Nous coulons toujours de beaux jours aux Marquises, et nous avons bien eu le temps de faire la tournée des potes. Il y a 7 ans, on n’avait passé « que » 2 mois à parcourir les 6 îles habitées de l’archipel ; aujourd’hui on peut prendre plus de temps, et les habitants rencontrés à l’époque sont toujours là, dans leurs vallées respectives.
Avec Joseph et Rachel, c’est virée pêche à bord de Vanille (à la traine, au fusil et à la palangrotte, tous les moyens sont bons), escapade au faapu (terrain planté ou cultivé) et ramassage, outre les fruits, de graines pour en faire des colliers ; puis initiation au perçage des graines. Les pros savent tenir une graine de 2 mm de diamètre entre pouce et index, et la percer avec une Dremel aux mèches plus que fatiguées ; les débutants que nous sommes sont obligés d’utiliser la technique dite du pamplemousse, pour caler la graine et au pire percer la chair du fruit plutôt que la sienne ! Notre introduction à l’artisanat est complétée, toujours sur Tahuata, à Hapatoni le village des sculpteurs sur os. Chaque ile s’est quelque peu spécialisée : à Fatu Hiva les tapa (écorces de bois tapées longuement avec un bâton de bois pour en faire un genre de parchemin, qui est ensuite peint), Ua Huka le bois, Ua Pou la pierre. Kalino donc nous fait travailler un petit carré d’os de bœuf d’1,5 cm de côté pour en tirer une magnifique croix marquisienne !
A Hiva Oa, tandis que Lucas gagne en autonomie en prenant le truck pour aller à l’école (accompagné néanmoins de ses acolytes Errel et Coline), les parents ont prévu une sortie à cheval de 3h avec Jérémie. Volubile, il nous explique qu’il capture des chevaux sauvages en brousse et les dresse, que la nuit il chasse le cochon (sauvage évidemment) ou est employé pour aller à la pêche au thon ; il nous emmène voir le ‘Tiki souriant’ et nous raconte la légende du cochon. Son maitre, originaire d’Hiva Oa, se fait capturer à Ua Pou et va se retrouver dans la casserole (les habitants ont faim) ; mais il appelle son cochon, resté à Hiva Oa. Celui-ci entend, prend son élan (on peut voir son empreinte restée imprimée dans la roche dans les environs de Puamau), et arrive à Ua Pou, avec tout une myriade de poissons, thons, mahi mahi accrochés à ses flancs : de quoi satisfaire la population. Et on peut voir à Ua Pou, sur les rochers de la plage, les galets ayant servi pour le four qui restent encore huileux, témoins du festin… Avec Jérémie, c’est théâtre grandeur nature, puisqu’il exécute non sans fierté la danse du cochon, accompagnée de bruits sourds et autres grondements, devant son public ravi (les copains Balanec, le Tiki souriant et nous). On finit par se rendre compte que 7 ans auparavant, Jérémie était avec nous lors de l’inoubliable randonnée avec les habitants de Hanaiapa pour rallier Puamau en 2 jours avec bivouac marquisien et tout (voir Ici, article Hiva oa). Les gens de Hanaiapa qu’on a retrouvé d’ailleurs lors du mariage de Pierre et Bruna (cf article précdent). On finit la balade à cheval 5h après (3h ou 5h, quelle différence ?). Droite, gauche, la voie est libre, allez on fonce à brise abattue dans la ville, passant au galop devant la gendarmerie, yeeeeha !
On rejoint le groupe des iles du Nord à Ua Huka, après une nav de nuit. Mission, retrouver Isabelle, Nestor et Dolina qui nous avaient si bien accueillis naguère. Un peu trop facile : dans la 1ère voiture qui nous prend en stop, quelqu’un est de la famille, ils nous indiquent qu’Isabelle est sur Tahiti et nous déposent donc devant le portail de Dolina! Retrouvailles, allez on va grignoter un peu, des œufs de kaveka (sternes) au bout goût iodé qu’on ne trouve que sur un motu de l’ile (interdits à la vente, mais qu’on a le droit de donner !). On repart avec notre sac cabas qui, de vide, se retrouve plein de belles grosses mangues. On fait à nouveau du stop pour rentrer ; quelqu’un s’arrête, « en principe je tourne ici, mais je vous emmène quand même à Hane (soit 20 min de détour) ». Et nous : « Nestor ??: » C’est bien le maire d’il y a 7 ans, encore maire actuellement. Il nous emmène le lendemain en expédition en 4x4 au cœur et dans les hauteurs de l’ile.
Points de vue imprenables sur la côte sud de l’ile, très découpée, assez aride et minérale (Ua Huka est l’ile marquisienne la moins haute et la moins arrosée par les pluies). Alentour en altitude, les montagnes sont recouvertes d’une forêt aux mille tons verts ; au loin se trouve le grand cratère, où les roches rouges feu érodées depuis des temps immémoriaux dessinent maintenant des collines aux formes rondes et amollies qui étendent leurs pentes douces ou leurs pans de falaise arrachés jusqu’à la mer ; le bleu profond de l’océan remplit l’espace restant.
Arrêt obligatoire au faapu : 5 régimes de banane sont décrochés, 10 kg de mangues récoltés, bim ! Des sacs débordants de pamplemousses et citrons nous attendent également. Allez, débrouillez-vous maintenant pour rapporter tout ça au bateau… en kayak. Déjà qu’on s’est fait renverser par la houle au débarquement, ça va être sport pour l’embarquement !
Pierre réussit à refourguer un régime à chacun des bateaux au mouillage. On utilise tous les pots en verre disponibles sur le bateau pour faire des confitures et des mangues au sirop, et à terme des bananes séchées. Mais vient un moment où il faut faire quelque chose pour arrêter cette corne d’abondance intarissable : nous sommes obligés de refuser les fruits offerts – ou alors on n’en prend que 2, pour faire plaisir et ne pas froisser.
A venir, notre séjour à la capitale sur Ua Huka, et Ua Pou où nous nous dirigeons demain, ainsi que d’autres photos (un album Tahuata a été créé). Apae (= à plus !)





Trop beau ces montagnes rouges, ça fait lunaire. Ça doit être bien la surprise ces retrouvailles ! Biz
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