Coucou,
Nous sommes depuis 7 jours au même endroit : sur notre bateau, au large, mais nous avons quand même avancé de 1130 milles depuis les Galapagos. Position 11°35 Sud, 106°16 Ouest à 15h30 UTC le 19/3. Aujourd'hui, petite escapade thématique pour partager un peu avec vous nos ressentis en grande traversée.
La vue : quoi de plus égal et toujours changeant que la mer éternelle et ses lames immuables ? de plus tragique lorsque le soleil disparait sous l'horizon en lançant son dernier feu, et de plus rassérénant quand le petit jour dilue l'encre de la nuit de ses couleurs pastel ? Les étoiles et l'insondable voie lactée, les nuages qui tantôt cachent des animaux fantastiques, tantôt annoncent que le vent va forcir, un horizon jamais vraiment droit, voilà qui achève de planter le décor.
Le toucher : en mer, le corps n'est jamais au repos mais suit, subit, compense ou anticipe les mouvements du bateau. Lors des manœuvres, le vieil adage des marins est de rigueur, « une main pour soi, une main pour le bateau ». Ces mains qui choquent une écoute, reprennent du chariot, hissent ou affalent un bout de grand voile ; remontent une traine, vident le poisson ou en prélèvent directement les filets. Et, nouveauté de cette traversée, les mains qui malaxent et créent des otaries, des crocodiles, des poissons… en pâte à modeler bien sûr !
L'ouïe : chhhh… vous entendez le chuintement des coques qui fendent l'eau, le bruit du sillage qui sans cesse nous poursuit ? Ca, c'est valable jusqu'à un vent de force 2 ou 3 et une mer tranquille. Ensuite, ça relève du tintamarre plus ou moins joyeux : bam les vagues qui nous prennent sur le travers, paf celles qui par-dessous, éclatent et résonnent entre les 2 coques, vrrr celles qui s'amassent à l'arrière et nous emportent dans un surf ; griiic une poulie qui grince, toc…toc… un objet mesquin qui n'a pas été bien calé, chlak les lignes de vie qui tapent sur les flancs, vzzzZZZ le bruit de l'hélice du moteur entrainée par la vitesse du bateau (la combinaison de tout ça étant souvent fatale pour le sommeil du bienheureux, du moins les 1ers jours). Pour s'affranchir un peu de ces bruits de fond, rien de mieux que les podcast des émissions de France Inter qui nous accompagnent lors des veilles la nuit – entrecoupés de « driiing »,
la
minuterie qui rappelle qu'¼ d'heure est écoulé et qu'il faut refaire un tour d'horizon ou ajuster le cap.
L'odorat : le vent du large, l'air pur, les embruns ont-ils une odeur ? Elle est certainement masquée dehors par celle des filets de poisson qui sèchent, et souvent, à l'intérieur, par le bon petit plat ou, plus rare, le gourmand dessert qui se prépare…
Le goût : last but not least pour les bons vivants que nous sommes ! La seconde, en charge de l'avitaillement, a fait son possible pour qu'on puisse cuisiner en bateau… encore mieux qu'à la maison, car nous disposons à bord d'un ingrédient qui vaut de l'or : le temps ! Avant même d'allumer les fourneaux, ça fait 3 semaines depuis le départ de Panama qu'il a fallu abattre le stock de fruits, et quasiment rien ne s'est perdu. Et, signe qu'on est bien en long voyage, on s'est mis à faire quelques conserves : brandade, confiture papaye-ananas-fruit de la passion. Le pain maison est bien entendu de mise (il faut juste calculer pour que la fin de la cuisson ne coïncide pas avec le goûter, auquel cas, bien chaud et avec un peu de beurre = durée de vie nulle et on est bon pour recommencer une fournée).
Il y a ensuite le plaisir d'accommoder la pêche du jour, très favorable ces derniers temps car quand on n'a plus de poisson au frigo, il suffit de mettre la traine, et hop on en chope. On a ressorti le bon vieux mi cuit de thon mariné gingembre/miel/sauce soja, grillé en croûte de sésame, réitéré la version « pané » pour le plus grand plaisir de Lucas, qui n'apprécie pas encore le thon cru, mais raffole de l'immanquable curry/lait de coco. L'avantage de cette dernière version est qu'on en profite pour se concocter vite fait un blanc manger coco agrémenté de zeste de citron vert (classique des Antilles), avec un shlouk de rhum –les seules gouttes d'alcool qui nous font plaisir en traversée.
Parlons maintenant de la botte secrète de Vanille pour la préparation du thon, puisque le sujet est si cher à nos estomacs : la recette du thon vindaye, qui est une pure tuerie culinaire, et une vraie torture car on la réalise bien avant l'heure du repas !! Lili avait rapporté dans ses bagages des sachets d'épices à Vindaye de l'ile Maurice mais ceux que ça tente peuvent certainement trouver ça dans des magasins chinois. C'est donc du thon mariné avec oignon et ail dans du vinaigre, et un mélange de curcuma, fenugrec, gingembre, piment et graines de moutarde (= vindaye). Il en ressort un goût inimitable de sucré avec une pointe d'acidité, mélange subtil de saveurs créoles et indiennes, c'est vraiment fameux.
Concluons par le 6ème sens, le plus important de tous, le sens du voyage évidemment ! Partir à la découverte de nouveaux espaces, de façons différentes de les habiter, laisser en chemin un peu de routine et de superflu pour aller à la rencontre des autres et de soi-même…
Ah oui, voici le lien des photos des Perlas : https://photos.app.goo.gl/5ZqsmSjR9PSPRazZ2
A très bientôt !
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Envoyé de mon appareil Android avec K-9 Mail. Veuillez excuser ma brièveté.
Tellement canon!!!!
RépondreSupprimerBon voyage la petite famille!
Bisous de Lyon!!