jeudi 26 septembre 2019

Dans le dédale des iles Lau, Fidji

Bula ! Après notre séjour à Savusavu, une fenêtre météo s’ouvre enfin avec du vent de Sud pour retourner vers l’Est (contre les vents dominants), et aller explorer l’archipel des Lau, des iles longtemps restées inaccessibles (ouvertes aux voiliers de passage depuis 2012 seulement ; en effet, pas vu trace d’un seul touriste ordinaire) et considérées par certains comme les joyaux du Pacifique : alléchant programme !

Nav de nuit agréable pour se rendre à Vanua Balavu. Fscchhh… tiens, une grosse averse ? Non, pas une goutte, mais le bateau est au milieu d’une nappe claire, et à quelques encablures le bleu sombre de l’océan !? … Fschhh… regard inquiet au sondeur, il y a bien du fond. Tilt, nous sommes au milieu d’un très large amas de pierres ponces qui proviennent d’un volcan sous-marin situé entre les Tonga et les Fidji et qui bruissent maintenant gentiment le long des flancs de Vanille. Autre particularité de cette nav, nous retraversons la longitude du 180° (ouest à gauche, est à droite), mais pour les concepteurs des cartes marines (ou terrestres d’ailleurs) la Terre est plate, et à un moment s’arrête à droite : les logiciels buggent un peu, nous indiquant de faire le tour du globe par l’autre côté !


Très beau mouillage entre les formations coralliennes surélevées à Batavu harbour, en compagnie de Libertaire, et en haut de la colline, point de vue splendide sur Bay of islands de l’aute côté de l’ile. Puis cap au Sud où nous réalisons notre 1er sevusevu au village de Susui. Après avoir été conduits à la case du chef, ayant bien pris soin de couvrir nos jambes et bras (surtout les femmes), ôté nos lunettes de soleil et chapeaux, nous présentons nos racines de kava qui sont examinées puis acceptées, et nous faisons dorénavant partie du village. 

A Fulaga comme à Matuku, on nous octroie une famille d’accueil : dans le village -quelques dizaines de foyers, chacun aura ainsi selon son tour le privilège de recevoir chez lui des Kaipalangi (blancs). Fruits à volonté, noix de coco vertes jusqu’à plus soif, de belles pièces d’artisanat en bois… les Mélanésiens rivalisent de générosité avec les Polynésiens. On va pêcher ensemble ou crapahuter dans les hauteurs, on nous sert du thé et des biscuits à toute heure, on regarde même Fidji-Australie sur l’unique télé du village à l’occasion de la coupe du monde de Rugby ; c’est tentant de ‘rester un mois ou un an’ comme nous y avons été invités.
Le dimanche, après la messe obligatoire (la plupart des Lau sont Méthodistes) où les performances des choristes chantant a capella en polyphonie varient du criard et dissonant (faux, disons-le) au doux, puissant et harmonieux, nous partageons de succulents repas à la mode des fidjienne. Au sol, sur un tapis de feuilles de pandanus tressées, sont disposés des produits locaux essentiellement, préparés avec soin : tubercules divers (taro, manioc, patate douce) cuits de bon matin au four dans la terre, poisson, crabe, aubergines ou légumes verts accommodés au curry et/ ou au lait de coco. Apporter un gâteau au chocolat ou un far breton fait toujours le meilleur effet.
Fulaga, ancienne ile volcanique en forme de fer à cheval (jetez un œil sur la carte satellite de Google maps) parsemée de ses nombreux et étonnants ilots coralliens en forme de champignon, mérite bien son surnom de perle des Lau ; nous lui décernons en sus la palme de la plus belle passe à admirer en masque tuba quant à l’abondance et la diversité des coraux, sis à 8-10 m max de profondeur. C’est fin et ciselé, ou ventru, en forme de batavia géante, de minuscules sapins ou semblable à des serviettes éponges moelleuses ; c’est comme si nous circulions dans un magasin de gigantesques pâtisseries aux glaçages sucrés multicolores. Lucas, qui aura 5 ans dans 2 mois, attendait ce spot spectaculaire pour daigner mettre un masque et regarder sous l’eau : enfin, pas trop tôt !! Entrainés comme sur un tapis roulant par le courant entrant, la 1ère appréhension passée (« ahh ! j’ai froid ! » c’est vrai que l’eau est à 24° et ça fait un choc après les 32° de Wallis, en plein hiver austral), dès la 1ère immersion ce ne sont que cris de joie et exclamations. « Oooh ! un banc de chirurgiens ! J’ai vu des coraux en forme de forêt ! » etc. 
Encore une fois un peu tristes de devoir partir et laisser derrière nous Alfred, Ma,Tema, Finau pour ne citer qu’eux, mais plein d’iles nous attendent, notamment au Vanuatu, sur la route pour la Nouvelle-Calédonie… Vinaka et sotatale les amis, Merci et à une prochaine fois ! Plein de belles images vous attendent dans l'onglet photos.

