Samedi 23 Mars 15h30, on pose la pioche devant le village de Ahé. La visibilité est encore bonne pour trouver un patch de sable parmi les patates de corail. On saute avec délices dans l’eau turquoise, contents de retrouver une couleur un peu plus décente que les eaux turbides des Marquises !
Le week-end n’est pas terminé, qu’on s’est déjà fait offrir du taiero (chair de coco rapée marinée avec des bernard l’ermite spécifiquement violets + poisson cru) par la mamie qui, en principe, en vend. Pef a rencontré Eria qui lui propose une partie de « passe-temps », ou chasse sous-marine : autrement dit, ils vont ensemble pupuhi. Kito, Parei, Apei, les poissons s’accumulent dans la caisse que les pêcheurs trainent derrière eux – pour ne pas se faire happer leur butin par les requins. Eria montre comment prélever les bénitiers : il faut viser précisément le pito (mot-à-mot, nombril), au milieu du bivalve. Après avoir été vidés, ils se retrouvent directement dans notre assiette, ultra frais, crus et assaisonnés d’un filet de citron : c’est d’une finesse, d’une fraicheur !
Nous allons passer un bon moment à la ferme perlière du motu Kamoka, auprès de Patrick et consorts. Patrick est un popa’a (Blanc), arrivé ici il y a 25 ans, et devinez comment ? Sur Joshua, le célèbre bateau (hommage à Joshua Slocum, 1er circumnavigateur solo) du non moins célèbre Bernard Moitessier. En fait Moitessier est venu à Ahé quelques années, grâce à Patrick (20 ans de moins que lui) ; pour + de détails voir l'article "Ahé et l'Alliance" sur le blog de nos copains, Balanec Atao.
Patrick est un personnage : 76 ans, grosse touffe de cheveux blancs en chignon, ce papi en pleine forme fait 30 min d’aquagym tous les matins, mange une bonne assiette de légumes au petit dèj accompagnée d’un bol de citronnade au miel bio de son motu ; au déjeuner, salade de crudités avec poisson -pêché sous sa maison flottante ou à la passe, et pas de diner pas le soir.
Ce Géo Trouvetout dans son genre nous parle du refroidissement imminent et soudain de la Terre, il a un catamaran à voile rigide (!) posé dans son arrière-cour (sur le platier de corail), dont il a enlevé les moteurs à explosion pour les remplacer (un jour…) par des moteurs à mouvement perpétuel obtenu à l’aide d’aimants. Il accueille dans sa ferme perlière des woofers (travailleurs bénévoles, logés et nourris), du genre vegan ou hippie sur les bords, enfin de ce qu’on en a vu… ainsi que les voiliers de passage. Ambiance auberge de jeunesse, travail avec le sourire au son du reggae, ça va surfer ou pêcher après la journée de boulot. On partage de bons repas conviviaux, où l’on déguste même du Napoléon (oui, la trop belle bête… mais elle était déjà tuée) et du mérou céleste. Malgré ces bien beaux noms et cette bien bonne chair, ce sont 2 espèces réputées à risque pour la ciguaterra (la gratte) ; on fait néanmoins confiance aux habitués, et les repas sont digérés sans symptômes suspects.
On rencontre le fiston Josh (tiens tiens, ce nom), 48 ans. Il vient ponctuellement depuis les USA pour la récolte, et la greffe des perles qu’il réalise lui-même. On remet de bonne grâce la main à la pâte (gluante), pour extraire les keshi des huitres perlières (perles avortées qui ont donné des concrétions +/- grosses de nacre pure), prélever les korori (pied du mollusque, délicieux en carpaccio ou pané, cf nos recettes des Gambier), raccrocher les bivalves surgreffés sur des lignes en vue de leur remise à l’eau, etc. Il n’y a pas de sous-tâche, mais la palme de la plus reloue revient à celle qui consiste à taper avec un bâton sur les paniers en plastique contenant les nacres, afin d’en décrocher les petits coquillages indésirables… ampoules garanties. A Kamoka, la pénible besogne du nettoyage extérieur des nacres, habituellement réalisée au karcher tous les 2 mois, est heureusement confiée aux poissons ! Les fameux paniers en plastique, dispersés méthodiquement dans la zone de concession maritime, sont simplement déplacés près de la ferme, sise sur une grosse patate de corail, et les perroquets et autres petits mangeurs qui y grouillent viennent brouter les précieuses coquilles.
Le 5 avril, nous hissons les voiles et mettons le cap plein sud pour Apataki. Au Sud Est près du chantier de carénage, un décor comme on les aime : eau transparente, palette infinie des bleus et verts du lagon, motus où ondoient et verdoient les cocotiers, langues de sable que nous sommes les 1ers à fouler (ou du moins pourrait-on le croire). Le vaste, l’immense ciel, où bourgeonnent les nuages, où défilent les grains, où scintillent les étoiles, renvoie les éléments de cette carte postale à leur finitude, et nous fait sentir tout petits.
L’anémo affiche 18 nœuds. Il est 7h34, le kite est déjà gréé, c’est parti pour une pure session ! Lucas, agrippé aux cuisses de son papa, prend confiance, et kiffe carrément. Il s’époumone pour se faire entendre de sa maman : « C’est trop cooool ! ». Et puis, « papa, on fait encore un saut ? ». Après un ride d’un bon quart d’heure et une dizaine de jumps, les abdos de Pef sont fiu d’avoir levé 17kg supplémentaires ; le puce, bien rincé, ne demande pas son reste. Au tour de maman…
Quand il n’y a plus de vent et que le lagon se transforme en miroir, le Captain retourne pupuhi. Ca progresse sérieusement, comme l’atteste la dernière session. 1ère apnée, Bim un tatii. 2ème apnée, 2ème tatii, 3ème et 4ème apnée, encore des prises ! « Tu veux quoi maintenant chérie ? » 20 minutes plus tard et 6 poissons au compteur, Lili temporise : « euh ça va être bon maintenant ! ». Le chasseur raconte presque avec passion ses aventures sous-marines. « Pour le paaihere manini (carangue d’or), j’allais remonter quand j’en ai vu 2 belles grosses arriver ; fallait pas bouger ; attendre que, curieuses, elles viennent me voir. Faire genre de ne pas les regarder. Et là, quand elles sentent qu’il y a un truc louche et qu’elles commencent à faire demi-tour, présentant leur côté, BIM ! Par contre je n’avais plus d’air, je commence à remonter mais la carangue me tire vers le bas, je palme comme un fou, je suffoque, ouf la surface ! Et vite la caisse avant que les requins ne rappliquent ! ».
Bref, encore un séjour dont on savoure les jours (et le poisson quotidien). On se dirige bientôt sur Tahiti pour stocker le bateau et rentrer pour 2 mois en France… on a tellement besoin d’un peu de vacances ! (et, bien sûr, de revoir nos familles chéries).
Les 2 derniers album photos des Marquises sont en ligne, pour celui d'Ahé / Apataki faudra attendre une meilleure connexion !





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