jeudi 21 février 2019

3 mariages aux Marquises


Nous étions partis d’Amanu en regrettant un peu de rater le mariage du maire. Or sitôt arrivés à Fatu Hiva, 2 mariages sont annoncés : 1 frère et 1 sœur (pas ensemble). A peu près toute l’ile est conviée, ce qui comprend le village de l’autre vallée, Omoa, et les voiliers au mouillage à Hanavave (ils ne sont pas à ça près). 2 jours avant la cérémonie, on voit des vieilles ramasser des fleurs rares ou aller dans la colline chercher des orchidées ; ce sera conservé au frigo en attendant le jour J. Ca donne envie à Lili d’apprendre à faire une couronne végétale. Avec Florida, qui s’apprête à tresser celle de sa petite fille, c’est facile : oh tu n’as qu’à ramasser ce qu’il y a dans le jardin, pas la peine d’aller trop loin. Je prends donc des feuilles d’hibiscus vertes et blanches, et pour la couleur, des fleurs rouges d’hibiscus et jaunes de frangipanier. Il faut les arranger le long de feuilles d’auti roulées sur elles-mêmes et les coincer au fur et à mesure avec un ruban. On reconnait les couronnes des pros à leur homogénéité, les éléments étant disposés bien régulièrement ; la mienne est plutôt de style fouillis joyeux mais pour une 1ère j’en suis très contente !

Les cloches de l’église n’arrêtent pas de sonner les jours qui entourent le mariage, car il faut rentabiliser la venue du prêtre (1 pour les 3 iles du Sud), c’est donc aussi baptêmes à tour de bras. L’édifice et ses alentours sont parés de palmes tressées. On « sent » la fête de loin, car tout un éventail de plantes odorantes se retrouve autour des cous, sur les têtes, à l’oreille… Cela va du classique collier de tiaré alterné avec feuilles et fleurs de basilic, à l’extraordinaire ‘bouquet marquisien’, un genre de fagot aux mille senteurs voluptueuses coincé dans les cheveux : vanille, pandanus, vétiver, ylang ylang, tiaré, fenouil, 2 sortes de basilic, menthe, chapelet de morceaux d’ananas roulés dans de la poudre de santal, et d’autres herbes aux noms inconnus ; l’odorat et la vue se réjouissent.

L’intégralité de la messe est en marquisien. On se demande à quoi sert la chorale : toute l’assemblée chante à puissance max (et c’est pas rien, vu l’ampleur des cages thoraciques). Le Gloria est incroyable, scandé au rythme sourd imposé par l’imposant pahu (haut tambour). Hommes et femmes se répondent avant un tutti polyphonique : tribal, quasi guerrier, ça envoie !
Puis c’est le moment du repas : poisson cru à la chinoise, poulet croustillant au citron, taureau aux champignons (la peau est étendue à la sortie du village pour être séchée, afin de fabriquer des tambours), cochon au caramel, chow mein. On repart avec des doggy bag, c’est normal c’est prévu. Côté animations, les jeunes to’a (guerriers) de la vallée dansent le haka avec force cris, alors que les filles font onduler leurs hanches au rythme plus doux du tamouré ; puis les mamas en robe mission investissent la piste de danse sur de la musique occidentale un peu dépassée… bon enfant.

C’est dans l’air du temps pour les popa’a (étrangers) ou frani (français) de se marier en Polynésie semble-t-il. C’est le 3ème couple de copains qui le fait, et en ce 2 Février nous sommes de la partie. Pef part aider aux préparatifs la veille dans l’aprèm, Lili, un peu malade, restant au bateau avec Lucas. Ne voyant pas le captain revenir le soir, je vais me coucher en laissant portable et VHF allumés, le son à fond. 5h50 : « Lili, Lili pour Pierre ». Je saute du lit. « Oui je te reçois » -soupir de soulagement : « Ah ouf tu es là, peux-tu venir me chercher au quai en annexe, et peut-on être prêt à repartir dans 40 minutes pour Hanaiapa ? –Affirmatif… »

