mardi 27 février 2018

Au revoir l’Atlantique, Bonjour le Pacifique !


Le canal de Panama est derrière nous, ça c’est fait et bien fait ! Le principe : une petite série de 3 écluses montantes, un grand lac d’eau douce, le lac Gatun où nous avons dormi une nuit, puis un canal nommé Gaillard Cut qui représentent environ 30 milles à faire au moteur, ensuite 3 écluses descendantes, et voilà le travail ! Nous avons passé les écluses avec devant ou derrière, un gentil copain cargo immense, et en configuration « radeau » : 3 voiliers attachés côte à côte, en l’occurrence un monocoque au milieu, nous à son bâbord et un autre cata à tribord.

Chacun a un « advisor » à son bord, ils dirigent les manœuvres en indiquant aux capitaines respectifs s’il faut accélérer, ralentir, en marche avant ou arrière et sur quel moteur (5 au total puisque les cata en ont 2). Très pros, rien à redire ! Seulement un mini coup de stress pour se mettre dans l’ambiance, car avant même que d’arriver à la 1ère écluse, la pompe de cale moteur bâbord s’enclenche automatiquement, avec l’alarme sonore qui va avec (très utile au demeurant, car ça nous prévient tout de suite qu’il y a de l’eau dans les fonds, et dans quel compartiment).

Pierre fait style de rien auprès de l’advisor, il ne voudrait pas que celui-ci lui demande : « c’est quoi ce bruit ? -oh une broutille, y’a juste une voie d’eau et on pourrait couler, mais ne vous inquiétez pas ça tiendra jusqu’au Pacifique ». En fait c’est le tuyau de la douchette qu’on vient de changer qui a explosé ; pas grave donc !
Les quelques jours suivants sont remarquables d’efficacité, toujours épaulés par Plume pour les derniers préparatifs et courses d’avitaillement avant notre départ du continent, et nos adieux à la civilisation. Youpi, on ne va plus voir un seul supermarché avant des mois et des mois ! On s’octroie le loisir d’aller visiter le vieux Panama, le quartier du Casco Viejo, sans oublier de se régaler au passage de ceviche (poisson cru à la mode latino), patacon et yuca (banane plantain et manioc frits) au marché au poisson.

Razzia également au mercado de abascos où on achète des tonnes de fruits et légumes extra frais. 4 pastèques et autant d’ananas, 6 gros avocats tropicaux, une dizaine de pamplemousses, des kilos de fruits de la passion, le plein de tomates vertes (pour les tenir le plus longtemps possible), des concombres, ½ kg de coriandre, etc etc. Le 22 Février, Plume prend l’avion, nous une dernière glace, on range le vélo du puce sprayé au WD40 (pour ralentir le processus de rouille) dans la pointe avant, le paddle dans la cabine arrière désormais vacante : on peut estimer le bateau rangé, on appareille donc le 23 pour les Perlas !



Cet archipel est à une journée de nav de Panama (35 milles), mais qui peut devenir longue s’il n’y a pas de vent ! Or la météo annonce très peu d’air, ainsi levons-nous l’ancre aux aurores, moteur au minimum pour gagner le large. On garde précieusement notre gasoil car y’aura pas de station essence avant les Galapagos ou la Polynésie. Une fois dehors, il y a…3,5 nœuds de vent apparent qui vient de l’arrière, soit vraiment pas grand-chose, allez on s’envoie pour le spi ? Mais oui, ça tient, moyennant des réglages qui maintiennent alerte le capitaine. On est plein vent arrière et pour bien faire il faudrait un spi symétrique, mais le nôtre est asymétrique ; au final le gréer reste plus facile que sur un monocoque car pas besoin d’installer de tangon (espar ou espèce de poteau si on préfère).

On se déplace à +/- 3 nœuds, glissant sans bouger et sans un bruit sur l’eau tantôt légèrement ridée, tantôt glacis. Vanille est comme hors du temps, on serait presque tenté de chuchoter pour ne pas troubler ces moments suspendus, nos joues attentives frémissent au moindre souffle qui les caresse. Une raie croise à faible distance du bateau ; le ciel pur est constamment visité par les vols des oiseaux de mer rangés en file indienne, ou en formation majestueuse ; de longues et surprenantes trainées rouges strient la mer, ce sont des courants chargés de krill (les crevettes dont raffolent certains cétacés) ; tiens d’ailleurs, voici une baleine qui nous gratifie de son passage. Il ne manquerait plus qu’un poisson morde à l’une des deux traines que nous laissons filer derrière nous… bredouilles, mais on compte bien se rattraper aux Perlas. La brise se renforce un peu et on maintient gaiement notre belle voile colorée jusqu’à destination. Ah, la belle vie qui commence ! (ou du moins, qui se poursuit !).

