savusavu, une fenêtre météo s’ouvre enfin avec du vent de Sud pour retourner vers l’Est (contre les vents dominants), et aller explorer l’archipel des Lau, des iles longtemps restées inaccessibles (ouvertes aux voiliers de passage depuis 2012 seulement ; en effet, pas vu trace d’un seul touriste ordinaire) et considérées par certains comme les joyaux du Pacifique : alléchant programme !

Nav de nuit agréable pour se rendre à Vanua Balavu. Fscchhh… tiens, une grosse averse ? Non, pas une goutte, mais le bateau est au milieu d’une nappe claire, et à quelques encablures le bleu sombre de l’océan !? … Fschhh… regard inquiet au sondeur, il y a bien du fond. Tilt, nous sommes au milieu d’un très large amas de pierres ponces qui proviennent d’un volcan sous-marin situé entre les Tonga et les Fidji et qui bruissent maintenant gentiment le long des flancs de Vanille. Autre particularité de cette nav, nous retraversons la longitude du 180° (ouest à gauche, est à droite), mais pour les concepteurs des cartes marines (ou terrestres d’ailleurs) la Terre est plate, et à un moment s’arrête à droite : les logiciels buggent un peu, nous indiquant de faire le tour du globe par l’autre côté !


Très beau mouillage entre les formations coralliennes surélevées à Batavu harbour, en compagnie de Libertaire, et en haut de la colline, point de vue splendide sur Bay of islands de l’aute côté de l’ile. Puis cap au Sud où nous réalisons notre 1er sevusevu au village de Susui. Après avoir été conduits à la case du chef, ayant bien pris soin de couvrir nos jambes et bras (surtout les femmes), ôté nos lunettes de soleil et chapeaux, nous présentons nos racines de kava qui sont examinées puis acceptées, et nous faisons dorénavant partie du village. 

A Fulaga comme à Matuku, on nous octroie une famille d’accueil : dans le village -quelques dizaines de foyers, chacun aura ainsi selon son tour le privilège de recevoir chez lui des Kaipalangi (blancs). Fruits à volonté, noix de coco vertes jusqu’à plus soif, de belles pièces d’artisanat en bois… les Mélanésiens rivalisent de générosité avec les Polynésiens. On va pêcher ensemble ou crapahuter dans les hauteurs, on nous sert du thé et des biscuits à toute heure, on regarde même Fidji-Australie sur l’unique télé du village à l’occasion de la coupe du monde de Rugby ; c’est tentant de ‘rester un mois ou un an’ comme nous y avons été invités.
Le dimanche, après la messe obligatoire (la plupart des Lau sont Méthodistes) où les performances des choristes chantant a capella en polyphonie varient du criard et dissonant (faux, disons-le) au doux, puissant et harmonieux, nous partageons de succulents repas à la mode des fidjienne. Au sol, sur un tapis de feuilles de pandanus tressées, sont disposés des produits locaux essentiellement, préparés avec soin : tubercules divers (taro, manioc, patate douce) cuits de bon matin au four dans la terre, poisson, crabe, aubergines ou légumes verts accommodés au curry et/ ou au lait de coco. Apporter un gâteau au chocolat ou un far breton fait toujours le meilleur effet.
Fulaga, ancienne ile volcanique en forme de fer à cheval (jetez un œil sur la carte satellite de Google maps) parsemée de ses nombreux et étonnants ilots coralliens en forme de champignon, mérite bien son surnom de perle des Lau ; nous lui décernons en sus la palme de la plus belle passe à admirer en masque tuba quant à l’abondance et la diversité des coraux, sis à 8-10 m max de profondeur. C’est fin et ciselé, ou ventru, en forme de batavia géante, de minuscules sapins ou semblable à des serviettes éponges moelleuses ; c’est comme si nous circulions dans un magasin de gigantesques pâtisseries aux glaçages sucrés multicolores. Lucas, qui aura 5 ans dans 2 mois, attendait ce spot spectaculaire pour daigner mettre un masque et regarder sous l’eau : enfin, pas trop tôt !! Entrainés comme sur un tapis roulant par le courant entrant, la 1ère appréhension passée (« ahh ! j’ai froid ! » c’est vrai que l’eau est à 24° et ça fait un choc après les 32° de Wallis, en plein hiver austral), dès la 1ère immersion ce ne sont que cris de joie et exclamations. « Oooh ! un banc de chirurgiens ! J’ai vu des coraux en forme de forêt ! » etc. 
Encore une fois un peu tristes de devoir partir et laisser derrière nous Alfred, Ma,Tema, Finau pour ne citer qu’eux, mais plein d’iles nous attendent, notamment au Vanuatu, sur la route pour la Nouvelle-Calédonie… Vinaka et sotatale les amis, Merci et à une prochaine fois ! Plein de belles images vous attendent dans l'onglet photos.

