L’école Maputea à Rikitea : 1er souvenir
sonore lors de l’inscription, « pom popopom pompom », qu’est-ce donc
que ces tambours ?
La sonnerie bien sûr ! On est tout de suite mis
dans le bain, d’autant que, chance ! la 1ère semaine de Lucas à
l’école coïncide avec la Semaine du patrimoine. Thématiques cuisine (je râpe de
la coco, je presse un citron), artisanat (je regarde maitresse ou tatie tresser
une couronne végétale, déduit-on vu le résultat), danse et jeux polynésiens, et
fête de l’école le vendredi pour conclure tout ça. Consigne dans le
cartable : les garçons torse nu avec le paréo fait à l’école + « ei
upoko » (la couronne).
Petits et grands sont sur leur 31, on est en
admiration devant les couronnes savamment confectionnées avec fleurs et
feuilles multicolores, qui ornent magnifiquement les têtes. Certains des
élèves, du CM1 à 6ème, concourent pour le Tara Tutu, un exercice de
déclamation, en l’occurrence d’un poème qui chante la mer et la nature de Mangareva ;
impressionnant ! La fête se clôture par le kai tao, le repas cuit dans un
grand four polynésien : on a creusé une fosse dans la terre, mis des
braises au fond, et par-dessus, protégés dans diverses feuilles de bananiers et
autres couvertures, plein de plats succulents à base de viande, fruit à pain,
lait de coco, etc, qui ont cuit à l’étouffée pendant des heures.
Dès la semaine suivante, avec les copains de Cékankonvaou,
s’organise le covoiturage version bateau : co-annexe, voir co-kayak pour
le ramassage des petits, puisqu’il y a un petit quai à côté de l’école. Lucas,
qui a l’habitude de prendre son temps pour déjeuner, doit encore s’adapter au
rythme de la cantine : « Alors qu’as-tu mangé à midi ? - Du
pamplemousse. - C’est bien, et quoi d’autre ? - Ben après, ils ont tout
enlevé ! »
On reste bouche bée lorsqu’il revient un jour en récitant en
boucle : (les e se prononcent é)
Pataki ena e tito
E kai ke kiko
E, e ….
Kai veut dire manger et kiko, des morceaux (de viande par ex), c’est tout ce
qu’on a pu élucider de la chanson pour le moment. Ce n’est certes pas sans
rapport avec un des plaisirs quotidiens de tout Mangarévien qui se
respecte !
Pendant ce temps, papa et maman en profitent pour explorer
les sentiers de randonnée de l’ile ou faire des footing quand ça leur dit, entretenir
le bateau (toujours du bricolage, de la prévention, remplacer telle pièce
usée…) en prévision des navigations prochaines, qui sont toujours longues dans
le Pacifique. En outre, des choses si simples à terre se transforment aisément
sur le bateau en mission d’une demi journée : faire une lessive, se procurer de
l’essence (il n’y a pas de station dans l’ile), ou pire du gasoil. Pour faire
le plein par exemple, il faut déjà attendre le passage du Taporo, le bateau de
ravitaillement qui passe toutes les 3 semaines. Il délivre du gasoil par 200L :
il faut trouver/louer un fût, et transvaser dans des bidons de 20L, vous voyez
le cirque avec les trajets en annexe et tout. On a pris l’option de s’amarrer
directement au petit cargo (possible car on a un faible tirant d’eau et pas de
vent ce jour-là donc manœuvre aisée), et remplir directement notre cuve avec
leur tuyau. Néanmoins l’opération ne laisse pas notre pont immaculé, y’a des
gouttes de gasoil partout, allez on se lance dans un grand nettoyage du
pont ; on en profite pour blanchir (en essayant divers produits) les jupes
qui sont sales/salies en permanence, enlever des traces de latex de banane (si
quelqu’un a une solution miracle ?), etc.

Une occupation très chronophage est d’aller sur internet, et
c’est tellement une corvée que ça en devient bénéfique : au final on est
content d’être déconnecté, les réseaux sociaux n’ont de toute façon jamais été
notre fort. Le temps passé devant l’ordi ou le téléphone est consacré à des
choses plus satisfaisantes, qu’étonnamment on ne trouvait pas le temps de bien
faire.
Lire -on s’enchaine les œuvres de Zweig dernièrement. Méditer
–et s’exercer à être plus présent dans chaque chose du quotidien. Discuter avec
les copains en buvant des cafés (ou des apéros ! on n’est pas encore
devenu de sages ascètes, pas d’inquiétude). Ecrire –pour faire le point,
prendre du recul. Faire de la musique. Pierre a dégotté au village un monsieur
qui donne volontiers de son temps pour l’initier au ukulélé, la petite guitare
polynésienne ou hawaïenne à 4 cordes. Il en profite pour se mettre à la
guitare, et Lili a ressorti son piano.
Cuisiner avec ce qu’on a. Les produits transformés ou
manufacturés, lorsqu’ils sont disponibles, sont en général très chers, on utilise
donc au maximum les fruits qui sont en abondance et on privilégie évidemment le
poisson. On s’est remis à faire du fromage « frais » à partir de
petit lait, on a lancé un batch de vin maison, on explore diverses façons
d’utiliser ou conserver les fruits -si vous avez des bonnes vieilles recettes
de grand-mère on est preneur… pour nous qui aimons bien ‘bien manger’ (ah
bon ?), c’est un plaisir de produire soi-même des bonnes choses à partir
de peu ; surtout que nos matières premières principales, les fruits, sont
locales et extra fraiches ! on vous mettra les recettes testées et
validées au fil des prochains articles. Ou carrément un onglet si ça intéresse
du monde ?
Côté programme, la température commence à descendre (on se
situe 2 degrés de latitude plus Sud que La Réunion, et l’hiver approche), on va
donc regarder les fenêtres météo pour remonter vers les Marquises (une petite
semaine de traversée) à partir du 15 juin. On y restera quelques mois avant de
probablement se diriger vers les Tuamotu en septembre.
Un album Gambier 2 vous attend !
Supers tous ces details, on se régale à lire votre blog comme un roman. Merci de prendre le temps d'écrire vos aventures.
RépondreSupprimerOn imagine bien la scène pour mettre de l'essence dans le bateau...on a chacun nos galères, et encore vous avez la vie cool dans un coin de paradis !
Profitez en bien,trop chou pour votre puce. Il nous manque.
Gros bisous à vous 3