Les photos vous attendent sur
l'album correspondant :)

jeudi 15 février 2018

Aux portes du canal de Panama


Tiens, et si demain nous changions d’océan ? Le temps s’est drôlement accéléré dernièrement, on est passé du mode glandouille, pêche et cocotiers, à un univers ville, cargos puants et paperasse ! Des San Blas, on est donc passé par l’escale de Portobelo, qui brilla naguère sous l’or qui devait rejoindre le royaume d’Espagne, pour rallier sans tarder la ville incroyablement pourrie de Colon.
En bons va-nu-pied on a dégotté des plans (pas trop) foireux pour aller faire nos papiers, nos inévitables missions impossibles (trouver un hublot, un roller de davier, etc, quand il n’y a pas un seul shipchandler* à Panama *magasin spécialisé bateau) et enfin payer les 1875 $ en cash, sans devoir passer trop de temps –et d’argent- par la case Marina chicos de Shelter Bay.
Le passage du canal lui-même coûte 1000$, plus 800 de caution. On a même eu le temps de se mettre au vert 2 jours dans le Rio Chagres, une rivière bien paisible avec moult oiseaux et singes hurleurs, où nous étions seuls au monde, tout ça à 6 milles c’est-à-dire presqu’un jet de pierre de Colon.

Ou pour le dire en musique :
Lundi matin, papa, maman et le p’tit puce
Sont allés à la Citi Bank, pour payer le canal
Mais comme c’était férié (-carnaval)
Le petit puce a dit :
Puisque c’est ainsi nous reviendrons mercredi.
Mercredi 14 (hier) nous allons enfin savoir quand sera notre date de passage ; tout le monde nous a dit que le délai est de 5 jours. Mais, oh rage ! Rien avant le 25 Février ! Saperlipopette, nos vaillants et très précieux équipiers Plume prennent l’avion de retour pour la France le 22… Lili persiste dans ses coups de fils et ses « pleurs » finissent par aboutir : on a une date qui se libère, « demain c’est bon ? -Ok banco » ! On a quelques heures pour trouver des amarres, des pneus de protection, 2 autres handliners (équipiers), laver tout ce qui est salé sur le bateau (soit quasi tout, dedans comme dehors, nous compris et de manière urgente), faire les pleins d’eau, gasoil ; Jean-Pierre nous sort de son chapeau un bout de plexiglas qu’il coupe en rond et, miracle ! un hublot tout neuf. Bref, merci à notre bonne étoile pour cette date de passage anticipée. Le puce serait bien resté quelques jours de plus à la marina pour profiter de la piscine (et nous aussi), mais faire les choses à l’arrache parait décidément être comme un fil conducteur de ce début de voyage.
Demain et après-demain nous réservent donc certainement une bonne dose de stress (cf notre passage sur notre ex bateau Jotys il y a 6 ans), mais on compte bien sur le Pacifique pour apaiser tout ça ! L’onglet Où est Vanille devrait marcher correctement.


L'embouchure du Rio Chagres au fond. Paisible ici, mais ça tape dehors ! 20-25 nœuds de face, on fait pas les malins pour rentrer sur Colon !

samedi 3 février 2018

Coco (drilo), pagres, kite et (bonne) compagnie : San Blas 2ème épisode



Nous avons bel et bien trouvé Un inconvénient majeur aux San Blas, quelque chose qui pourrait ressembler à un bout de bois à la surface de l’eau, mais à y regarder de plus près (à la jumelle) un peu crénelé, et, indice infaillible, qui remonte au vent : le crocodile, si, el cocodrilo ! Quand tu barbotes tranquille dans 20cm d’eau sur la langue de sable blanche d’Isla Verde avec les eaux turquoises environnantes et le bruit de la barrière de corail en arrière-fond, et que l’heure de l’apéro au coucher de soleil se rapproche franchement, tu n’as pas envie qu’une annexe déboule tout d’un coup et te hèle : sortez Lucas de l’eau !! y’a un croco !!! Mais si. Et lorsque tu observes ledit croco traverser le mouillage et rester attendre à 10m derrière un bateau, tu penses que tu pourrais très bien être en train de prendre ta douche sur la jupe et sauter à l’eau pour te rincer… bref, 2ème rencontre, ça refroidit ! Pour la petite histoire, ce croco a ruiné une séance shooting de 2 nanas qui débarquaient d’un super yacht à ce moment-là, et Nadine pense avoir reconnu Lili Rose Depp. Un des mecs escorteurs sur son jet ski est allé voir l’animal de plus près et s’est exclamé « it’s fu**ing huge ! »
On trie dorénavant les spots selon qu’ils sont croco-safe (pas de mangrove, que du sable et du corail) ou pas (auquel cas on ne se baigne pas).
Il n’empêche que la pêche continue. Enfin surtout pour Vanille, l’autre bateau Vanille qui depuis 7 ans pratique de manière assidue la chasse sous-marine et pour qui le comportement de chaque espèce de poisson n’a pas de secret. Ils nous font le coup 2 fois : une 1ère où ils partent chasser, à peine le dos tourné qu’ils reviennent à fond la caisse en piquant droit sur notre bateau. Bim, un super pagre jaune ! « On peut s’inviter chez vous pour le manger ? –ouais pas de problème ! ». 2ème fois aux Coco Bandero, Tom part chasser avec Pef. Visiblement ce dernier n’a même pas le temps d’entrer dans la passe, Tom ressort avec un gros bazar trop lourd pour sa flèche (elle se tord sous le poids du bestiau). Oh my god encore un énorme pagre ! « Oui oui, ben venez le manger chez nous ! » On est 7 à diner à chaque fois et on n’arrive pas à en venir à bout.


