lundi 4 novembre 2019

Yu savé toktok Bislama ?

Vous savez parler Bichlamar ? 
Cette 3ème langue officielle du Vanuatu (avec le Français et l’Anglais), un pidjin issu de l’Anglais, est bien pratique en effet pour communiquer, car l’archipel comporte plus de 100 langues vernaculaires. Ce qui fait beaucoup pour un territoire moins peuplé que le département de la Mayenne…
Ca donne : tankyu tumas (merci beaucoup), nambawan (cool –car number one), hamas mané (combien ça coute), yu tekem wiswan (tu prends lequel), wet smol (attends un peu).

On vous donc avait laissé à Malekula, on est passé par 6 autres iles entre temps, et nous y revoilà.
L’ile d’Ambrym était le point de rendez-vous prédestiné pour retrouver les copains dont le bateau s’appelle justement Ambrym. En plus 2 bonites ont mordu aux traines, parfait pour un gros curry de retrouvailles. Les 2 familles comptent bien sur l’émulation mutuelle des enfants pour faire passer la pilule « marche au volcan » : c’est en effet 4h l’aller ! A presque 6 et 8 ans, fastoche pour Sophie et Félix ; Lucas s’en sort bien, rejoignant le porte-bébé (qui moisissait dans un placard) sur le dos de son père pour les 2 dernières heures de descente. « Alors, c’était bien les enfants ? - Bof, on n’a même pas vu de lave. » Certes, dire qu’en plus, ‘à la maison’ (la Réunion), le volcan la bien pété !
A Loltong, sur l’ile de Pentecôte, nous sommes introduits plus avant aux coutumes des tribus, conviés le soir au nakamal communautaire à participer à un deuil qui dure environ 10 jours. La grande hutte de bois et de bambou, coiffée de feuilles de pandanus, est séparée en deux. A l’entrée, femmes et enfants évoluent près du feu et ses pierres rougies où cuit un grand laplap (équivalent du four polynésien). Au fond, l’espace est réservé aux hommes et aux invités que nous sommes : s’y préparent 2 types de kava. Les racines ne sont non pas broyées mécaniquement comme d’ordinaire, mais écrasées au caillou, ce qui donne un jus plus fort.
Le 1er kava, normal, est servi pour les hommes qui se présentent par 3 ou 4 pour boire selon un ordre bien établi ; Lili est autorisée à en prendre, autant de fois qu’elle veut (mais 2 ça ira, merci). Le 2ème kava est celui du chef, issu de son champ dédié pour les rites. Seul son acolyte et lui en boivent, et pour l’occasion Pierre. Jusqu’alors le captain n’avait pas tellement ressenti l’effet du kava, mais pour le coup celui-ci le retourne sévèrement, et toute la journée du lendemain se passe en mode brumeux/engourdi. La fumée qui pénètre les narines, les yeux, la peau (et les fringues), l’ambiance feutrée où même les enfants s’astreignent à chuchoter, la pénombre, la terre sous les pieds, ce breuvage couleur de terre, à l’entêtante odeur de poivre, les divers raclements de gorge… le temps s’enfuit, Lucas tombe endormi, et tout d’un coup il nous faut partir, avec quelques tubercules cuits dans un panier. Sensation d’avoir entrouvert une porte… juste entrouvert.
Maewo, Ambae : nous égrenons le chapelet d’iles du Sud u Nord, de villages anglophones en villages francophones. C’est surprenant de parler Anglais dans tel endroit, tandis que 10 min plus loin on change de village et le Français est de mise. On avait peur à Ambae de trouver des villages fantômes, car l’ile a entièrement été évacuée en 2017 ou 2018 (11000 personnes) pour cause d’éruption volcanique. Les longs mois passés dans les iles voisines ont visiblement été durs mais la vie reprend courageusement son cours. On tape la discute avec un habitant des Banks, tanqué là depuis 2 semaines : le bateau qui devait le ramener chez lui est tombé en panne, les pièces n’arrivent pas… il n’a plus de sous mais le sourire, et heureusement « ici on ne va pas te laisser mourir de faim ».
Nous sommes frappés par le contraste entre notre perception du nécessaire et du superflu, du basique et du confortable, et celle des Vanuatais rencontrés. Dans les cases où l’on cuisine au feu de bois (pas de bouteille de gaz) et où l’on dort sur une natte de feuilles, le nombre d’objets manufacturés est très restreint : ce qui provient de Vanille semble exotique, on donne ou troque donc à tour de bras. Même l’ouverture d’un vulgaire paquet de biscuits à l’huile de palme pour un café à bord provoque des exclamations étouffées de nos visiteurs (genre, waouh trop bien…). Ce dénuement relatif n’empêche toutefois pas les sourires de fleurir sur les visages ; n’est-ce pas le trop d’avoir qui rend malheureux ? 

Avec l’arrivée sur Espiritu Santo, on découvre Luganville, la 2ème ville du pays –ça ne va pas plus loin, il n’y en a pas d’autre à part la capitale Port Vila. Le puce souhaite « des glaces et des steak », voilà donc comment notre ordinaire est agrémenté : ce serait trop bête de passer à côté de l’excellent bœuf local. On check également le snorkeling à Million dollar point, où plein de matériel de guerre américain (jeeps, tanks) a été déversé à 15m de la plage à la fin de la 2ème guerre mondiale. Maintenant, il est colonisé par les coraux et des bancs de poissons pas farouches virevoltent autour. On plonge sur l’incontournable épave du SS President Coolidge, bateau de croisière US de 200m de long réquisitionné par l’armée américaine, qui a bêtement sauté sur une de leurs propres mines. Il repose tranquillement entre 20 et 70m de fond. De nuit, la cale 2 visitée dans l’obscurité la plus complète est envahie par un magma mouvant de petits poissons fluorescents : spectacle fascinant.
Les yeux rivés sur les prévisions météo, le captain guette la fenêtre favorable pour traverser vers la Calédonie, où on resterait au moins pour la saison cyclonique. Lili y prospectera pour un job, Pierre qui a signé pour une 3ème année de dispo (oui, déjà 2 ans qu’on est parti) compte se remettre au sport (ou plutôt aux sports), et Lucas devrait reprendre le chemin de l’école.
Allez jeter un œil au nouvel album photo !

1 commentaire:

  1. Merci de nous faire si bien partager vos découvertes. Vous êtes beaux ! Bon courage, Lili, pour le travail. mes prières t'accompagnent. Bises.

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