mercredi 26 décembre 2018

Gagner les Marquises depuis les Tuamotu : mission accomplie !

Pour passer la saison cyclonique bien à l’abri, nous avons choisi d’aller aux Marquises, archipel situé hors de la trajectoire des cyclones. Le tout est de réussir à remonter au vent, puisque les Marquises sont au Nord Est des Tuamotu et que les vents dominants en cette période sont aussi de secteur Nord Est. En gros, on attend des vents de Nord pour aller vers l’Est (étape 1), puis des vents d’Est pour aller vers le Nord (étape 2).

Hanavave, Fatu Hiva
1ère étape le 8 Décembre, Fakarava - Amanu, un atoll à mi chemin sur la route des Gambier. 300 milles à parcourir, le vent est plutôt faible mais c’est tant mieux pour faire du près. Or environ 2 heures après être sorti de Fakarava, BOUM, oh oh il s’est passé quelque chose dehors. Mince, la bôme est tombée ! (grande poutre horizontale sur laquelle repose la grand voile). L’axe du vit de mulet (pièce qui fixe la bôme au mât) a pété. Gardons notre sang-froid, il s’agit juste de réassembler les 2 morceaux de la pièce et passer une nouvelle tige inox dedans, un enfant de 2 ans pourrait le faire… sauf que là, y’a quelques centaines de kilos à déplacer avec la bôme et le poids de la voile, et même si la houle n’est pas si grosse, ça bouge dans tous les sens. Le courageux Lucas a d’ailleurs le mal de mer et se rend vaillamment tout seul jusqu’à l’évier, prend son petit tabouret et se penche pour vomir, personne n’étant dispo pour s’occuper de lui. Heureusement après 2h de boulot (hisse un peu la drisse.. vas-y soulève l’arrière de la bôme.. du mou dans la balancine.. fais levier avec ce gros bout de bois –le genre de truc « inutile » que tu entasses sur le bateau mais qui là sauve la mise !) victoire c’est réparé, on est (re)parti pour 3 jours de nav quasi sans moteur. On se ralentit pour arriver à la bonne heure à l’entrée de la passe d’Amanu, étroite et pas bien calée au niveau cartographique. Les vagues du spot de surf déroulent sur la gauche, celles de droite s’écrasent avec fracas sur le platier, la houle soulève de même Vanille mais nous entrons sans encombre. On nous indique par VHF qu’on peut rentrer dans la petite darse du village. Ca a l’air de passer ric rac, on tente ; l’ouverture dans le corail laisse 1,5m de marge à bâbord et aussi peu à tribord, avec 1,8m de fond. Nous y sommes ! Notre séjour dans le charmant petit atoll d’Amanu, 200 habitants, fera l’objet d’un prochain post.

2ème étape, Amanu – Fatu Hiva, l’ile des Marquises la plus au vent (à l’Est), et donc la plus difficile à atteindre. Mais une bonne fenêtre de vent d’Est s’annonce le 20 décembre, nous voilà prêts à avaler encore 450 milles. 6h55, on se fait éjecter de la passe avec un courant sortant de 6 nœuds. 12 nœuds de vent réel dehors pour s’amariner (soit plutôt 17 de vent apparent comme nous sommes au près), puis journée avec pas mal de grains, des refusantes (le vent tourne dans le mauvais sens), des molles, ça repart, ça tape aussi : le bateau se cabre dans les vagues pour retomber en piquant du nez +/- violemment (bim… BAAAM). Le 21 au soir et pendant 36h, bien loin de toute terre ou motu habité, Lili nous fait une grosse éruption cutanée, des plaques de boutons apparaissent sur toutes les parties du corps par vague, comme si les jambes, puis le dos, les bras, etc avaient été roulés dans les orties. Ca gratte malgré les anti histaminiques, on ne sait pas pourquoi c’est arrivé ni comment c’est parti. Entre la pièce qui a cassé et le souci médical, on se rend compte de notre isolement et qu’on n’est que très peu de chose sur le vaste océan…

Mais Vanille continue de tracer sa route, essuie encore un grain, petite pointe de vitesse à 9,5 nœuds. « Zut les lignes de traine se sont emmêlées », « Mais non c’est un poisson ! ». Un joli wahoo rayé (thazard) plus long que Lucas. Miam miam les bons sashimi, vindaye et compagnie en perspective (Lili attendra un peu car ses boutons l’ont rendue méfiante sur tout ce qu’elle ingurgite). Pef a juste le temps de prélever les filets, hop on met tout ça dans des tupperware, gros coups de seau d’eau dans le cockpit pour laver le chantier, c’est vite plié et ça tombe bien car un autre grain nous arrive dessus !

On serre le vent, qui a forci, jusqu’à la fin. Avec notre cata on marche à 65° du vent réel, c’est le mieux qu’on puisse faire, en dessous on perd de la vitesse et on dérive plus qu’autre chose. La dernière nuit avec 25 nœuds au près, 2 ris dans la grand voile et génois en partie roulé, le Captain n’arrive pas à fermer l’œil car à chaque grosse vague, BAAAM, il souffre pour son bateau. Notre admirable puce, dans la cabine avant (l’endroit où les sensations « rodéo » sont à leur maximum), est en lévitation par intermittence mais dort -enfin on imagine- sans broncher. Il sort juste à un moment faire pipi et retourne sagement d’où il vient sous le regard ébahi de sa maman qui est de quart.