mercredi 25 septembre 2019

Wallis et Fidji : on quitte la Polynésie pour la Mélanésie

Qui aurait parié qu’un jour Vanille irait à Wallis, dernier territoire ultramarin perdu on ne sait même pas où ? Pas nous, mais puisqu’il y a 7 ans nous avions traversé ce bout de Pacifique par la route Sud (Palmerston aux Cook, Niue, Tonga), Wallis méritait bien un petit crochet dans le circuit Nord (Suwarow manqué aux Cook, Samoa, Wallis donc et Fidji).
Lagon de Wallis- Photo du drone de Libertaire
Un très beau lagon pour moins de 10000 âmes, qui reçoit chaque année… 70 visiteurs, voiliers inclus. Par une chouette coincidence de timing, nous retrouvons l’espace d’une journée toutes les familles des copains de bateau Libertaire, Ambrym, Mektoub : avec Vanille cela fait 16 personnes soit plus du 1/5e de l’effectif annuel moyen. Nous fêtons dignement ces retrouvailles autour d’un barbec où s’entassent les poissons du lagon. Comme ce sont les vacances scolaires, on envoie les puces au stage du club de voile ; on profite du kite et des virées en kayak à l’étonnant trou bleu, tombant circulaire au milieu du lagon bordé de très belles structures coralliennes. Nous explorons sommairement l’ile, en stop ou gentiment guidés par Pierre, un papalani (blanc métropolitain) qui partage avec nous sa vision et son expérience de ce territoire surprenant et contrasté. Le pouvoir à Wallis est en effet partagé entre le roi (tête de la chefferie coutumière), l'église catholique (qui a en charge toute l’éducation du niveau primaire) et l'État français (représenté par un préfet).
Nous passerons au large de Futuna sans pouvoir s’y arrêter, le mouillage étant trop mauvais au regard de la météo. Après 3 jours et 3 nuits de nav, de conserve avec Libertaire, nous touchons Savusavu aux Fidji. Ambiance sympa et douceur de vivre dans cette petite bourgade de 4000 habitants, où il y a une grande proportion de Fidjiens d’origine indienne. L’un d’eux nous demande d’où nous sommes. « La France ? Est-ce que c’est à côté de la Chine ? » D’un autre côté, les Fidjiens autochtones (mélanésiens), au taquet en matière de rugby, connaissent Toulon pour le RCT (ce qui n’empêche pas que Toulon puisse être à côté de Pékin).
Semaine tout confort puisque nous sommes amarrés à la bouée du yacht club avec douche chaude (assez extra-ordinaire pour être mentionné), 3G comme jamais, et que d’un saut les gourmands que vous avez reconnus peuvent aller chercher des glaces au magasin, des curry savoureux au coin de la rue et des roti (crêpes indiennes) au marché, où s’étalent fruits et légumes colorés. Nous ne manquons pas d’y faire notre provision de racines de kava (plante aux effets anesthésiants, légèrement euphorisants), sésame pour réaliser le sevusevu (la coutume) dans les villages fidjiens traditionnels que nous comptons visiter. L'album Savusavu est en ligne !