mercredi 25 septembre 2019

Wallis et Fidji : on quitte la Polynésie pour la Mélanésie

Qui aurait parié qu’un jour Vanille irait à Wallis, dernier territoire ultramarin perdu on ne sait même pas où ? Pas nous, mais puisqu’il y a 7 ans nous avions traversé ce bout de Pacifique par la route Sud (Palmerston aux Cook, Niue, Tonga), Wallis méritait bien un petit crochet dans le circuit Nord (Suwarow manqué aux Cook, Samoa, Wallis donc et Fidji).
Lagon de Wallis- Photo du drone de Libertaire
Un très beau lagon pour moins de 10000 âmes, qui reçoit chaque année… 70 visiteurs, voiliers inclus. Par une chouette coincidence de timing, nous retrouvons l’espace d’une journée toutes les familles des copains de bateau Libertaire, Ambrym, Mektoub : avec Vanille cela fait 16 personnes soit plus du 1/5e de l’effectif annuel moyen. Nous fêtons dignement ces retrouvailles autour d’un barbec où s’entassent les poissons du lagon. Comme ce sont les vacances scolaires, on envoie les puces au stage du club de voile ; on profite du kite et des virées en kayak à l’étonnant trou bleu, tombant circulaire au milieu du lagon bordé de très belles structures coralliennes. Nous explorons sommairement l’ile, en stop ou gentiment guidés par Pierre, un papalani (blanc métropolitain) qui partage avec nous sa vision et son expérience de ce territoire surprenant et contrasté. Le pouvoir à Wallis est en effet partagé entre le roi (tête de la chefferie coutumière), l'église catholique (qui a en charge toute l’éducation du niveau primaire) et l'État français (représenté par un préfet).
Nous passerons au large de Futuna sans pouvoir s’y arrêter, le mouillage étant trop mauvais au regard de la météo. Après 3 jours et 3 nuits de nav, de conserve avec Libertaire, nous touchons Savusavu aux Fidji. Ambiance sympa et douceur de vivre dans cette petite bourgade de 4000 habitants, où il y a une grande proportion de Fidjiens d’origine indienne. L’un d’eux nous demande d’où nous sommes. « La France ? Est-ce que c’est à côté de la Chine ? » D’un autre côté, les Fidjiens autochtones (mélanésiens), au taquet en matière de rugby, connaissent Toulon pour le RCT (ce qui n’empêche pas que Toulon puisse être à côté de Pékin).
Semaine tout confort puisque nous sommes amarrés à la bouée du yacht club avec douche chaude (assez extra-ordinaire pour être mentionné), 3G comme jamais, et que d’un saut les gourmands que vous avez reconnus peuvent aller chercher des glaces au magasin, des curry savoureux au coin de la rue et des roti (crêpes indiennes) au marché, où s’étalent fruits et légumes colorés. Nous ne manquons pas d’y faire notre provision de racines de kava (plante aux effets anesthésiants, légèrement euphorisants), sésame pour réaliser le sevusevu (la coutume) dans les villages fidjiens traditionnels que nous comptons visiter. L'album Savusavu est en ligne !

vendredi 23 août 2019

Cook frôlées, Samoa gagnées

Malo ! Il ne s’agit pas de la ville bretonne du Saint, fief de Surcouf, mais bien du « bonjour » qui est de mise aux Samoa, ainsi qu’à Wallis où nous sommes actuellement.

