Les Gambier sont réputés pour produire les plus belles
perles de Polynésie, ces fameuses perles noires dont les couleurs chatoyantes
possèdent une appellation évocatrice : aile de mouche, aubergine, vert
paon, lavande, mordorée, gris pâle, noir anthracite, gris pigeon, chocolat…
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| Paddle d'amoureux en baie de Rikitea |
Pour voir ça de plus près, il a bien fallu s’octroyer une
semaine de « vacances », les fermes perlières n’étant ouvertes qu’en
semaine, donc quand y’a école – et en plus il y avait kite. Une belle
découverte de ce dur métier de passionnés, avec pour exemple la ferme d’Eric
employant 15 personnes, chacun bien à son poste, et la ferme de Rémi où en
famille à 3, tout le monde est très polyvalent.
La fécondation des ovules par les spermatozoides d’huitres
se déroule en eau libre, et les larves qui en sont issues sont d’abord
récupérés sur des « collecteurs ». Pour obtenir un naissain (chapelet
de bébés huitres), il faut déjà 1 an. Une autre année est requise pour que
l’huitre atteigne une taille adulte. Puis vient la délicate et technique
opération de greffage : une petite bille de coquillage (nucléus) ainsi
qu’un très petit morceau de manteau d’huitre donneuse (greffon) sont insérés
dans le sac d’une huitre receveuse (greffée). Cette dernière va sécréter de la
nacre tout autour du corps étranger que représente la bille. Encore un an ou
plus, et beaucoup de travail pour que les coquillages restent propres et bien
portants, et la perle peut être récoltée. A ce stade 50% des huitres ont
produit une perle commercialisable ; parmi celles-là, une partie va
pouvoir être surgreffée c’est-à-dire greffée avec une nouvelle bille un peu
plus grosse ; une partie encore pourra être greffée une 3ème
fois… Mais seule 1 perle sur 100 est parfaitement ronde et sans défaut !
| Les korori encore accrochés à leur coquille de nacre |
Côté coproduits, les coquilles sont vendues pour faire des bijoux ou divers objets en nacre, et le muscle attachant l’animal à sa coquille récupéré pour être mangé, c’est le fameux korori au subtil parfum, si bon en carpaccio ! Mais les perliculteurs étant un peu fiou du korori (ils en ont marre d’en manger), on innove lorsqu’on invite la famille de Rémi à diner : cuit au vin blanc avec de la papaye verte et dressé en lasagnes avec sauce béchamel (sans oublier la rivière de gruyère).
Pour revenir à nos perles, c’est donc avec un œil un peu
plus averti qu’on contemple ces petites merveilles chatoyantes au lustre
incomparable. On se représente mieux le nombre de plongées qu’il a fallu faire
à 4h30 du matin pour aller ramasser les huitres, le boulot que représente un
nettoyage tous les 2 mois, les mille manipulations rien que pour la greffe,
coquillage après coquillage … avant la récompense de la récolte. Mais c’est
comme en agriculture, le producteur n’est jamais celui qui marge le plus !
La plupart des perles polynésiennes alimentent le marché
asiatique (chinois, japonais).
Quant au kite, on s’est refait des bonnes sessions avec la
7, qui a eu un moment de grâce suite à la réparation rondement menée par
Balanec*… mais qui a bien mal fini, lors d’un « dernier bord » (allez
encore un). Après le passage d’un grain, dévente, l’aile tombe, y’a des patates
de corail en dessous, zut on est marée basse, zut l’aile est déchirée, 5 min
après triple zut : un pan entier est en lambeaux, « Pierre au secours
je n’arrive pas à rentrer » -forcément les lignes sont emmêlées dans le
corail. Du coup Lucas pleure tout seul sur sa langue de sable… mais bon, mis à
part cette regrettée 7, tout le monde rentre sain et sauf !
*Balanec est le nom d’un Ovni (bateau en aluminium) sur
lequel naviguent nos copains Gaëlle et Jean-Marie, Coline 10 ans et Erell 6
ans.
Et enfin, comme ça faisait longtemps qu’on n’avait pas parlé
de bouffe, voilà que Bernard et Marie Noëlle d’Aukena nous fournissent une
belle occasion. C’est la fête des pères ce WE, et si on en profitait pour tuer
un cochon et faire un énorme repas polynésien pour tout le mouillage ?
(enfin juste un repas polynésien, qui n’est énorme que sous notre regard d’Européen).
7h15 :
les gars descendent tuer la bête -100% bio, nourrie à la noix de coco ou autres
fruits s’il vous plait.
9h les nanas
commencent à « s’activer » en cuisine (qu’est-ce que je dois
faire ? attends on va se servir un petit verre de vin blanc –et je coupe
quoi maintenant ? attends là c’est la pause clope)
15h30 le
repas est prêt, on est en avance dis donc ! Il y a, accompagnant les
tranches de cochon rôties au barbeuc, l’incontournable uru cuit dans les
braises, du boudin maigre fraichement mijoté, du poe banane-giraumon (un mets
sucré au tapioca baignant dans du lait de coco), du thon à la tahitienne,
(baignant comme il se doit dans son lait de coco), du uru bien mûr en beignets,
et du chutney de citrons confits au sel. 13 adultes et 3 enfants, mais que 2
Polynésiens, on est loin de venir à bout de tout ça.
17h30 il
faut songer à repartir, la nuit tombe, « oui mais demain, venez récupérer
chacun vos pâtés de foie et pâtés de tête ». Maroi nui pour ces bons
moments de partage !
On ne va
néanmoins pas tarder dans les parages, il y a 30 nœuds au mouillage et ça va
s’empirer. L’hiver est bien au rendez-vous, vent fort, pluie, froid… retour
donc à Rikitea pour une dernière semaine d’école, et on devrait appareiller
samedi pour les Marquises. La 1ère ile qu’on abordera, Fatu Hiva,
est 13° plus au Nord qu’ici (on devrait avoir plus chaud) et à 800 milles
environ, c’est donc 5-6 jours de mer qui nous attendent. Vous pouvez envoyer
plein de textos sur l’iridium !
Un album photos Gambier 3 est dispo. Merci à Balanec et Cékankonvaou pour une partie d'entre elles.
A bientôt !


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