Comme les alizés sont enfin revenus -on a eu pas mal de temps pluvieux jusqu’ici- il est temps de sortir le matos de kite. Nouveauté depuis quelques années ici, cette activité est interdite (comme la pêche d’ailleurs, sauf qu’on est un peu plus flag en kite), on se fait donc briefer par les habitués : sortir naviguer de 6h30 à 8h30, et de 16h30 à 18h30 (car après y’a apéro). C’est l’occase de se refamiliariser avec les manips (décollage du bateau, atterrissage à l’avant ou à l’arrière du bateau, éviter de faire des gros paquets de nœuds dans les lignes), tout ça pendant que Mireille et Jean Pierre, nos nouveaux convives, jouent à la ferme avec Lucas / bricolent sur le bateau (respectivement).
En effet, ces invités en or nous ont apporté dans leurs 23*2 kg de bagages, environ 22*2 kg de matériel pour le bateau (dont un spi ! = spinnaker, très grande voile fine, 86m², qu’on met à l’avant du bateau par petit temps, et qui pèse déjà 19kg). Pendant que Mireille fait du pain ou des desserts, JP a visualisé notre liste de choses à faire et entreprend de la défoncer méthodiquement. Avant toute chose, il range (vraiment) les caisses à outils ; on prend sur nous pour ne pas s’offusquer car avant leur arrivée on a passé des heures à laver le bateau et à le ranger ! Puis, il remplace le loch et le sondeur, change l’hélice du hors bord, répare l’aileron de la planche de surf, répare l’espèce d’entonnoir qui récupère l’eau de pluie, change la jonction d’ancre et marque la chaine (1 repère à 10m, 20m, etc jusqu’à 60), bricole le hublot des WC qui a cassé, installe un système pour empenneler une 2ème ancre en cas de vent très fort, entreprend de reboucher les éclats de gel coat (notre « carrelage »), etc.
Voici donc la recette du ceviche de poisson-perroquet : vider le poisson, lever les filets (pas besoin d’écailler, surtout que les écailles font la taille d’une pièce de monnaie !), les faire tremper quelques minutes dans l’eau de mer (« truc » appris en Polynésie), rincer et couper en petits bouts.
Marinade : jus de citron, câpres et gingembre coupés en petits morceaux, sel poivre et filet d’huile d’olive. A servir éventuellement avec un ramequin de sauce soja et wasabi. Sinon, les jours de disette (quand on n’a pas l’autre Vanille sous la main, qu’il y a kite ou qu’on revient bredouille de la pêche), on peut toujours acheter des langoustes ou des crabes au prix du poulet de batterie… c’est pas ici qu’on va dépérir.


Le p’tit moussaillon de son côté a enfin trouvé des copains. 1er essai avec des enfants Kuna pas du tout concluant, le puce s’agrippait aux jambes de sa maman en chouinant alors que la petite fille l’avait déjà élu son « novio » (fiancé). Avec les petites filles de Balanec et les ptits gars de CéKanKonVaOù, tous Français, ça va beaucoup mieux- après les inévitables 20 min de mutisme. Et ça tombe bien, tout ce beau monde s’en va aux Gambier !
Nous projetons de passer le canal de panama vers le 17-20 février. Merci pour les textos iridium, mais certains nous arrivent tronqués. Le meilleur moyen de communiquer ici est par WhatsApp (et en + y’aura une réponse), au +33 768053199. On a complété les photos sur l'album San Blas ! (Merci  a posteriori pour les photos de Xav et Marco, et à Plume pour les dernières).