En fait Pef a passé la nuit (blanche) à aider les mecs. Ca faisait plusieurs nuits déjà que marié et consors allaient à la chasse au cochon sauvage (les enterrements de vie de garçon c’est pour les f*ottes : aux Marquises tu vas toi-même chercher le kaikai –la bouffe, et c’est déjà pas mal). Une expédition avait aussi été menée en voilier au banc Clarck, au nord de l’ile, pour aller choper du poisson. Du coup y’a un max de cochon à débiter – on y colle Pef, qui change rapidement d’atelier : il n’a ni le gabarit marquisien ni l’habitude pour asséner les coups suffisants à tailler les morceaux. Il presse une montagne de citrons pour faire de la citronnade, afin d’alterner avec la bière et de se doper un peu à la vitamine C. Il découpe du poisson, style sashimi : Il faut bien aller dans le sens des fibres, et uniquement avec les parties nobles, le Marquisien ne rigole pas avec ça. Petite pause, ukulélés et guitares sortent et accompagnent les chants, ça boit des coups, tranquille. On passe à l’atelier coco : vas-y il faut en râper 50. Heureusement il y a une râpe électrique ! –une fraise qui tourne, sur laquelle on applique une demi coco. On fabrique aussi du taiero : coco râpée, jus de citron, quelques têtes de chevrettes (écrevisses d’eau douce), tu laisses fermenter tout ça et c’est un pur délice le lendemain pour le petit dèj des travailleurs.
Vers les 4h du mat, un doute s’empare de l’équipe : les mecs qui devaient s’occuper du four polynésien vont-ils venir ? Pas de stress, allez un petit coup de paka (pakalolo, la weed), sortons les frontales on va ramasser du bois… Ah non c’est bon, ils débarquent. Comme pourraient très bien rappliquer des gars avec un cochon supplémentaire à vider et découper. Mais la bande a plutôt tendance à s’amenuiser, et Pef fait vaillamment partie des derniers debouts. 

Après avoir cherché femme et enfant à Atuona, toute la famille est donc sur place à 8h (parfait pour le petit dèj café-taiero-poisson cru). Le four polynésien creusé dans la terre est fermé, tout va cuire 4h à l’étouffée et on l’ouvrira pour le repas de noces. On aide encore à dépieuter des uru (fruits à pain) cuits dans la braise, ils seront transformés en kaku (écrasés à l’aide de l’emblématique penu en pierre et mélangés à du lait de coco).
J’ai repéré de beaux arbustes aux feuilles tachetées jaunes, rouges et vertes (crotons). Je rafle quelques hibiscus et tiarés qui trainent, je coupe des pâquerettes. Je me lance, tresse 2 couronnes : 1 pour moi et 1 pour la mariée !

Les mariés arrivent de la mairie, rayonnants (on ne dirait pas que le marié a dormi moins de 2h la veille). Petit discours et remerciement aux habitants qui se sont bien investis dans les préparatifs. Le four est ouvert : les petits paniers de niau (feuilles de palmier) sortent tout chaud, ils contiennent des morceaux de cochon fumés, des bananes cuites et féi. Il y a plein de sortes de poisson cru, le kaku et 4 poe : ananas, citrouille, banane, papaye. Le poe est un genre de ‘dessert’ addictif (mais qui se marie très bien avec le cochon) à base de fruits, sucre et farine de manioc cuits, découpés en petits bouts et baignés dans du lait de coco. C’est un vrai banquet dionysien version lait de coco. Oui désolés, on parle encore de bouffe… mais c’était si bon !

Un nouvel album photo est en ligne. Nous avons bougé dans le groupe des iles du Nord, à Ua Huka. On va rentrer en France en avion de fin avril à fin juin voir la famille et les amis : d’abord Toulon, Vichy/Lyon puis Dunkerque. N’hésitez pas à nous contacter si vous êtes dans ces parages.

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