Et le 24 décembre à 10h, en cette veille de Noël nous affalons les voiles peu avant l’entrée de l’extraordinaire et splendide baie des vierges à Fatu Hiva, reconnaissants pour cette navigation un peu ardue mais qui nous donne le sentiment d’avoir en quelque sorte « mérité » cet endroit qui ressemble au paradis ! Après ces derniers temps de « disette » aux Tuamotu et en nav concernant les produits frais, sitôt avoir mis pied à terre, on reçoit avec gratitude les pamplemousses, mangues, bananes, avocats, papayes et citrons que les habitants ne manquent pas de faire pleuvoir sur nous. Kaoha nui les Marquises !

vendredi 7 décembre 2018

Scotchés à Fakarava


Voilà donc un moment qu’on tourne et vire dans ou aux proches alentours de Fakarava, un des atolls les plus grands de Polynésie française (30 milles de long et 12 de large), et un des plus peuplés : 850 âmes. Quoi de neuf sous le soleil ? De la chaleur qu’on trouverait presque incommodante ; mais l’école est juste en face du quai où l’on débarque : 2 bonnes raisons pour continuer sur notre monomanie du moment, plonger !

Un petit coup à la Passe Nord, pour une dérivante courant entrant qui nous emporte dans une valse, que dis-je un tourbillon de requins gris. Bras tendus vers l’arrière, il ne nous manque plus que la cape, on vole comme des super héros par-dessus les canyons tapissés de coraux. En fin de plongée, on descend dans l’un d’eux, baptisé Ali baba, pour se mettre à l’abri du courant et recouvrer le calme. On entre au ralenti dans des nuées de perches pagaies et de mata’ana’ana immobiles, elles sont si denses qu’on ne voit pas au travers… difficile de communiquer à la monitrice la pression d’air qu’il nous reste ou le ‘no deco time’, oui dur dur…

Changement d’ambiance en plongée nocturne à la Passe Sud. Autant les requins gris, de jour, effectuent leurs rondes tranquillement et en ignorant superbement les plongeurs, autant de nuit, ils sont à 200% en mode chasse, circulent comme en accéléré et te frôlent ainsi par mégarde. Des flots incessants chargés de requins se déversent et tournoient autour de nous, sous nos pieds et sur nos têtes en un ballet infernal. L’un des bestiau débusque-t-il un malheureux poisson caché dans le récif, c’est la ruée pour tenter d’arracher un bout de chair, une cohue folle qui dure quelques secondes, et les requins surexcités attendent avec impatience la prochaine mêlée qui s’annonce frénétique. Encore ébahis par ce spectacle saisissant, hors du temps (40 minutes qui semblent avoir duré 2 minutes ou 2heures), on remonte doucement en surface et on éteint les lampes. Pas une ride sur l’eau, pas un bruit, la lune ronde nous baigne de sa lumière irréelle. Fantastique.

Rassasiés de plongée, avec en tête de belles images pour au moins quelques années, on part explorer le lagon. Certes on ne boude toujours pas le snorkeling, mais le drone de JP nous offre un changement de perspective et des vues aériennes extraordinaires. La chasse est plutôt bonne également, si l’on prend garde de remonter le poisson avant que les requins ne rappliquent. Tati, parei’i, ihi, perroquets à bosse, nasons, mérou marbré… le captain prend soin de varier les matières premières. La seconde peaufine ses recettes et réalise avec succès des hume tare sauce vanille (la moindre des choses en fin de compte, vu le nom du bateau). L’atoll voisin de Faaite nous ravit également pour sa beauté, un accueil chaleureux et un spot de snorkeling/chasse des plus fournis. La routine quoi.

Après 4 mois d’apéros sans Balanec, on retrouve enfin les copains à Hirifa, pour fêter un quadruple anniversaire : celui du captain et du mousse de Vanille (nés à 1j d’écart), celui de Noémie du bateau Appel d’air, et de Scott de Zumovia. A 6 ans, Noémie reçoit un coffret clés et embouts multifonction (son père en a marre qu’elle lui pique son matos de bricolage) et à 11 ans, Scott a droit à un fusil de chasse sous marine en cadeau… classe ! Pour passer le temps, on alterne slackline sur la plage, kite (voire tentative de foil pour Pef) ou happycat (petit catamaran gonflable bien fun que Zumovia a mis à disposition des copains). Pour prolonger les festivités/faire plus ample connaissance, on invite tout le mouillage pour des apéros dinatoires sur Vanille. 4 ou 5 bateaux, 15 et 18 personnes à bord dont plein de marmailles, ça passe bien sûr !
Les Duyck bien excités

Allez voir les super photos de drone, de plongée etc ; on attend que le vent tourne pour pouvoir regagner les Marquises via 1 ou 2 atolls + à l’Est sur la route.