mardi 29 mai 2018

Ecole, ukulélé, cuisine … la routine

L’école Maputea à Rikitea : 1er souvenir sonore lors de l’inscription, « pom popopom pompom », qu’est-ce donc que ces tambours ?
La sonnerie bien sûr ! On est tout de suite mis dans le bain, d’autant que, chance ! la 1ère semaine de Lucas à l’école coïncide avec la Semaine du patrimoine. Thématiques cuisine (je râpe de la coco, je presse un citron), artisanat (je regarde maitresse ou tatie tresser une couronne végétale, déduit-on vu le résultat), danse et jeux polynésiens, et fête de l’école le vendredi pour conclure tout ça. Consigne dans le cartable : les garçons torse nu avec le paréo fait à l’école + « ei upoko » (la couronne).
Petits et grands sont sur leur 31, on est en admiration devant les couronnes savamment confectionnées avec fleurs et feuilles multicolores, qui ornent magnifiquement les têtes. Certains des élèves, du CM1 à 6ème, concourent pour le Tara Tutu, un exercice de déclamation, en l’occurrence d’un poème qui chante la mer et la nature de Mangareva ; impressionnant ! La fête se clôture par le kai tao, le repas cuit dans un grand four polynésien : on a creusé une fosse dans la terre, mis des braises au fond, et par-dessus, protégés dans diverses feuilles de bananiers et autres couvertures, plein de plats succulents à base de viande, fruit à pain, lait de coco, etc, qui ont cuit à l’étouffée pendant des heures.
Dès la semaine suivante, avec les copains de Cékankonvaou, s’organise le covoiturage version bateau : co-annexe, voir co-kayak pour le ramassage des petits, puisqu’il y a un petit quai à côté de l’école. Lucas, qui a l’habitude de prendre son temps pour déjeuner, doit encore s’adapter au rythme de la cantine : « Alors qu’as-tu mangé à midi ? - Du pamplemousse. - C’est bien, et quoi d’autre ? - Ben après, ils ont tout enlevé ! »
On reste bouche bée lorsqu’il revient un jour en récitant en boucle : (les e se prononcent é)
Pataki ena e tito
E kai ke kiko
E, e ….

Kai veut dire manger et kiko, des morceaux (de viande par ex), c’est tout ce qu’on a pu élucider de la chanson pour le moment. Ce n’est certes pas sans rapport avec un des plaisirs quotidiens de tout Mangarévien qui se respecte !



Pendant ce temps, papa et maman en profitent pour explorer les sentiers de randonnée de l’ile ou faire des footing quand ça leur dit, entretenir le bateau (toujours du bricolage, de la prévention, remplacer telle pièce usée…) en prévision des navigations prochaines, qui sont toujours longues dans le Pacifique. En outre, des choses si simples à terre se transforment aisément sur le bateau en mission d’une demi journée : faire une lessive, se procurer de l’essence (il n’y a pas de station dans l’ile), ou pire du gasoil. Pour faire le plein par exemple, il faut déjà attendre le passage du Taporo, le bateau de ravitaillement qui passe toutes les 3 semaines. Il délivre du gasoil par 200L : il faut trouver/louer un fût, et transvaser dans des bidons de 20L, vous voyez le cirque avec les trajets en annexe et tout. On a pris l’option de s’amarrer directement au petit cargo (possible car on a un faible tirant d’eau et pas de vent ce jour-là donc manœuvre aisée), et remplir directement notre cuve avec leur tuyau. Néanmoins l’opération ne laisse pas notre pont immaculé, y’a des gouttes de gasoil partout, allez on se lance dans un grand nettoyage du pont ; on en profite pour blanchir (en essayant divers produits) les jupes qui sont sales/salies en permanence, enlever des traces de latex de banane (si quelqu’un a une solution miracle ?), etc.
Une occupation très chronophage est d’aller sur internet, et c’est tellement une corvée que ça en devient bénéfique : au final on est content d’être déconnecté, les réseaux sociaux n’ont de toute façon jamais été notre fort. Le temps passé devant l’ordi ou le téléphone est consacré à des choses plus satisfaisantes, qu’étonnamment on ne trouvait pas le temps de bien faire.
Lire -on s’enchaine les œuvres de Zweig dernièrement. Méditer –et s’exercer à être plus présent dans chaque chose du quotidien. Discuter avec les copains en buvant des cafés (ou des apéros ! on n’est pas encore devenu de sages ascètes, pas d’inquiétude). Ecrire –pour faire le point, prendre du recul. Faire de la musique. Pierre a dégotté au village un monsieur qui donne volontiers de son temps pour l’initier au ukulélé, la petite guitare polynésienne ou hawaïenne à 4 cordes. Il en profite pour se mettre à la guitare, et Lili a ressorti son piano.
Cuisiner avec ce qu’on a. Les produits transformés ou manufacturés, lorsqu’ils sont disponibles, sont en général très chers, on utilise donc au maximum les fruits qui sont en abondance et on privilégie évidemment le poisson. On s’est remis à faire du fromage « frais » à partir de petit lait, on a lancé un batch de vin maison, on explore diverses façons d’utiliser ou conserver les fruits -si vous avez des bonnes vieilles recettes de grand-mère on est preneur… pour nous qui aimons bien ‘bien manger’ (ah bon ?), c’est un plaisir de produire soi-même des bonnes choses à partir de peu ; surtout que nos matières premières principales, les fruits, sont locales et extra fraiches ! on vous mettra les recettes testées et validées au fil des prochains articles. Ou carrément un onglet si ça intéresse du monde ?
Côté programme, la température commence à descendre (on se situe 2 degrés de latitude plus Sud que La Réunion, et l’hiver approche), on va donc regarder les fenêtres météo pour remonter vers les Marquises (une petite semaine de traversée) à partir du 15 juin. On y restera quelques mois avant de probablement se diriger vers les Tuamotu en septembre. 
Un album Gambier 2 vous attend !


