vendredi 23 août 2019

Cook frôlées, Samoa gagnées

Malo ! Il ne s’agit pas de la ville bretonne du Saint, fief de Surcouf, mais bien du « bonjour » qui est de mise aux Samoa, ainsi qu’à Wallis où nous sommes actuellement.

Nous étions en mer lors du post précédent, en route vers Suwarrow dans les iles Cook. Ce n’est qu’au beau milieu de la 5ème nuit de navigation que nous arrivons aux portes de l’atoll ; les feux de tête de mât des voiliers copains nous font de l’œil, mais nous n’allons pas nous risquer à traverser la passe ni à mouiller dans le corail de nuit. Pas envie de poireauter non plus jusqu’au lever du jour. Encore un empannage, et nous entrons dans les GPS notre nouvelle destination : Apia aux Samoa, soit 500 milles à courir. Encore 4 jours de mer, avec des prévisions météo favorables.

Favorables, dans une certaine mesure car pendant les 8 jours qu’aura duré la traversée, on a constamment le vent pile dans le dos. C’est moins pire que pile de face, mais le bateau ne descend qu’à 150° du vent (et non 180) et notre trajectoire fait donc des zig et des zag. Autrement dit, en mode ski : on slalome au lieu de faire du tout schuss ! Pour réaliser un meilleur cap, on essaie bien de sortir notre nouveau spi d’occase, mais 10 minutes ne sont pas écoulées qu’il craque sur quelques dizaines de cm. On réalise qu’en termes d’angle au vent, notre choix de rallier les Gambier plutôt que les Marquises depuis les Galapagos avait été judicieux. 18 jours ‘tout droit’ c’est bien assez, on s’est épargné les zigzag. Le capitaine en tire toutefois des enseignements et songe à l’équipement de son prochain bateau : « pour le vent arrière, il me faut un gennaker (grande voile d’avant légère et enroulable facilement) ou un parasailor (spi à caissons, aisément maniable), ainsi qu’un bon radar pour voir venir arriver les grains de nuit – et réduire la toile en conséquence ». Pour l’heure, pas de radar, pas de spi, un petit génois ; soyons patients (et un bisou par empannage ou prise de ris, ça aide à rester de bonne humeur).

Il y a 2 Samoa, à l’Est les iles sous administration américaine, à l’Ouest les indépendantes, là où l’on va. On prend soin non seulement de changer d’heure car nous avançons toujours plus à l’Ouest, mais aussi de jour, puisque nous franchissons la ligne de changement de date. Contrairement au Philéas Fogg de Jules Verne, nous sautons un jour. Le 8 aout n’a jamais existé pour nous, on est passé direct au 9. 

On trouve aux Samoa un excellent accueil de la part des habitants ; c’est bel et bien encore la Polynésie. Où ailleurs ferait-on demi tour pour te prendre en stop, roulerait-on 20 minutes de plus, et t’inviterait-on à déjeuner le lendemain ?  Apia est une ville qui ne paie pas de mine mais fière de sa culture, avec plein de services, des marchés colorés et vivants, une gare routière grouillante. On s’y régale de uru et taro cuits au four samoan (similaire au four polynésien mais hors sol), de chow pow (banh bao disent les Viet, brioches fourrées à la viande cuites à la vapeur) et de palusami : bourses de jeunes feuilles de taro contenant lait de coco bien crémeux et oignons. L’ile montagneuse d’Upolu nous offre un visage très verdoyant, arrosé de nombreuses rivières et cascades, peu dense, où sont dispersés quantité de fale (prononcer falé, grande hutte) où se tiennent les conseils des villages.

On serait (comme d’habitude) bien resté un peu plus longtemps, mais la météo nous pousse à lever les voiles pour Wallis. On a rajouté des photos dans l’album Iles sous le Vent, mis celles de Mopélia et celles des Samoa arrivent !

samedi 3 août 2019

Mopelia, dernière petite perle de Polynésie française

A Maupiti, après avoir profité du Heiva, de notre spot de kite préféré de Polynésie, et joué avec les 8 autres enfants du mouillage, nous exprimons notre intention de nous rendre à Mopelia, ou Maupihaa. C'est le dernier atoll habité (par 20 personnes) à l'Ouest de la Polynésie française, confetti perdu où une goélette passe une fois l'an ravitailler le motu et récupérer le coprah. Autant dire qu'un voilier en partance, c'est une aubaine pour passagers et marchandises ! Le jour du départ, on accueille ainsi Mana et Maureen à bord, avec Hitoti 6 ans (parfait, un petit copain pour Lucas), et un tas de colis hétéroclites : une débroussailleuse, 3 bouteilles de gaz, 2 panneaux solaires, 50 kg de farine, 25 de sucre, du poulet congelé, un tas de baguettes de pain, des glacières, des plaques de sauce tomate en boite, 3 régimes de banane… il y en a un pour nous, accompagné d'un joli assortiment d'autres fruits.

