A chaque fois que nous partons d’une ile ou d’un mouillage, c’est le cœur un peu serré : on serait bien resté encore quelques jours pour passer plus de temps avec les Marquisien, si accueillants et prodigues. Heureusement, à l’escale suivante d’autres belles choses nous attendent. Les rencontres se créent, toujours d’une manière simple et qui nous ravit. On essaie de rendre un peu de ce qu’on reçoit, en cuisinant un gâteau par ci, en offrant un pot de confiture par là, en invitant les gens à bord. On est curieux d’aller sillonner les sentiers, qui se vont à travers des forêts riches et foisonnantes, nous mènent vers des côtes arides ou traversent des paysages vierges.
On touche Nuku Hiva par le nord, dans la très belle et très protégée baie d’Anaho. Ca fait bizarre, on est à plat sur l’eau ! Un des rares endroits aux Marquises où la blague habituelle, « ça roule ? », n’est pas de mise. On sympathise rapidement avec la famille de Ula, son petit Tema’u 3 ans, sa sœur Piu, qui vivent très simplement de la récolte du coprah, entourés de leurs arbres, de quelques bœufs d’élevage et de leurs chevaux, avec en sus les chèvres de la montagne et les poissons des environs. Ici chaque habitant possède son cheval, indispensable pour rallier en 1h le village de Hatiheu, qui lui est desservi par la route (la ville est encore à 1h de voiture). Un isolement qui donne au lieu son caractère préservé et si tranquille. C’est en revanche plus épique lorsqu’on est enceinte de plus de 7 mois et qu’on a un RDV gynéco improvisé de l’autre côté de l’ile : si si, Ula y est bien allée à cheval… Impressionnantes les filles : pour le coprah (chair de la noix de coco décortiquée et séchée, subventionnée, qui alimente l’huilerie de Tahiti), les femmes font équipe, et leshommes sont de leur côté : certainement le rythme des 1ères est plus soutenu que celui des derniers !
Ula nous emmène débusquer les poulpes, on marche sur le platier de corail à la recherche des trous où se cachent les céphalopodes. Lucas perd constamment ses tongs dans l’eau mais garde le rythme –chou blanc pour cette fois. Pierre va chasser la chèvre sauvage avec un des jeunes. Le Grand Raid est loin derrière lui, et les pentes des Marquises valent bien celles de la Réunion, mais là il faut se frayer son propre chemin, puis c’est carrément de la varappe dans les rochers escarpés. Pef est bien content d’avoir un peu plus que des notions d’escalade, certains passages ne donnent pas le droit à l’erreur (non seulement il n’y a pas de corde, mais en plus le jeune chasseur a son fusil dans les mains !). Mais le Marquisien est dans son élément, concentré, à l’affût, Pef marche dans ses pas sur les crêtes solitaires ou les surplombs qui se jettent dans la mer. 2 balles sont tirées, mais les chèvres agiles se sauvent. Encore chou blanc ! Cependant, un autre chasseur en a abattu 2 de son côté : « tiens Pierre, t’as qu’à prendre cette moitié, on en a tant qu’on veut nous… ». Et puis comme ça il pourra plus vite retourner chasser. On se retrouve ainsi avec ½ carcasse de chèvre sur les bras. Elle finira en ragoût, au curry lait de coco, mais aussi séchée (c’est comme du billtong sudafricain !) et conservée dans le gros sel.
L’heure de partir approche, suivant les règles de l’hospitalité marquisienne nous sommes donc conviés à faire le plein de fruits. Une mini expédition se monte pour la plus grande joie de Lucas : 2 chevaux sont sellés, un pour Tema’u et un pour lui, on passe abreuver la paire de vaches et déplacer leurs longes, puis direction le fa’apu (jardin) dans la colline. Piu appelle de toute sa voix vers les hauteurs : les chèvres éparpillées vont venir s’abreuver et elle les nourrit de tourteau de coco de temps en temps, juste assez pour qu’elles restent ‘domestiquées’. On cueille des pommes cannelle, un énorme corossol, des kava, Pierre grimpe à l’avocatier muni du o’u (perche) pour la récolte : on en prend autant qu’on veut, idem pour les mangues -sur lesquelles on ne se lâche pas trop vu notre stock faramineux de Ua Huka. Un régime de bananes pour la route, et puis ça va être bon…
Petit stop côte Sud à Hooumi, encore une jolie rencontre avec la famille de Tamahautini, puis séjour « en ville » à Taiohae. Une bonne dose d’internet, la petite glace qui fait plaisir, et les retrouvailles avec Laurent, Coco et leurs 2 petits bouts. Ils sont arrivés là en bateau il y a 5 ans (dans le sillage de Jotys), se sont improvisés profs et n’arrivent pas à partir des Marquises : la qualité de vie y est un peu trop bonne.
On file au travers vers notre dernière destination, Ua Pou. Dernière chance pour se gaver de randos, parfaire notre plein de fruits (prochain archipel : les Tuamotu, fruits et légumes : 0), et troquer notre smartphone de secours qu’on n’utilise plus ! Missions accomplies, on repart avec un énorme umete en bois (plateau à fruits), sculpté de superbes motifs marquisiens -tu es sûr qu’il rentre dans une valise ? On ne manque pas la (double) visite chez Manfred, un Allemand installé depuis 25 ans au fin fond de Hanatehau et qui fabrique du chocolat 100% local depuis peu. La 2ème visite, après la rando du tour des pics, est fatale pour nos estomacs de goinfres, on n’a jamais autant ingéré de chocolat… (ce n’est tout de même pas cette rando, qui avait épuisé la maman de Lili il y a 7 ans, qui a pu nous mettre K-O !).
Le Capitaine valide sa fenêtre météo le 20 mars, on part pour 470 milles de portant jusqu’à l’atoll d’Ahé (où a résidé le mythique Vagabond des mers du Sud, Moitessier – à lire !). 12 et jusqu’à 20 nœuds de vent, on avale les milles vent arrière comme pour rire. La nav est limite plus confortable que les mouillages houleux des Marquises, on fait péter lasagnes, clafoutis au corossol etc. Un cargo parti de Valparaiso (Chili) pour Hong Kong croise notre route. A la VHF, le commandant nous demande nos intentions –euh… continuer tout droit, on est sous spi- d’où on vient et où on va comme ça. « Ahé ? C’est dans quel pays ? » Oui, on a bien de la chance d’être pépère en croisière, c’est autre chose que le monde des ports, des conteneurs et des supertankers... La bête de 300m (contre 12 pour le moustique Vanille) se déroute galamment pour nous laisser passer.
Les nuits de pleine lune sont magiques, pas de grain à l’horizon, on en profite pour mettre un maximum de toile… mais on déboule si vite que… CRAAC, eh oui encore une fois, à un an d’écart, on (ré)explose le joli spinnaker aux couleurs seventies gentiment donné par Plume. Coupé en 2, aie ! On reste de bonne humeur en écoutant en famille Django Reinhart, Robert Charlebois, ou L’autorail de Souchon. On atteint même Ahé et au bout de 3 nuits au lieu des 4 escomptées. A nous les eaux claires et calmes, à nous les poissons du lagon !
Un album photo vous attend dans l'onglet.





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire