mardi 27 mars 2018

Wanted : tradewinds !

Oui : recherchons (désespérément) alizés établis.
16ème jour de mer, 2500 milles parcourus (4500 km). Depuis plus d'une semaine, alors qu'on était soulagé d'avoir traversé sans encombres la zone de convergence sans vent au Sud des Galapagos, et qu'en termes de vitesse, ça bombardait pas mal, nous sommes chaque jour, plusieurs fois par jour, confrontés à cette question : combien de toile faut-il porter ? 0, 1, 2 ou 3 ris dans la grand voile ?

Typiquement, s'il y a 18 nœuds de vent, on est confortable avec 2 ris, on avance bien tout en ayant de la marge pour encaisser un grain ou une survente. Et croyions-nous, en traversée sous les tropiques, les vents étant supposés réguliers, on peut ne pas toucher aux voiles pendant plusieurs jours ! Mais nous ça donne plutôt ça (peut-être est-ce dû au fait qu'on soit tôt en saison ?) : 18 nœuds (2 ris), grain à 25 noeuds (ça passe), molle à 12 nœuds (il faudrait envoyer toute la toile car on se traine), grain à 38 nœuds (c'est chaud !!)… bref on essuie grain sur grain et comme on préfère jouer la sécurité dans ces parages parmi les plus isolés du monde –on n'a pas croisé un seul bateau depuis le départ des Galapagos- on se retrouve à faire des manœuvres 5 fois par jour, ce qui ne nous empêche pas d'être sous-toilés en permanence.

Remonter le chariot d'écoute de grand voile, affaler la grand voile et reprendre la bosse de ris en même temps (au vent arrière ça évite que la voile ne s'écrase trop contre les haubans), crocheter le point d'amure en pied de mât, étarquer la bosse de ris en choquant de l'écoute de GV au besoin, ramasser tous les bouts qui trainent… jusqu'à la fois suivante. Le Captain est fatigué de se faire tremper T-shirt et caleçon à chaque averse ; la parade est vite trouvée : à poil sous le ciré !

Décision qu'on a prise il y a quelques jours : ne plus se diriger vers l'ile de Pitcairn mais faire cap sur les Gambier directement. On aurait trop aimé accoster sur ce petit caillou mythique, où vivent les descendants des mutinés du Bounty (lire sur cette histoire incroyable mais vraie le chouette roman de Robert Merle, L'ile). Cependant le mouillage n'est pas commode du tout ; « Basically anchor where you can if you can » « Facilities for yachts or any other boats are essentially zero » préviennent les guides nautiques. Et la météo est trop incertaine. Ce sera pour une autre fois !

En plus de ça, rien ne mord plus à nos traines malgré le déploiement de nos plus beaux leurres. Heureusement, on n'en est pas encore au stade de la chanson « au bout de 5 à 6 semaines –date de notre dernier passage dans un supermarché- les vivres vinrent à manquer ohé ohé matelot ». La houle étant clémente (< 3m et surtout de période longue), on cuisine lasagnes, shop suey, galettes bretonnes, gratin de giraumon (potiron) aux olives noires, tarte aux poivrons, crêpes au jambon (spécialité de Duyck), ça occupe pas mal. Ajoutons un peu de coloriage, de pâte à modeler, une histoire, un puzzle, du découpage-collage, des Lego, des siestes pour les parents, la journée se remplit vite.

Allez, les Gambier sont à moins de 500 milles, peut-être arriverons-nous à temps pour Pâques. De la pétole est prévue mais on a encore les pleins de gasoil, n'ayant fait qu'une journée de moteur pour nous extraire des Galapagos (+ un peu pour recharger les batteries). On continue à batailler pour faire avancer le bateau, jusqu'à présent 6,6 nœuds de moyenne.

Hasta luego ! (ou comme dit Lucas, hasta Lego)
Notre position le 28 mars à 1h20 UTC : 21°14 Sud, 126°28 Ouest

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