La fenêtre météo est choisie, départ le 18 juillet : du vent pour traverser à la voile, bien orienté et peu de houle car Maupiti et Mopelia ont des passes parmi les plus dures à franchir de Polynésie. Nos passagers, qui mettent les pieds pour la 1ère fois sur un voilier, sont ravis. « Le cata, c'est top ! - Vous êtes malades en mer ? Non non ». Ils sont habitués à traverser en speed boat en 5 ou 6h, nous en mettrons 18. Toutefois, avec la nuit arrive le mal de mer : nos matelots d'un jour se recroquevillent dehors sur les coussins du cockpit et ne bougent que pour remplir les seaux mis à disposition ! Bien vaillant et endurant, le petit Hitoti ne bronche pas plus que ses parents. Une fois la passe de Mopelia embouquée et les eaux calmes du lagon gagnées, tout le monde revit. On fait la tournée du père Noël pour livrer nos colis, et recevons en retour des invitations à partager les repas de 4 familles.

Notre 1er repas de bienvenue a lieu le samedi, chez Teraitua le frère de Mana. Nous avons d'ores et déjà été conviés le soir même de notre arrivée vendredi, pour un barbec de poulet et ribs (mets plus que rares dans l'atoll). Sur la plage de sable blanc, à côté de la case en tôle, la table est dressée avec vue sur le lagon turquoise, et 3 cocos vertes à boire nous attendent. Un véritable festin a été préparé, c'est bien Noël avant l'heure :

Kaveu (crabe de cocotier) au curry lait de coco
Salade de poisson cru - citrouille
Poulet croustillant sauce citron
Brochettes fondantes de va'u (thon dents de chien)
Pahua (bénitier) au curry lait de coco, accompagné de ipo (brioche à la coco)
Moelleux citron pavot, notre maigre contribution

Inutile de le préciser, tout est évidemment délicieux. Ce qui est plus surprenant, c'est que nos hôtes grignotent à peine, mais se rattrapent sur le komo (bière faite maison avec de la levure de boulanger et du sucre –d'où les 25 kg). Ils dineront correctement le soir venu. Non seulement nous sommes les seuls à manger plus que de raison, mais en plus nous repartons avec les restes des plats au lait de coco. C'est qu'il n'y a pas de frigo dans l'ile et ce serait dommage de jeter. Voilà le début d'une longue série d'invitations journalières où l'on se régale de tout ce que la mer, le lagon et le motu donnent à profusion : langoustes, kaveu et toetoe (crabes), poissons à foison, firifiri (beignets de coco) au miel du motu et même honu, un mets tabou très convoité, pêché à l'occasion des 18 ans d'Alexandre et dont toute l'ile rassemblée n'a pu venir à bout (on vous laisse trouver ce que c'est) !

Avec des hôtes si prévenants et généreux, malgré la vie simple, réduite à l'essentiel, qu'ils mènent, on se sent vite bien dans cette petite communauté. 100 fois reconnaissants du service rendu, et juste contents de partager ce qu'ils aiment avec des nouveaux venus, les Mopéliens nous abreuvent en permanence d'eau de coco et nous emmènent aux quatre coins de l'atoll pour pupuhi (chasse sous-marine) ou faire du snorkeling, pêcher à la traine (miam les bonnes carangues noires), aller chasser le crabe de cocotier –il y en a tellement qu'on peut y aller de jour et en voir par dizaines. Les ressources sont si nombreuses que pour pêcher les bénitiers, Mana n'a même pas pris la peine d'enfiler un masque, il a juste marché 3m devant chez lui et les a prélevés en plongeant l'avant-bras dans l'eau. L'atoll est du reste magnifique avec un petit lagon dans le lagon au Sud et un très beau spot de kite qui marche par Sud Est. On n'y est pas embêté par la foule. Au Nord Est à 2 pas de chez Marcello, sur le platier côté mer, on rend visite à l'épave de Ratafia, un cotre bien connu dans les eaux polynésiennes puisqu'il y naviguait depuis 40 ans, qui a hélas fini sur le récif il y a moins de 2 mois.

Les copains du bateau Libertaire arrivent, avec leurs 2 petites filles ils doublent le nombre d'enfants dans l'atoll ; eux aussi ont amené un gars de Maupiti (avec son vélo, des cartons de bière etc) et écopent du même sort que nous : passer du temps avec les habitants, partager leur repas (on leur fait plaisir en leur cuisinant un gâteau, ils n'ont pas d'œufs sauf ceux de sternes mais ce n'est pas la saison), repartir avec les restes, … recommencer. On prolonge notre séjour, quitte à zapper une prochaine escale (le temps nous étant compté avec la saison cyclonique) : comment cela pourrait-il être mieux qu'ici ?

Dimanche 4 août 2019 à 00h50 UTC, après 3 nuits de mer, nous sommes à 153 milles de Suwarrow dans les iles Cook, par 12°15 Sud et 160°29 Ouest. A très bientôt ! Vous pouvez nous envoyer des sms sur le téléphone satellite (onglet Textez-nous).