mercredi 16 mai 2018

Les Gambier, un petit joyau d’archipel


Un mois ½ qu’on est arrivé aux Gambier, le temps file ! On a trouvé un rythme sympa, avec Lucas qui va à l’école la semaine, et les WE ainsi que les ponts de Mai sont mis à profit pour explorer les iles « hautes », ou bien les motu -bancs de sable plantés de cocotiers et bordés de barrière de corail, qui « ferment » par endroits le grand lagon des Gambier. Un super terrain de jeu, varié et à 1 ou 2 heures maxi du village.


Nous découvrons ainsi Tarauru Roa, où le bleu turquoise du mouillage parsemé de patates de corail n’a rien à envier un atoll des Tuamotu. En paddle avec son papa, Lucas observe par transparence de jolis requins de récifs (pointe noire, pointe blanche), des raies et toutes sortes de poissons. De retour au bateau, il compulse notre guide illustré des récifs coralliens de Tahiti pour retrouver et pouvoir nommer ce qu’il a vu ! En PMT dans la passe, le spectacle est grandiose : maitres de ce joli jardin de coraux durs, tout de suite 4-5 pointes blanches viennent s’enquérir de ces visiteurs palmés (ok les gars, on va ranger tranquillement le fusil), puis du plus grand au plus petit, des mérous d’1m de long (d’accord les gros, on va pas vous bouffer, vu votre taille et votre assurance vous devez être claffis de ciguaterra*), des perroquets, tamourés et autres becs de canne, et toute une palette d’anges et de papillons colorés.

Dans les iles, Aukena, Taravai, Akamaru, on commence à connaitre la poignée d’habitants, toujours accueillants et qui, toutes affaires cessantes, viennent discuter avec plaisir. On fait le plein de fruits à tous les coups, parfois même on doit décliner !
-Les classiques, « systématiques », qui tombent littéralement par terre car, 1. gens ne les mangent pas : les pamplemousses, ou 2. il y en a trop : les uru (l’emblématique fruit à pain, pomme de terre locale), les citrons et les bananes. Pour ces dernières, le jeu est d’enclencher la mission cueillette de manière suffisamment organisée pour avoir à bord des jaunes en permanence (donc des vertes en avance).
- Les évidents, qui font tellement partie du décor qu’on « oublie » de nous les proposer : noix de coco et papayes, soit jaunes (délicieuses en dessert, arrosées de jus de citron) ou vertes (non moins exquises rapées en salade vietnamienne avec sauce nem + cacahuètes pilées, et ainsi le seul fruit qui, encore vert, se mange en légume)
- Les peu courants mais quand même abondants : oranges amères (pour des jus), caramboles subtiles mais sucrées, et avocats extra crémeux au goût incomparable (dommage la saison vient de se terminer).
- On a même trouvé des grenades, dans la sous-catégorie « prenez tout car je ne mange pas ça », quelques goyaves piquées par les mouches des fruits, et de rares fruits de la passion. Sans parler des mangues et des letchis, mais faudra attendre l’été austral prochain.

Niveau pêche, on a chopé des bonites à la traine en navigation dans le lagon, Pef sort aussi son harpon pour prendre des perroquets ou des chirurgiens noirs à queue orange, les seules espèces normalement indemnes de ciguaterra partout aux Gambier. *La ciguaterra (aussi connue sous le nom de « gratte ») est une algue qui se développe sur des coraux abimés, soit de manière naturelle (cyclone) ou humaine (cassure lors de diverses constructions), et qui se retrouve dans la chaine alimentaire : les poissons prédateurs notamment l’accumulent et deviennent toxiques pour l’homme. Mais il n’y a pas de règle absolue et ici on peut manger l’espèce A mais pas B, et juste à côté, B mais pas A… donc ce qui prévaut : dans le doute, ne pas manger !
Et sinon, on peut aussi aller chez les pêcheurs acheter des poissons du large : espadon fondant, mahi mahi (dorade coryphène) ou thon. Je dis acheter mais à plusieurs reprises on a remballé notre porte monnaie, « voilà c’est cadeau » « non pas besoin, tu paieras une autre fois ».

Au bout d’un mois, on a enfin eu quelques jours de vent : pas trop tôt les alizés ! Vite, direction Tauna, « le meilleur spot de kite des Gambier » selon Laurent qui a pas mal trainé ses ailes dans le coin. Et non, on n’est pas déçu : mignon petit motu et longue langue de sable, ça kite au vent et sous le vent de cette langue, de l’eau turquoise en quantité non négligeable et des petites vagues sans trop de corail en dessous pour s’amuser… pendant que Lucas et ses copains de CéKankonVaoù jouent à la plage et cherchent des bernard l’ermite. Parfait.
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