jeudi 21 juin 2018

Perles, cochon, vent du départ

Les Gambier sont réputés pour produire les plus belles perles de Polynésie, ces fameuses perles noires dont les couleurs chatoyantes possèdent une appellation évocatrice : aile de mouche, aubergine, vert paon, lavande, mordorée, gris pâle, noir anthracite, gris pigeon, chocolat…
Paddle d'amoureux en baie de Rikitea
Pour voir ça de plus près, il a bien fallu s’octroyer une semaine de « vacances », les fermes perlières n’étant ouvertes qu’en semaine, donc quand y’a école – et en plus il y avait kite. Une belle découverte de ce dur métier de passionnés, avec pour exemple la ferme d’Eric employant 15 personnes, chacun bien à son poste, et la ferme de Rémi où en famille à 3, tout le monde est très polyvalent. 
La fécondation des ovules par les spermatozoides d’huitres se déroule en eau libre, et les larves qui en sont issues sont d’abord récupérés sur des « collecteurs ». Pour obtenir un naissain (chapelet de bébés huitres), il faut déjà 1 an. Une autre année est requise pour que l’huitre atteigne une taille adulte. Puis vient la délicate et technique opération de greffage : une petite bille de coquillage (nucléus) ainsi qu’un très petit morceau de manteau d’huitre donneuse (greffon) sont insérés dans le sac d’une huitre receveuse (greffée). Cette dernière va sécréter de la nacre tout autour du corps étranger que représente la bille. Encore un an ou plus, et beaucoup de travail pour que les coquillages restent propres et bien portants, et la perle peut être récoltée. A ce stade 50% des huitres ont produit une perle commercialisable ; parmi celles-là, une partie va pouvoir être surgreffée c’est-à-dire greffée avec une nouvelle bille un peu plus grosse ; une partie encore pourra être greffée une 3ème fois… Mais seule 1 perle sur 100 est parfaitement ronde et sans défaut !

Les korori encore accrochés à leur coquille de nacre

Côté coproduits, les coquilles sont vendues pour faire des bijoux ou divers objets en nacre, et le muscle attachant l’animal à sa coquille récupéré pour être mangé, c’est le fameux korori au subtil parfum, si bon en carpaccio ! Mais les perliculteurs étant un peu fiou du korori (ils en ont marre d’en manger), on innove lorsqu’on invite la famille de Rémi à diner : cuit au vin blanc avec de la papaye verte et dressé en lasagnes avec sauce béchamel (sans oublier la rivière de gruyère).
Pour revenir à nos perles, c’est donc avec un œil un peu plus averti qu’on contemple ces petites merveilles chatoyantes au lustre incomparable. On se représente mieux le nombre de plongées qu’il a fallu faire à 4h30 du matin pour aller ramasser les huitres, le boulot que représente un nettoyage tous les 2 mois, les mille manipulations rien que pour la greffe, coquillage après coquillage … avant la récompense de la récolte. Mais c’est comme en agriculture, le producteur n’est jamais celui qui marge le plus ! La plupart des perles polynésiennes alimentent le marché asiatique (chinois, japonais).

Quant au kite, on s’est refait des bonnes sessions avec la 7, qui a eu un moment de grâce suite à la réparation rondement menée par Balanec*… mais qui a bien mal fini, lors d’un « dernier bord » (allez encore un). Après le passage d’un grain, dévente, l’aile tombe, y’a des patates de corail en dessous, zut on est marée basse, zut l’aile est déchirée, 5 min après triple zut : un pan entier est en lambeaux, « Pierre au secours je n’arrive pas à rentrer » -forcément les lignes sont emmêlées dans le corail. Du coup Lucas pleure tout seul sur sa langue de sable… mais bon, mis à part cette regrettée 7, tout le monde rentre sain et sauf !
*Balanec est le nom d’un Ovni (bateau en aluminium) sur lequel naviguent nos copains Gaëlle et Jean-Marie, Coline 10 ans et Erell 6 ans.
Et enfin, comme ça faisait longtemps qu’on n’avait pas parlé de bouffe, voilà que Bernard et Marie Noëlle d’Aukena nous fournissent une belle occasion. C’est la fête des pères ce WE, et si on en profitait pour tuer un cochon et faire un énorme repas polynésien pour tout le mouillage ? (enfin juste un repas polynésien, qui n’est énorme que sous notre regard d’Européen).

7h15 : les gars descendent tuer la bête -100% bio, nourrie à la noix de coco ou autres fruits s’il vous plait. 
9h les nanas commencent à « s’activer » en cuisine (qu’est-ce que je dois faire ? attends on va se servir un petit verre de vin blanc –et je coupe quoi maintenant ? attends là c’est la pause clope)
15h30 le repas est prêt, on est en avance dis donc ! Il y a, accompagnant les tranches de cochon rôties au barbeuc, l’incontournable uru cuit dans les braises, du boudin maigre fraichement mijoté, du poe banane-giraumon (un mets sucré au tapioca baignant dans du lait de coco), du thon à la tahitienne, (baignant comme il se doit dans son lait de coco), du uru bien mûr en beignets, et du chutney de citrons confits au sel. 13 adultes et 3 enfants, mais que 2 Polynésiens, on est loin de venir à bout de tout ça.
17h30 il faut songer à repartir, la nuit tombe, « oui mais demain, venez récupérer chacun vos pâtés de foie et pâtés de tête ». Maroi nui pour ces bons moments de partage !



On ne va néanmoins pas tarder dans les parages, il y a 30 nœuds au mouillage et ça va s’empirer. L’hiver est bien au rendez-vous, vent fort, pluie, froid… retour donc à Rikitea pour une dernière semaine d’école, et on devrait appareiller samedi pour les Marquises. La 1ère ile qu’on abordera, Fatu Hiva, est 13° plus au Nord qu’ici (on devrait avoir plus chaud) et à 800 milles environ, c’est donc 5-6 jours de mer qui nous attendent. Vous pouvez envoyer plein de textos sur l’iridium !

Un album photos Gambier 3 est dispo. Merci à Balanec et Cékankonvaou pour une partie d'entre elles.
A bientôt !

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