Nous étions en mer lors du post précédent, en route vers Suwarrow dans les iles Cook. Ce n’est qu’au beau milieu de la 5ème nuit de navigation que nous arrivons aux portes de l’atoll ; les feux de tête de mât des voiliers copains nous font de l’œil, mais nous n’allons pas nous risquer à traverser la passe ni à mouiller dans le corail de nuit. Pas envie de poireauter non plus jusqu’au lever du jour. Encore un empannage, et nous entrons dans les GPS notre nouvelle destination : Apia aux Samoa, soit 500 milles à courir. Encore 4 jours de mer, avec des prévisions météo favorables.

Favorables, dans une certaine mesure car pendant les 8 jours qu’aura duré la traversée, on a constamment le vent pile dans le dos. C’est moins pire que pile de face, mais le bateau ne descend qu’à 150° du vent (et non 180) et notre trajectoire fait donc des zig et des zag. Autrement dit, en mode ski : on slalome au lieu de faire du tout schuss ! Pour réaliser un meilleur cap, on essaie bien de sortir notre nouveau spi d’occase, mais 10 minutes ne sont pas écoulées qu’il craque sur quelques dizaines de cm. On réalise qu’en termes d’angle au vent, notre choix de rallier les Gambier plutôt que les Marquises depuis les Galapagos avait été judicieux. 18 jours ‘tout droit’ c’est bien assez, on s’est épargné les zigzag. Le capitaine en tire toutefois des enseignements et songe à l’équipement de son prochain bateau : « pour le vent arrière, il me faut un gennaker (grande voile d’avant légère et enroulable facilement) ou un parasailor (spi à caissons, aisément maniable), ainsi qu’un bon radar pour voir venir arriver les grains de nuit – et réduire la toile en conséquence ». Pour l’heure, pas de radar, pas de spi, un petit génois ; soyons patients (et un bisou par empannage ou prise de ris, ça aide à rester de bonne humeur).

Il y a 2 Samoa, à l’Est les iles sous administration américaine, à l’Ouest les indépendantes, là où l’on va. On prend soin non seulement de changer d’heure car nous avançons toujours plus à l’Ouest, mais aussi de jour, puisque nous franchissons la ligne de changement de date. Contrairement au Philéas Fogg de Jules Verne, nous sautons un jour. Le 8 aout n’a jamais existé pour nous, on est passé direct au 9. 

On trouve aux Samoa un excellent accueil de la part des habitants ; c’est bel et bien encore la Polynésie. Où ailleurs ferait-on demi tour pour te prendre en stop, roulerait-on 20 minutes de plus, et t’inviterait-on à déjeuner le lendemain ?  Apia est une ville qui ne paie pas de mine mais fière de sa culture, avec plein de services, des marchés colorés et vivants, une gare routière grouillante. On s’y régale de uru et taro cuits au four samoan (similaire au four polynésien mais hors sol), de chow pow (banh bao disent les Viet, brioches fourrées à la viande cuites à la vapeur) et de palusami : bourses de jeunes feuilles de taro contenant lait de coco bien crémeux et oignons. L’ile montagneuse d’Upolu nous offre un visage très verdoyant, arrosé de nombreuses rivières et cascades, peu dense, où sont dispersés quantité de fale (prononcer falé, grande hutte) où se tiennent les conseils des villages.

On serait (comme d’habitude) bien resté un peu plus longtemps, mais la météo nous pousse à lever les voiles pour Wallis. On a rajouté des photos dans l’album Iles sous le Vent, mis celles de Mopélia et celles des Samoa arrivent !